Nicolas Kurtovitch

Nicolas Kurtovitch, photo © Nicole Kurtovitch Nouméa, 1999

photo © Nicole Kurtovitch
Nouméa, 1999

Nicolas Kurtovitch naît à Nouméa le 20 décembre 1955. Sa famille maternelle est installée en Nouvelle-Calédonie depuis 1843.

Elle compte parmi les siens l’un des premiers français ayant posé le pied sur ce qui n’était encore, aux yeux de l’Occident, qu’une « terra incognita » : Jean Taragnat. Par son père, qui a quitté Sarajevo en 1945, ses racines sont également yougoslaves.

Après une scolarité calédonienne, il voyage en Nouvelle-Zélande et en Australie, s’imprègne de ce Pacifique dont il souhaite habiter pleinement la diversité. Puis son cursus universitaire le conduit à Aix-en-Provence de 1977 à 1980. Licencié en géographie, il rentre alors au pays où il enseigne dans un collège de Lifou, l’une des îles de l’archipel calédonien, puis au lycée Do Kamo de Nouméa,

établissement protestant qui a beaucoup œuvré pour la promotion des jeunes Mélanésiens et dont il est aujourd’hui le directeur.

Son premier recueil de poèmes, Sloboda, paraît en 1973. Il ne cesse ensuite de publier, essentiellement de la poésie et des recueils de nouvelles.

En 1999 notamment, lui le Calédonien d’origine européenne cosigne Dire le vrai avec l’auteure kanak Déwé Gorodé. Tous deux inscrivent ainsi dans l’histoire littéraire calédonienne un dialogue entre des voix qui, affirmant leur diversité, manifestent dans le même temps la possibilité d’une parole partagée.

L’écriture théâtrale s’impose plus tardivement dans son parcours, avec notamment Le Sentier Kaawenya (spectacle d’ouverture en 1998 de la première saison du Centre culturel Tjibaou) et Kalachakra (créée pour le Festival Equinoxe de Nouméa en 1999). Puis c’est l’aventure de Les dieux sont borgnes, pièce qu’il cosigne avec, cette fois, le dramaturge kanak, Pierre Gope. Elle est jouée en Avignon
en 2003 dans une mise en scène d’Yves Borrini, de la compagnie Le Bruit des hommes. Nicolas Kurtovitch publie en 2004 une pièce intitulée La Commande, inédite à ce jour à la scène.

Toute son œuvre en témoigne, Nicolas Kurtovitch est homme de lieux : des lieux qui bruissent de la parole des hommes, mais aussi, surtout peut-être, de leurs silences, partagés ou non, des questions que renvoie à chacun la présence de l’autre. Elle est aussi parole « de solitude et d’exil », pour reprendre le titre d’un de ses poèmes paru dans L’Arme qui me fera vaincre (17-29).

Dans une langue attelée à se dépouiller des oripeaux du paraître, son écriture est donc tout à la fois acte d’existence et de résistance, traversée par les thématiques croisées de l’enracinement et de l’exil : un enracinement vécu, un exil pleinement accepté.

S’il pratique depuis de nombreuses années l’aïkido et est un lecteur assidu des poètes japonais, c’est avec la conviction que l’art est de l’ordre du geste, lancé par un homme qui marche et s’applique à être là, simplement, debout dans la conscience de sa marche, de sa solitude et de son exil, mais également de sa totale liberté.

Voici ce qu’il écrit dans Être caldoche aujourd’hui (1994) : un poème d’abord, qui dit moins son île natale que la manière qui est la sienne d’en être habité ; un bref texte de réflexion ensuite, qui a son tour dit moins l’identité que ce qu’elle ne saurait nier ou enfermer :

Île mon île
Je suis quelque part au milieu des montagnes
en train de bâtir un abri de nomade
Venu de nulle part depuis si longtemps
je suis chevauchant un nuage blanc
Île mon île
Une marche où se pose
mon âme
Et atteindre le ciel
Île mon île
Des deux mains de toute ma volonté
tendre l’arc maintenant
Poser ma tête sur le fêt de l’arbre
quelque part au milieu
la ville
Respirer avec le Monde
[…]

« Oui, si on veut, à l’affirmation d’une identité calédonienne, mais à condition de n’oublier ni que l’homme libre reste indéfinissable, ni le fait incontournable qu’ici est une terre kanake ».

Membre de l’Association des Écrivains de la Nouvelle-Calédonie et sociétaire de la Société des gens de lettres, Nicolas Kurtovitch est aujourd’hui lu et étudié dans différentes universités du Pacifique sud. Il a participé en août 2000, à Wellington en Nouvelle-Zélande, à la « Waka Conférence » sur les identités du Pacifique. En 2005, il crée avec Catherine Laurent le Centre géopoétique de la Nouvelle-Calédonie.


Oeuvres principales:

Romans:

  • Good night friend. Papeete: Au Vent des îles, 2006.
  • Les Heures italiques. Papeete: Au Vent des îles, 2009.
  • Dans le ciel splendide. Papeete: Au Vent des îles, 2015.

Récit:

  • Seulement des mots. Aix-en-Provence: chez l’auteur, 1977.

Poésie:

  • Sloboda. Nouméa: chez l’auteur, 1973.
  • Vision d’Insulaire. Paris: Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1983.
  • Souffles de la nuit. Paris: Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1985.
  • L’Arme qui me fera vaincre. Nouméa: Vent du Sud, 1988.
  • Homme Montagne. Paris: Guy Chambelland, 1993; Nouméa: Éditions Humanis, 2014.
  • Assis dans la barque. Nouméa: Grain de Sable, 1994.
  • Avec le masque. Paris: Guy Chambelland, 1997.
  • Dire le vrai / To Tell the Truth (avec Déwé Gorodé). Édition bilingue de 18 poèmes (traduction anglaise de Raylene Ramsay et Brian Mackay). Nouméa: Grain de Sable, 1999.
  • On marchera le long du mur. Paris: Librairie-Galerie Racine, 2000.
  • Poème de la solitude et de l’exil. Nouméa: Association Kalachakra, 2001.
  • Autour Uluru, poème-récit. Paris: Galerie Racine, 2002; nouvelle édition, Papeete: Au Vent des îles, 2011, texte intégral précédé d’une préface de Philip McLaren et suivi de « Dialogue avec Bashô ou Haïkus du Chemin kanak ».
  • Ode aux pauvres. Nouméa: Association Kalachakra, 2002.
  • Le piéton du dharma. Nouméa: Grain de sable, 2003.
  • Le dit du cafard taoïste.Illustré par Mathieu Venon. Nouméa: Association Kalachakra, 2005.
  • Haibun de Ouessant. Illustré par Annie Rosès. Romainville-Nouméa: Livre d’artiste, Collection Les Océanîles, 2006.
  • Cette Poignée de main. Illustré par Annie Rosès. Romainville-Nouméa: Livre d’artiste, Collection Les Océanîles, 2009.
  • Les arbres et les rochers se partagent la montagne. La Roque d’Anthéron: Vents d’ailleurs, 2010.
  • Ombre que protège l’ombre. Avec « La paix en soi » (texte écrit avec Déwé Gorodé). La Roque d’Anthéron: Vents d’ailleurs, 2014.

Nouvelles:

  • Forêt, Terre et Tabac. Nouméa: Éditions du Niaouli, 1993.
  • Lieux. Nouméa: Grain de Sable, 1994.
  • Totem. Nouméa: Grain de Sable, 1997.

Théâtre:

  • Le Sentier Kaawenya, suivi de deux courtes pièces en un acte : L’Autre et Qui sommes-nous ? Nouméa: Grain de Sable, 1998.
  • Les dieux sont borgnes (avec Pierre Gope). Nouméa: Grain de sable, 2002.
  • La Commande.Texte de la pièce suivi d’un entretien avec l’auteur. Nouméa: Traversées, 2004.

Littérature pour la jeunesse:

  • Iamélé et Willidoné. Illustré par Julie de Waligorski. Paris: Éditions Le Bonhomme vert, 2008.

Textes parus dans des revues et des ouvrages collectifs:

  • « Être aujourd’hui ». Être Caldoche aujourd’hui. Nouméa: Île de Lumière, 1994: 155-159.
  • « Couture à la Maison Hagen ». Ô Saisons, ô châteaux ! (collectif). Nouméa: L’Herbier de Feu, 2001: 81-95.
  • « Texte avec le bout des doigts ». Jour & nuit – La SLN depuis 125 ans… Nouméa: Société le Nickel, 2005. 26-27.
  • « Tentation caméléon et métissage culturel ». Archipel 1 (août 2007, revue du Salon du livre insulaire d’Ouessant).
  • « Poème en l’île d’Ouessant » et « Deux jours à Pouitchala ». Archipel 2 (mai 2008).
  • « J’irai » et « Juillet à Neho », poèmes et « Écrire en pays dominé lorsque sa culture, sa langue, sont les outils de la domination », essai. Nouméa: Association des écrivains de Nouvelle-Calédonie, 2007: 57-58, 116-121,
  • « Des feuilles » et « Vivre au pied de la Montagne Kaala ». Carnavalesques 2007 (revue de découverte des écritures françaises contemporaires, Nancy).
  • « Partie de cartes », nouvelle ; « Wellington est une capitale », poésie et « Cette Poignée de main », essai poétique. Sillages d’Océanie 2009. Nouméa: Association des écrivains de Nouvelle-Calédonie, 2009: 30-33, 70-72, 145-152.
  • Participation à plusieurs anthologies, ouvrages collectifs et revues, en Nouvelle Calédonie (Revue du Lézard, revue du Flamboyant imaginaire, revues Encre marine et Orphée) et en France (Autrement, Passerelles, Notre Librairie, L’Encrier renversé).
  • Choix de poèmes. Outremer – Trois océans en poésie. Paris: Bruno Doucey, 2011.
  • « Rendez-vous », nouvelle. Ensemble au travail. Nouméa: Institut supérieur du travail, 2011: 39-43.
  • « Sous l’eau », poème. Il y a toujours une guêpe pour piquer un visage en pleurs. Nouméa: Association des écrivains de la Nouvelle-Calédonie, 2011: 39.

Contributions à d’autres ouvrages:

  • « À la recherche de l’arbre », postface. L’Arbre à bière, par Jean-Claude Bourdais. Nouméa: Grain de sable, 1997; Nouméa: nouvelle édition revue, corrigée et augmentée. Nouméa: Rhizome, 2002: 51-54.
  • Textes et poèmes in L’Arbre à souvenir, de Jean-Claude Bourdais. Nouméa: L’Herbier de Feu, 2000: 8, 14-15, 27-28, 31-33.
  • Préface de Nouméa culpa, par Jean-Claude Bourdais. Nouméa: Rhizome, 2002.

Prix et distinctions littéraires:

  • 2001     Prix poésie narrative 2001 au Salon du livre insulaire d’Ouessant, pour L’Arbre à souvenir, de Jean-Claude Bourdais.
  • 2003     Prix poésie 2003 au Salon du livre insulaire d’Ouessant, pour Le piéton du dharma.
  • 2008     Prix de poésie Antonio Viccaro pour l’ensemble de son œuvre poétique.
  • 2011     Prix Popaï du SILO (Salon International du Livre Océanien) pour Les Heures italiques.
  • 2011     Prix Vi Nimö (Nouvelle-Calédonie) pour Les arbres et les rochers se partagent la montagne.
  • 2017     Invité par l’Association des écrivains de Shanghai, pour une residence d’écriture.

Traductions:

in English:

  • Dire le vrai / To Tell the Truth. Édition bilingue de 18 poèmes avec Déwé Gorodé. Nouméa: Grain de Sable, 1999.
  • « With Mask », « The Man in the Forest », « Poem for the Fourth of May » (édition bilingue français-anglais). Trad. Yzabelle Martineau. Metamorphoses, A Journal of Literary Translation 11.1 (printemps 2003): 106-119.

in italiano:

  • Linfe dì sangue / Sèves de sang. Voci narranti dalla Nuova Caledonia (avec Frédéric Ohlen). Articles et nouvelles. Trad. Micaela Fenoglio, préface Anna Paola Mossetto. Turin: Tirrenia Stampatori, 2001.
  • Gli dei sono ciechi (Les dieux sont borgnes). Trad. Micaela Fenoglio. Turin: L’Harmattan Italia, 2003.

Sur l’oeuvre de Nicolas Kurtovitch:

  • Fenoglio, Michaela. Des Racines et des ailes : La littérature francophone de la Nouvelle-Calédonie. Préface de Anna Paola Mossetto. Turin: L’Harmattan Italia, 2004.
  • Fougère, Éric. « L’Écho de Narcisse ou les voix du miroir : la nouvelle en Nouvelle-Calédonie ». Escales en littérature insulaire : Iles et balises. Paris: L’Harmattan, 2004: 187-203.
  • Laubreaux, Liliane. « L’écrivain calédonien face à sa terre natale : Jean Mariotti et Nicolas Kurtovitch ». Notre Librairie (numéro spécial sur la Littérature de Nouvelle-Calédonie) 134 (mai-août 1998): 150-167.

Liens:

sur Île en île:

ailleurs sur le web:


Retour:

dossier Nicolas Kurtovitch préparé par Anne Bihan

http://ile-en-ile.org/kurtovitch/

mis en ligne : 1 mai 2005 ; mis à jour : 18 septembre 2017