Yanick Lahens

à Montréal pour le Salon du Livre, 11 novembre 2003 photo © Mémoire d'encrier

à Montréal pour le Salon du Livre, 11 novembre 2003
photo © Mémoire d’encrier

Née en Haïti le 22 décembre 1953, Yanick Lahens part très jeune pour la France où elle fait ses études secondaires. En France elle fait également des études supérieures en lettres. À son retour en Haïti, elle a enseigné à l’École Normale Supérieure (l’Université d’État) jusqu’en 1995.

Yanick Lahens est l’auteur de nombreux articles, en particulier sur Faulkner et Marie Chauvet, et d’un livre d’essais critiques, L’exil entre l’ancrage et la fuite: l’écrivain haïtien. Elle anime une émission culturelle « Entre Nous » à Radio Haïti Inter avec Jan J. Dominique. Elle est membre fondatrice de l’Association des écrivains haïtiens, et contribue régulièrement aux revues culturelles haïtiennes et antillaises telles que Chemins critiques, Cultura et Boutures. Entre 1996 et 1997, elle fait partie du cabinet du Ministre de la Culture (Raoul Peck) avec Louis-Philippe Dalembert. En 1998, elle dirige le projet de la « Route de l’esclavage » sous la présidence de Laënnec Hurbon qui annonce une réflexion et des actions intellectuelles, culturelles et artistiques autour de la problématique de l’esclavage dans toute l’île.

Tante Resia et les dieux est un recueil de nouvelles qui couvre plusieurs époques et des événements de nature diverse. « La chambre bleue », par exemple, raconte comment une petite fille a découvert que ses parents cachaient des amis persécutés par le pouvoir. Le fond politique est très discret et le texte est écrit du point de vue de la petite fille, dont on suit le raisonnement et les déductions, ce qui donne à la nouvelle la qualité d’un récit de détective. « Le jour fêlé » décrit la peur d’une jeune femme face à la violence quotidienne. Le talent de Lahens tient à ce que, à travers une écriture d’une grande sobriété, elle parvienne à rendre les émotions de ses personnages tangibles, en particulier la peur. La nouvelle qui donne son titre au recueil raconte le voyage d’une petite fille et sa découverte d’une célébration vaudoue. Plusieurs nouvelles évoquent aussi les répressions duvaliéristes contre de jeunes engagés politiques ainsi que la vie urbaine de Port-au-Prince avec ses quartiers et ses habitants.

La petite corruption est un recueil composé de sept nouvelles, suivies d’un glossaire. Comme dans le premier recueil de nouvelles de Lahens, le ton des récits est varié, ainsi que les époques et le type d’émotions. « Le désastre banal » raconte les rêves et la réalité quotidienne d’une jeune fille de vingt ans, sa tentative de sortir de la pauvreté qui l’entoure, ce que peut représenter la présence de jeunes soldats américains pour une telle jeune fille. « Bain de lune » déploie une tonalité orale, rurale, océane, une poésie surnaturelle, pour parler de tragédies familiales et de méprise due à des croyances dont la conséquence est une infinie violence pour les hommes, les femmes, et l’amour. « Une histoire américaine » raconte les souvenirs d’une jeune femme haïtienne partie tenter sa chance aux États-Unis à l’époque de la ségrégation. La juxtaposition de deux univers d’oppression, en Haïti et dans le Sud des États-Unis, dans le milieu de militants à chaque fois, fait ressortir les liens qui existent, subtilement tissés, entre des hommes et des femmes de cultures et situations historiques différentes. « La petite corruption » évoque les difficultés de la jeunesse masculine à vivre, à s’adapter ou se réadapter au pays, la tentation de la drogue, et la violence qui lui est associée, souvent à l’insu des protagonistes eux-mêmes. La petite corruption est réédité aux éditions Mémoire d’encrier (2003) dans une édition revue et augmentée d’une nouvelle, « Corossol, orange, citronnelle ».

Le premier roman de Yanick Lahens, Dans la maison du père, est le Bildungsroman d’une jeune fille qui grandit dans les années quarante dans une famille de la grande bourgeoisie. Au carrefour de son éducation de jeune fille de bonne famille et de son apprentissage de la culture populaire par sa bonne et son oncle, l’héroïne suit péripéties des journées révolutionnaires de 1945-46. La danse est ainsi dans ce roman la synecdoque des problèmes de classe en Haïti.

Yanick Lahens vit à Port-au-Prince où elle prend une part active dans l’animation culturelle et l’activité citoyenne. Son œuvre occupe une place privilégiée – à côté de celles de Marie Chauvet, Jan J. Dominique, Yanick Jean et Paulette Poujol-Oriol – dans la littérature au féminin en Haïti. Elle est membre du conseil d’administration du Conseil International d’Études Francophones (CIEF). Elle partage aujourd’hui son temps entre l’écriture, l’enseignement et ses activités de conférencière en Haïti et à l’étranger.

– Joëlle Vitiello


Oeuvres principales:

Romans:

  • Dans la Maison du père. Paris: Le Serpent à Plumes, 2000.
  • La Couleur de l’aube. Paris: Sabine Wespieser, 2008; Port-au-Prince: Presses Nationales d’Haïti, 2008.
  • Guillaume et Nathalie. Paris: Sabine Wespieser, 2013.
  • Bain de lune. Paris: Sabine Wespieser, 2014.

Récit:

  • Failles. Paris: Sabine Wespieser, 2010.

Essais:

  • L’Exil: entre l’ancrage et la fuite, l’écrivain haïtien. Port-au-Prince: Éditions Deschamps, 1990.

Nouvelles:

  • Tante Résia et les Dieux, nouvelles d’Haïti (six nouvelles). Paris: L’Harmattan, 1994.
  • La Petite Corruption (huit nouvelles). Port-au-Prince: Éditions Mémoire, 1999; Montréal: Mémoire d’encrier, 2003; Port-au-Prince: Legs Édition, 2014.
  • L’Oiseau Parker dans la nuit (une nouvelle). Montréal: Plume & Encre, 2006.
  • La Folie était venue avec la pluie (huit nouvelles). Port-au-Prince: Presses Nationales d’Haïti, 2006.

Nouvelles et textes publiés dans des ouvrages collectifs:

  • « Bain de lune ». Dans Amérique (récits et fictions courtes, n° 2 de la série). Paris: Le Serpent à Plumes et Philippe Starck, 1998.
  • « La folie était venue avec la pluie ». Une enfance outremer (textes réunis par Leïla Sebbar). Paris: Seuil, 2001: 129-141.
  • « L’homme du sommeil ». Paradis Brisé, nouvelles des Caraïbes. Collection Étonnants Voyageurs. Paris: Hoëbeke, 2004: 133-144.
  • « Port-au-Prince la dévoreuse ». Une journée haïtienne, textes réunis par Thomas C. Spear. Montréal: Mémoire d’encrier / Paris: Présence africaine, 2007: 195-198.
  • « Qui est cet homme ? ». Haiti noir. Textes présentés par Edwidge Danticat. Paris: Asphalte, 2012: 247-253.
  • « Juste un lieu humain ». Bonjour Voisine, sous la direction de Marie Hélène Poitras. Montréal: Mémoire d’encrier, 2013: 85-86.

Articles sélectionnés:

  • « Manhattan Blues de Jean-Claude Charles, ou quand l’exil devient errance ». Conjonction 169 (avril-juin 1986): 9-12.
  • « Mythe et histoire dans Le Royaume de ce monde d’Alejo Carpentier ». Conjonction 169 (avril-juin 1986): 137-44.
  • « L’apport de quatre romancières au roman moderne haïtien ». The Journal of Haitian Studies 3/4 (1997-1998): 87-95.
  • « Afterword ». Caribbean Creolization; Reflections on the Cultural Dynamics of Language, Literature, and Identity. Kathleen M. Balutansky and Marie-Agnès Sourieau, eds. Gainesville: U. Press of Florida, 1998.
  • « Notes sur le marronnage ». Dérades 4 (1999).
  • « Littérature haïtienne ». Conjonction 206 (2001): 35-41.
  • « Tout ce malaise ». Notre Librairie 148 (juillet-septembre 2002): 125-127.
  • « Roumain ou la beauté, l’inalterable et l’obligatoire ». Mon Roumain à moi. Port-au-Prince: Presses Nationales d’Haïti, 2007: 225-33.

Interviews:

  • Saint-Éloi, Rodney. « Parcours et regards. Entretien avec Yanick Lahens ». Notre librairie 142 (octobre-décembre 2000).
  • Zimra, Clarisse. « Haitian Literature after Duvalier. An Interview with Yanick Lahens ». Callaloo 16.1 (1993): 77-93.

Prix et distinctions littéraires:

  • 2002     LiBeraturpreis, Prix du Salon du livre de Leipzig, pour La maison du père.
  • 2008     Prix Millepages, pour La Couleur de l’aube.
  • 2009     Prix du Livre RFO, pour La Couleur de l’aube.
  • 2014     Prix littéraire des Caraïbes de l’ADELF, pour Guillaume et Nathalie.
  • 2014     Prix Carbet des Lycéens, pour Guillaume et Nathalie.
  • 2014     Prix Femina, pour Bain de lune.

Sur Yanick Lahens:

  • Adamson, Ginette. « Yanick Lahens romancière: pour une autre voix/voie haïtienne ». Elles écrivent des Antilles. Suzanne Rinne et Joëlle Vitiello, éds. Paris: L’Harmattan, 1997: 107-118.
  • Bellefleur, Pierre Maxwell. « La nouvelle haïtienne – témoin d’une époque ». Écrits d’Haïti: Perspectives sur la littérature haïtienne contemporaine (1986-2006). Nadève Ménard, éd. Paris: Karthala, 2011: 259-269.
  • Gyssels, Kathleen. « La nouvelle en Haïti, correspondance du Nouveau Monde: les recueils de Yanick Lahens et de Pascale Blanchard-Glass ». Présence Francophone 54 (2000): 103-119.
  • Parisot, Ylaine. « Retourner la marge en centralité », entretien avec Yanick Lahens. Présence francophone 70 (2008): 71-76.
  • Vitiello, Joëlle.« « De l’autre côté de mes murs » : le désir de l’engagement dans l’écriture de Yanick Lahens ». Écrire en pays assiégé – Haïti – Writing Under Siege. Eds. Marie-Agnès Sourieau et Kathleen Balutansky. Amsterdam/New York: Rodopi, 2004: 169-192.

Traductions:

In English:

  • « The Blue Room ». Ancestral House: the Black Short Story in the Americas and Europe. Charles H. Rowell, dir. Boulder, Colorado: Westview Press, 1995.
  • « Exile. Between Writing and Place ». Cheryl Thomas et Paulette Richards, trads. Callaloo 15.2 (1992): 441-444.
  • « Moonbathing ». Trans. Corinne Tachtiris. Metamorphoses, A Journal of Literary Translation 11.1 (Spring 2003): 188ff.
  • Aunt Résia and the Spirits and Other Stories. Trans. Betty Wilson. Foreword by Edwidge Danticat; Afterword by Marie-Agnès Sourieau. Charlottesville: University of Virginia Press, 2010.
  • « Who is that man? » David Ball, trad. Haiti Noir. Edwidge Danticat, éd. New York: Akashic, 2011: 262-269.
  • The Colour of Dawn. Alison Layland, trad. Bridgend (Wales): Seren Books, 2013.

Liens:

sur Île en île et dans Boutures:

ailleurs sur le web:


Retour:

Dossier Yanick Lahens préparé par Joëlle Vitiello

http://ile-en-ile.org/lahens/

mis en ligne : 23 novembre 2003 ; mis à jour : 10 février 2016