René Jadfard

René Jadford

photo © Assemblée nationale française
(photo du député en 1947)

Écrivain, journaliste, député socialiste, René Jadfard trace le ciel de Guyane tel un météore qui s’éteint dans les eaux du Sinnamary à 48 ans. Tout dans son parcours démontre une hyperactivité qui s’exprime autant dans la quête du pays profond que dans l’action politique vouée aux intérêts d’une colonie devenue département français, deux ans avant sa mort.

L’adolescent buissonnier. Né le 2 janvier 1899 à Cayenne d’une mère guyanaise, Noémie Tourville, c’est de son père martiniquais, Henry Fergusse Jadfard, venu en Guyane comme chercheur d’or, que René Jadfard tient son goût pour la forêt qu’il préfère aux bancs de l’école. Ses premières expériences, il les vit dans une Amazonie insoupçonnée à l’heure où la Guyane s’apparente à un Eldorado. Il a 15 ans lorsqu’il abandonne l’école pour exercer les métiers de coupeur de bois de rose, canotier et orpailleur. Deux années buissonnières fondatrices de son être créole, un voyage initiatique déterminant l’homme politique et l’Homme tout court, la découverte d’une Guyane, à la fois authentique et sublimée, sont à l’origine des Nuits de cachiri, Dieux de bronze et Cantique aux ténèbres.

L’aventurier moderne. De 1917 à 1945, le parcours de René Jadfard entre de plain pied dans l’Histoire du 20e siècle et ses avatars européens. Lesté de ses seules économies, il se rend à Toulouse, rejoindre son frère, Henri Jadfard, et poursuivre sa classe de seconde. Mobilisé en 1917, démobilisé à la fin de la première guerre mondiale, il est porté dans un tourbillon politique qui le conduit du Toulouse étudiant au Paris de la Libération, de la direction d’une charbonnière au journalisme de gauche (La Dépêche, Midi socialiste, La République), des Sciences politiques à la Ligue Droits de l’homme, de la guerre civile d’Espagne à la seconde guerre mondiale, comme résistant. Après avoir publié trois romans policiers (Drôle d’assassin, L’assassin joue et perd, Le télégramme de minuit), il s’inscrit, à la manière d’Ernest Hemingway et André Malraux, dans une littérature de combat, avec Deux hommes et l’aventure, où le héros confronté au tragique des événements s’investit, se dépasse et s’épanouit.

La Renaissance guyanaise. De retour en Guyane, l’auteur fonde La renaissance guyanaise, mouvement politique de gauche porté par son journal, temps nouveau, et s’implique dans la vie politique contre Gaston Monnerville. Il devient député aux côtés de son suppléant Léon Gontran Damas, connu pour son intransigeance anti-assimilationniste. De son court passage sur les bancs de l’Assemblée nationale en 1947, restent ses interventions sur la mise en place de la Sécurité sociale en Guyane et sur le prix de l’or. L’histoire guyanaise retient, quant à elle, le destin d’un Guyanais atypique que la mort a fauchée dans un accident d’hydravion, le 8 novembre 1947.

L’œuvre. L’homme politique, à la mort prématurée et mystérieuse, a, de fait, exclu l’homme de lettres inspiré par la Guyane profonde autant que par la fiction policière. René Jadfard compte une œuvre prolixe (articles, romans, poésie, pamphlet). Du chant lyrique au roman existentialiste, son œuvre donne le portrait d’un auteur qui s’est voulu à la fois régionaliste et universel. Rééditée en 1988 par les Éditions Caribéennes, l’œuvre de René Jadfard reste aujourd’hui à nouveau indisponible.

– Monique Dorcy


Oeuvres principales:

Romans:

  • Les Dieux de bronze. Paris: Librairie de France / Imprimerie de Compiègne, 1928.
  • Le cantique aux ténèbres. Paris: Compiègne, 1930.
  • Démétrion. Paris: Compiègne, 1931.
  • Drôle d’assassin. (publié en 1939 sous le pseudonyme Marie-Madeleine Allemand); rééd. préface de Berthène Juminer. Paris: Éditions Caribéennes, 1988.
  • L’assassin joue et perd. (1941) rééd. préface de Ghislaine Othily. Paris: Éditions Caribénnes, 1988.
  • Le télégramme de minuit. (publié en 1941 sous le pseudonyme George Madal); rééd. préface de Joël Joly. Paris: Éditions Caribénnes, 1988.
  • Deux hommes et l’aventure. Toulouse: S.T.A.E.L., 1945; rééd. préface de Serge Patient. Paris: Éditions Caribéennes, 1988.
  • Nuits de Cachiri: récit guyanais. Paris: Fasquelle, 1946; rééd. préface de Georges Othily. Paris: Éditions Caribéennes, 1988.

Essais:

  • La France et les revendications coloniales allemandes. Paris: Querelle, 1938.

Partition musicale:

  • Le mot que j’aime / Luci della città. Musique: Cesare Andrea Bixio; paroles françaises: René Jadfard; paroles italiennes: Bernard Cherubini. Paris: Bourcier, 1931.

Sur l’oeuvre de René Jadfard:

  • Ndagano, Biringanine et Monique Blérald. Initiation à la littérature guyanaise. Cayenne: CDDP de la Guyane. 1996.
  • Othilly, Georges. René Jadfard ou l’éclair d’une vie. Paris: Éditions Caribéennes, 1989.
  • Vignes, Hervé. Guyane à fleur de mots: essai littéraire: la représentation du milieu naturel guyanais dans les oeuvres de Jean Galmot, René Jadfard et Micheline Hermine. Préf. Roger Toumson. Vitry-sur-Seine: Aguer, 1995.

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Dossier René Jadfard préparé par Monique Dorcy

https://ile-en-ile.org/jadfard/

mis en ligne : 12 novembre 2020 ; mis à jour : 12 novembre 2020