Daniel Boukman

Daniel Boukman, photo © Stéphanie Bérard Le Gosier (Guadeloupe), juin 2004

photo © Stéphanie Bérard
Le Gosier (Guadeloupe), juin 2004

Daniel Boukman est né le 15 avril 1936 à Fort-de-France (Martinique). Son pseudonyme est emprunté au nom du prêtre vaudou, organisateur le 14 août 1791 de la cérémonie du Bois Caïman qui marque de début de l’insurrection définitive à Saint-Domingue, menant à l’indépendance d’Haïti.

En 1954, Daniel Boukman quitte la Martinique pour Paris où il fait des études de lettres classiques à la Sorbonne et milite au sein de l’Association des Étudiants Martiniquais. En octobre 1961, en refusant de revêtir l’uniforme militaire français, il entre en insoumission lors de la guerre coloniale menée par la France en Algérie. Par le canal d’une organisation issue du Front Antillo-Guyanais pour l’Autonomie, interdite en 1961 par le gouvernement français du moment, il rejoint alors (au Maroc) le Front de Libération National Algérien. En juillet 1962, il regagne l’Algérie indépendante où, de 1966 à 1981, sous l’égide du ministère de l’Éducation Nationale algérien, il enseigne le français au lycée Ibn Tourmet de Boufarik.

C’est dans cette période que Boukman écrit ses premières pièces (en français) qui traitent de thèmes politiques : la situation coloniale de son pays, l’émigration forcée de ses compatriotes en France, les limites de la Négritude, le néocolonialisme, la place de la femme algérienne pendant la guerre de libération et après l’indépendance, la solidarité avec la lutte du peuple palestinien.

Amnistié en 1975, il effectue des voyages dans son île natale, mais reste en Algérie jusqu’en 1981, date à laquelle il retourne à Paris où, entre autres, il fait partie de l’équipe de Radio Mango (radio nationaliste) jusqu’à sa suppression en 1987. Pendant la même période, il milite au sein d’une association martiniquaise (Espace Caribéen Mango) dont la défense et l’illustration de la langue créole était l’un des axes majeurs de son activité. Il est assistant parlementaire en France de 1986 à 1990. Également journaliste, il écrit de nombreux articles dans diverses revues.

En 1999, il regagne la Martinique où, durant deux années, il enseigne la langue et culture créoles à l’Université des Antilles et de la Guyane, à Schœlcher, en tant que « maître de conférences associé ». Depuis, il réalise à Radio Martinique une émission consacrée à la langue créole, et participe à des ateliers d’études du créole ouverts aux créolophones d’origine, d’adoption ou d’option.

C’est alors qu’après sa production poétique (uniquement) en créole, renouant avec le théâtre il passe, selon sa propre expression, « du duel au duo » en écrivant des pièces bilingues où alternent le créole et le français et par lesquelles il dénonce les tares de la petite-bourgeoisie martiniquaise aliénée, les effets ravageurs de la société d’hyper-consommation dont la télévision, tueuse d’imaginaire, est l’un des instruments premiers.

– Stéphanie Bérard


Oeuvres principales:

Poésie en créole:

  • Anba fèy. Paris: Éditions Radio Mango, 1987.
  • Pawôl bwa sèk. Schœlcher: Éditions Zandoli, 1992.
  • Chilktay pawôl. Schœlcher: Éditions Mabouya, 1994.
  • Zizing pawol. Schœlcher: Mabouya, 1998.
  • Mas. Fort-de-France: K. Éditions, 2007.

Prose:

  • Pawol Foumi-Fol, textes (en créole). Schœlcher: Mabouya, 2011.

Traduction par Daniel Boukman:

  • Fables d’Ésope. Zayann II. Gosier (Guadeloupe): PLB Éditions, 2002.

Théâtre:

  • Chants pour hâter la mort du temps des Orphées, ou Madinina île esclave, titre générique pour trois poèmes dramatiques (en français, publiés sous leurs titres aux Éditions Pierre Jean Oswald à Honfleur en 1967): Les voix de sirènes, Des voix dans une prison et Orphée nègre. Paris: L’Harmattan, 1993; Orphée nègre et Les voix de sirènes. Paris: L’Harmattan, 2010.
  • Les Négriers (en français). Honfleur: P.J. Oswald, 1971; Paris: L’Harmattan, 1978, 1993. Cette pièce a donné lieu à une adaptation cinématographique réalisée par le réalisateur mauritanien Med Hondo en 1979.
  • Ventres pleins, ventres creux (en français). Honfleur: P. J. Oswald, 1971; Paris: L’Harmattan, 1980.
  • Et jusqu’à la dernière pulsation de nos veines (en français). Paris: L’Harmattan, 1976, 1993.
  • Délivrans ! (en créole / français). Paris: L’Harmattan, 1995.
  • La véridique histoire de Hourya. Paris: New Legend Éditions, 2001 (pièce écrite à Alger en 1965); Paris: L’Harmattan, 2005.
  • Es lakou dò ? ou Une petite lampe dans la nuit (en créole). Schœlcher: Éditions Mabouya, 2003; Paris: L’Harmattan, 2005.
  • Agoulouland (en créole) suivi de Les 10 doigts des 2 mains (en créole / français). Paris: L’Harmattan, 2006.
  • L’homme endormi ou Et de nouveau la Bête immonde (en français). Fort-de-France: K Editions, 2007.
  • Poulbwa ek bwabwa (en créole / français). Fort-de-France: K. Éditions, 2007.
  • Les Théâtreux (en français) suivis de Misié Agoulou ek Ti Sonson (en créole). Fort-de-France: K. Éditions, 2008.

Divers:

  • Bé a ba jou démaré, an ti-liv pou aprann li épi matjé kréyol. (manuel d’alphabétisation en langue créole, produit en collaboration avec Igo Drane, illustrations par Conrad Caesar et Max Catayé). Paris: Éditions Radio Mango, 1989.
  • Maskoko. Album de photographies de masques créés à partir d’écales de cocos. Textes d’accompagnement du poète martiniquais Monchoachi. Photographies de Robert Charlotte. Schœlcher: Éditions Mabouya, 2003.
  • Migannaj, mélange poésie / prose (en créole / français). Schœlcher: Mabouya, 2005.
  • Kat zié kontré manti fini. pièce radiophonique (en créole). Schœlcher: Mabouya, 2009.
  • Frantz Fanon: Traces d’une vie exemplaire. Paris: L’Harmattan, 2016.

Articles sélectionnés sur Daniel Boukman:

  • Allen, Jason A. « Daniel Boukman: Un regard caribéen sur le théâtre ». Nouvelles Études Francophones 25.1 (Printemps 2010): 1-18.
  • Jones, Bridget. « Theater and Resistance ? An introduction to some French Caribbean Plays ». An Introduction to Caribbean Francophone Writing. Guadeloupe and Martinique (ed. Sam Heigh). New York: Berg, 1999: 83-100 (les pages 94-98 sont consacrées à la pièce Les négriers).
  • Pallister, Janis L. « Daniel Boukman : Literary and Political Revolutionary or, A New Orpheus Oils the Squeaky Wheels of Justice ». Dalhousie French Studies 26 (Spring 1994):121-129.
  • Ruprecht, Alvina. « Stratégies d’une dramaturgie politique: le théâtre anti-colonial de Daniel Boukman ». L’Annuaire théâtral, revue québécoise d’études théâtrales 28 (automne 2000): 59-72.
  • Ruprecht, Hans-George. « Le théâtre engagé de Daniel Boukman: masques, chants et révolte dans la situation post-coloniale ». Les théâtres créolophones et francophones de la Caraïbe (ed. A. Ruprecht). Paris: L’Harmattan, 2003: 135-154.
  • Upton, Carol-Anne. « The French-Speaking Caribbean: Journeying from the Native Land ». Theaters Matters. Performance and Culture on the World Stage. R Bloom et J. Plastrow, éds. Cambridge: Cambridge University Press, 1998: 97-125.

Liens:

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ailleurs sur le web:


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Dossier Daniel Boukamn établi en collaboration avec Stéphanie Bérard.

http://ile-en-ile.org/boukman/

mis en ligne : 15 septembre 2004 ; mis à jour : 14 janvier 2017