Gary Augustin, poésie

Visions

Dans la lenteur bleue de l’air
Un roc est peut-être l’enclos
D’une île de fougères

Nous y avons élu demeure
Premier matin de vie native
Dans le lourd réveil des germinations

Ô roc suspendu
Comme à la ficelle
D’un temps impair

 

Trajectoire

Tous les ciels chavirés aux
Pas des voyageurs
Longue marche des mers
La liberté des nuages

Mille étoiles coincées
Dans les interstices
L’aube hésite dans ta nudité
Comme la nonchalance
D’une cigarette éteinte

Le poème naît à l’aurore
De tes yeux
Lumière opale de seins
Sur le miracle de ton corps

Ensemble nous goûtons
À la liberté des mers
Dans la rumeur épaisse des algues

 

Comme un chant

Comme un chant qui te vénère
Mon amour plus ample que la mer
Un baiser fleuve sur tes cheveux
Noués aux arbres innocents

Sommes deux de la force de la tendresse
Nuit dispersée jour recueilli
Nous sommes deux comme dix
De la tendresse printanière des paysages

Mon amour plus long que l’arbre
Qui noue le ciel et la terre
Plus bleu qu’un nuage qui unit
Ciel et mer au mitan du jour

Nos prunelles une à une
Inventent la lumière
Pour nos corps étourdis

 

Tiga

Corps d’argile
nés de la paume
nos visages dessinés
aux couleurs du songe
inventent l’arabesque

formes de terre
traversées du regard
la lumière est une parole habitée
par l’étoile


Les poèmes de Gary Augustin, « Visions » et « Trajectoire », sont extraits du recueil Terre brûlée, publié pour la première fois en 2004 à Port-au-Prince aux Éditions Mémoire. « Comme un chant » et « Tiga » sont extraits du recueil Girandole du jour (Port-au-Prince: Éditions Mémoire, 1994), pages 21 et 40.

© 2004 et 1994, Gary Augustin


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mis en ligne : 6 mars 2007 ; mis à jour : 1 novembre 2015