Yanick Lahens, 5 Questions pour Île en île


Yanick Lahens répond aux 5 Questions pour Île en île, à Pétion-Ville, le 15 janvier 2009.

Entretien de 26 minutes réalisé chez l’auteure par Thomas C. Spear.
Caméra : Kendy Vérilus.

Notes de transcription (ci-dessous) : Marie-Élaine Mathieu.

Dossier présentant l’auteure sur Île en île : Yanick Lahens.

Notes techniques : vous noterez parfois une image assez floue dans cet entretien filmé dans une lumière de fin de journée.

début – Mes influences
07:09 – Mon quartier
11:35 – Mon enfance
15:42 – Mon oeuvre
24:03 – L’insularité


Mes influences

L’auteure qui m’a incité à me lancer dans l’écriture, c’est Marie Chauvet (Amour, Colère et Folie).

Albert Camus m’a beaucoup inspiré.

J’ai aimé des auteurs du 19e siècle, comme Honoré de Balzac, dans la capacité de construire un univers, celle de La Comédie humaine (Splendeurs et misères des courtisanes, Le Père Goriot) et Flaubert ; ce sont des monstres de créateurs…

Du côté d’Haïti, les deux Jacques : Jacques Roumain et Jacques-Stephen Alexis. Aussi, la voix des femmes, comme Évelyne Trouillot et Kettly Mars, donne une autre perspective des choses.

Plus récemment, j’ai lu beaucoup d’écrivaines, comme Marguerite Duras, Jamaica Kincaid et Anne Hébert.

Il y a des écrivains du jour (Dany Laferrière, par exemple, un soleil éclatant) et des écrivains de nuit. Je suis plus lunaire que solaire, raison pour laquelle j’aime beaucoup Russell Banks (Continents à la dérive) et des livres de réflexions, comme Le troisième chimpanzé de Jared Diamond ou les réflexions de Pierre Rosanvallon sur la démocratie. En ce moment je lis Laurent Gaudé, Zadie Smith.

J’ai relu Sophocle (Antigone) et je me suis mise à aimer ce que Roland Barthes appelle la « maigreur essentielle de la tragédie ».

Je puise aussi mon inspiration en côtoyant des gens différents, dans des quartiers différents.

Donc je suis nourrie par les livres, mais aussi par la vie des gens.

Mon quartier

Ma chambre : elle est le centre du monde. D’un côté, je vois comment les gens vivent dans un bidonville, alors que de l’autre, je vois quelque chose qui veut ressembler à l’Occident. J’ai aussi ma télévision qui me renvoie des images de partout. Et moi, je suis au milieu de tout ça.

Par mon travail, je vais dans d’autres quartiers et je suis appelée à quitter Port-au-Prince. Je peux donc voir un autre monde, comme le monde rural.

Quand je voyage, j’aime marcher dans les grandes villes, comme New York et Paris.

J’essaie le plus possible de sortir de mon quartier, sinon je m’ennuierais.

Mon enfance

À l’école, j’ai reçu beaucoup de coups de règle sur les doigts pour bien tracer les lettres.

Les premières histoires que j’ai lues étaient celles de Yaya, Tiroro é Banda.

La maison de mon enfance est un espace des origines. Elle est restée très vivante dans ma mémoire.

La première nouvelle que j’ai écrite, « La chambre bleue » (publiée dans Tante Résia et les Dieux), fait référence à un souvenir de mon enfance, oublié pendant 25 ans, qui s’est passé dans la chambre de ma mère : un homme qui vivait dans la clandestinité que la famille cachait, et que j’avais découvert.

C’est dans cette même chambre que j’ai fait mes premières lectures.

Mon œuvre

Je n’ai qu’une seule histoire et toutes mes histoires reviennent à celle-ci.

La nouvelle (les recueils La Petite Corruption et La Folie était venue avec la pluie) :

  • Elle m’a permis de marquer mes territoires.
  • C’est comme un ballon d’essai.
  • C’est une esthétique du temps court, alors que le roman, c’est le temps long.
  • Je savais, pour La Petite Corruption, que ce que j’avais à dire pouvait toucher la sensibilité des autres personnes.

La Couleur de l’aube :

  • Mon expérience de militance dans la société civile m’a permis de voir la souffrance des gens dans la ville, et la force de vie qu’ils ont. C’est ce que j’ai essayé de mettre dans ce texte.
  • C’était aussi un défi littéraire, parce que je me sens bien dans la nouvelle. Je voulais me « construire » en tant qu’écrivain.
  • J’ai aussi beaucoup travaillé la composition, en m’inspirant de romanciers américains.
  • Je voulais des monologues entrecroisés, sur une journée.
  • Pour la langue, je voulais créer par le rythme, un qui m’était propre. Maintenant, je sens que ce rythme est mien, que j’ai progressé avec ce texte.

Maintenant, j’écris un roman qui se passera dans un village de pêcheurs. Je vais aller sur place pour voir. Bain de lune était d’ailleurs une ébauche de ce que j’avais ressenti, une fois, en visitant un village de pêcheurs…

L’Insularité

Je ne me sens pas une insulaire.

Haïti est un centre du monde.


Yanick Lahens

Lahens, Yanick. « 5 Questions pour Île en île ».
Entretien, Pétion-Ville (2009). 26 minutes. Île en île.
Mise en ligne sur YouTube le 1er juin 2013.
Cette vidéo est également disponible sur Dailymotion (mise en ligne le 26 avril 2010) : Yanick Lahens, 5 Questions pour Île en île
Entretien réalisé par Thomas C. Spear.
Caméra : Kendy Vérilus.
Notes de transcription : Marie-Élaine Mathieu.

© 2010 Île en île


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mis en ligne : 26 avril 2010 ; mis à jour : 21 novembre 2015