Philippe Thoby-Marcelin, À Fonds perdu – Boutures 1.2

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vol. 1, nº 2, pages 35-46

Philippe Thoby Marcelin

Philippe Thoby-Marcelin
 

 

À FONDS PERDU

 

Éditions Mémoire
 

 

À MALCOLM LOWRYen souvenir du Consul et de ce
déjeuner sur l’herbe à la Découverte,
tout au d’un abîme, – avec ma
fraternelle affection.
POÈME LIMINAIRE

à Edita et Ira V. Morris

Le bleu inaltérable de nos saisons
Était mon élément, et le vert.
Je vous parle d’une alliance indéfectible
Avec la mer et les campagnes,
– Toute la joie des Isles
Et leur aisance profonde!J’étais le maître incontesté des altitudes,
Je connaissais l’odeur exacte de chaque source,
J’évaluais le silence des oiseaux,
Je percevais le chant multiplié des plantes,
Le bavardage globuleux des poissons.
Et tous les hommes ignorant mes richesses!

Comme un dieu (car je l’étais parfois),
Docile au conseil de Dionysos,
Je me couchais sur la terre
Pour l’embrasement incestueux
Où m’induire à l’orgiasme,
– Un dépassement illimité!

3
 
Et je n’en étais jamais brisé.
Et j’avais bien le droit de chanter
Ce ventre universel, -ah, sans repos!
Et ce rut incessant, et cette gésine prodigieuse,
Depuis des millénaires,
Par quoi les choses se renouvellent.Je disais: « Terre! » et cela seul suffisait
Pour initier ma joie et mon délice.
Et quel autre nom de femme aimer
Sinon le sien, qui les surpasse tous?
– Car il est en tous, et c’est de lui
Qu’ils tiennent couleur, goût et parfum.
Et pouvoir l’appeler comme François d’Assise!Je vous parle d’une alliance indéfectible
Avec la terre!
– Toute la joie des Isles
Et leur aisance profonde!
4
Ce temps n’est plus.

Et ce n’est pas notre mère
Qui l’a voulu ainsi,
Ni que son ventre ouvert
Soit un charnier
À ses enfants perdus.

Elle qui voulait qu’en elle
On communie, comme après la mort,
Mais en vie et toute liberté,
Et tous les mains vides,
Pour mieux saisir ses présents!

5
 
Ce temps n’est plus.
Qui parle d’une alliance
Avec la terre?
Nous l’aurons plein les dents,
Avec l’assentiment du destin.Voici bientôt la jeune saison
Où renaissait Bacchus-Zagrée…
Las! nous l’avons enfoui pour longtemps,
Et peut-être ne le reverrons-nous jamais
L’horizon ferme sa porte à triple tour,
Les hommes bougent d’angoisse vers la sortie,
Et leurs voies sont pleines de sang!

Port-au-Prince, février 1943

6
 
AUTORITÉ DE LA CHOSE JUGÉE

à Magloire Saint-Aude

La souffrance en touche divisée
Quelque part dans la fièvre
Des souris grignotant le sapolin
On en recueillit quelques miettesEt ceci
Que tu n’effaceras pas
Les ventouses froides de la peur
Sur la nuque
Et ta pestilence tandis que
Maille après maille se composait
Une mort insidieuse et convenable
Mais on n’a pas voulu dormir en ce temps-là.

7
 
Tout se confondait
Et même une forme hagarde
Debout contre l’aube chancelante
Dans l’atroce obsession
De nuage buvant
Comme d’un encrier renversé
Par le talon fou de Septembre
Le sang cruel de Guernica.
8
LA MARRON PATHÉTIQUE
Était-ce de jour ou de nuit
De joie ou de douleur
Était-ce d’hier ou de toujours
Il s’était allongé
Dans les herbes lyriques de l’annéeÉtirant son corps
À la taille d’un guinnarou
Étirant son sexe
Dans la glissante amitié des couleuvres
Jaillissant
Comme une audace de bambou
9
Étreignant
L’immense
Le secret
Le terribleEt l’oreille au ras de la folie
(Dieu ayant mis sa main
Sur la bouche du vent)
Il écoutait battre
Au rythme élancé
De blessures pleines de cris
Les pas de sang d’une dansante émeute.
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L’INNOCENCE ANALYTIQUE

à René Belance

Issues de la déhiscence sexuelle
Les touffeurs de la nuit douce
Étalée
Dans la protection angulaire
Et les rutilences de la cécité
Et alors
Et déjà,
Goûtant Dieu en toutes choses,
La virginité froissée
Entre les paumes végétales
Et parcimonieuses
D’un anolis squameux…On vous parle d’un âge aboli
Voyez-vous
D’une aisance plénière
Au temps des prophéties
Et l’on avait franchi pourtant
L’étape de la mue
Et sa queue repoussait

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Pour la gloire initiale
Du coït vert-pré
Entrelacé
Dans la cynique pertinence d’un dessin
Conçu à la louange des lignes.Mais déjà
L’on savait
Je savais
Malgré l’élégance de la conjonction
Que l’homme-serpent
(C’était hélas un puritain)
Se déprenait aux jointures
D’indicibles craquements.
12
LES FÉES DIURNES
Sur l’échine verte et pourpre
Dressée dans ce vide lumineuxPour une gicle de sueur et de terre
De menthe et de bois-pin
Creusant le silence
Une théorie de cottes bleuesEt par des sentes retorses
Et de blancs cailloux
À rougir d’orteils éclatés
Tout un pillage sur la tête
De baies mûres d’herbes de racines
Dévalant à pleins paniers
D’équilibre élastiqueFantômatiquement
Ah tout équipe et perfection
Pour un branle harmonieux
De croupes et de seins
La souplesse anonyme des tiges!
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POUR BERCER UN DÉLIT D’INTENTION
La giration nuptiale des parfums
Inutile de le dire
Descendant l’Orénoque
Avec les papillons de la liberté
Cela venait de loin.Il y avait aussi
Pleine de mutisme
Et portée par les bois du Brésil
Une sournoise orchidée
Qui voulait qu’on la nomme
Mais les zéros des aras
Avaient beau jacasser de Caracas
Déjà ils ne s’additionnaient pas.C’étaient l’âge du reptile
Ton remords grouillait
Myriapode sanglant éperdu égaré
Dans les ruelles de la cruauté
Et les flaques de cris porcins
D’un soleil égorgé
Pour des pâques congolaises.
14
POUR ENCHANTER LA PEUR

à Wifredo Lam

La raisonnée de l’an neuf
L’heureuse année
Sur les portées du désastre
Pour la migration saisonnière
Des cactus
C’était écrit en toutes lettresPendant ce temps
Criminel Pétro
En route pour des goéties
Chevauchait la terreur de l’an mille
(Par les bornes millières
De poussiéreuses désolations
Une vraie nostalgie d’Ile du Diable).

16
 
Il se tournait à droite
Et c’était un lézard béat
À gauche
Et c’était un adieu solaire
Il se couchait
Et la terre bougeait comme une femme
Il se levait
Avec un doigt dans le nez.Mais de grâce ne pleurez pas
La danse est finie.
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ÉVIDENCE D’UN CABICHA
Le canal d’août faisait
Barbu barbelé
Un songe d’herbes
De bananeraie
De coupole bleue.Des mangues persuasives
Des goyaves aigrefines
Mon bel ange révolté ô Raisonneur
C’était la mode annuelle
Mais on lynchait encore en Virginie
Et j’avais grand goût de toi LibertéUne brise équivoque
Trancha la question
Elle m’induisit dans le vert de midi
Et la nonchalance chevelue
Et cette douceur de cuisses fraîches.
18
Puis séché
Au gré de la sucrerie
Je m’enfonçai corps et biens
Dans un lit de café doux
Comme un sein de nourrice noireJe pensais t’enseigner la bienveillance
Mais ce n’était qu’un amour de fumée
Au réveil on n’était plus là
Croyez-moi si vous avez souffert
Au pays du Bondieu bon
Ne le dites à personne.
19
TA LALA HOPE!

à la mémoire de Jacques Roumain

C’était çà!Douceur hypocrite de l’alisé
Pour masquer la cupidité
Des rapaces gros et petits
L’envie la cruauté.

Et la violence soudaine du Cancer
Sa stature de grand stipe déjeté
Hors le fouillis grotesque
D’une saltation stipendiée.

Rut cônique des tambours de la brousse
Anarchie noire hurlante
De la gesticulation.

A mort le mulâtre fils de chien
(Ta lala hope!
hope!
hope!)

20
 
Juif manqué d’Haïti
Donne-nous la terre,
Gibier de pogromme
Ta place n’est pas ici
(Ta lala hope!
hope!
hope!)À nous ta femme
Le miel de ton sang
Tes tripes subtiles!Oui, c’était ça!Tout ce galop démentiel
De viol
De pillage
De tuerie
(Ta lala hope!
hope!
hope!)
21
Forçant les artères de Yayoute pleurant
Dans une misère de poils et de peaux
Sur sa semence bigarée
Cahotique
Brassée à pleines mains par la haine!C’ÉTAIT CELAEt cette ruse dépigmentée
Qui se frottait les pattes
Dans les cavernes anachroniques
Du Nouveau Monde.

Août 1947

22
 
LA SERVANTE AU GRAND COEUR
 

Sarah qu’on t’appelait
Et tu venais de Djoméca
Avec cet anglais traînant des îles
(Mais on lui préférait
Ton plat de riz vert aux amourettes).

Géante nuit au giron inaccessible
N’était le secours de tes mains,
C’est ainsi qu’on te revoit
Et ce grand rire violet
Déchiré jusqu’à la pulpe
Et tes bras de poulpe attendrie
Suçant la colère et la souffrance.

23
 
Mais voici qu’on est homme
À présent
– Une triste proie d’os et de chair
Environnée de chacals
– Et tu n’es plus des nôtres.Cette honorable misère
N’ayant pas d’enfant
Nous l’avons placé à fonds perdu
Afin d’en jouir jusqu’à la fin
Quand les bastilles retourneront au néant
Et les mensonges et leurs armées
Car cela doit venir
Et nous aurons la patience d’attendre.
24
POUR CONTOURNER LA VÉHÉMENCE DU VENT
Vain tapage en révolution
De ripailles tripes et sang
La caravane insolente des lycantropes
Aboyait à la mort
D’un pur lyrisme endormi
À la table des dieux.Mais l’escroc patibulaire
Défiant la misère physiologique
Du gibet
Il rêvait plutôt
D’une descente bien sourde
Dans la tolérance abyssale.
25
Or, garée
De tout vin tumultueux
Et de la vanité pisseuse du temps égaré
L’année se rafraîchissait
À l’humus secret des antipodes.Fruit des accouplements virides
De l’humidité et de la chaleur
Le désir bambou svelte se dressait
Dans la tendre précocité
D’une pluie saisonnière
Mais pourpre à vrai dire
Comme un incendie de flamboyants.C’était le fin mot de la fin
Pur sec et nuptial
Telle une affirmation d’os blanchi
– Par la migration des fourmis
Un songe caniculaire
Perpétré au gras de la forêt.
26
LE TEMPS DOMESTIQUE

à Aimé Césaire

Dans le train désolé
De l’an climatérique
Infortunée miraculeuse
Pleurant au Bois d’Avril
Une averse solaire
– Mais c’était seulement
De l’avis du sacristain
Un diable qui battait sa femme.Cette science péremptoire
On la découvrait à mesure
Sans savoir qu’on allait au réveil
D’un serpent jaune et poilu
Vermiculairement tapi
Avec son venin timide
Dans le muet de la termitière.

27
 
Puis le rapt bénévole
Pour un souvenir apprivoisé
De bras de femme avait charmé
La terreur d’une enfance autorisée
– Plus rien voyez-vous
Qu’une histoire de chaises basses
Tirée au seuil de la cuisine.Et déjà
On parlait ce langage rituel
Tam-tam d’eau verte dansant
Feuillu de troîs-paroles
Ou de jockey-club
Pur délice à mille feux
Comme d’un mystère à jeun
Au kandjanrou de la brousse.
28
SUPPLIQUE AU MAÎTRE DU VENT
Seigneur délirant des cimes et du son
Imbu de hautes calvities
Comme cette exigence inflexible
Dressée à la gloire du mâle
C’est de toi que l’on parle.Car tu nous enseignas
Au pied levé du jour
Ce chant aveugle dans les mornes
Exprimé goutte à goutte
Pour la spongieuse oenophilie du brouillard
– Mais voici qu’un disciple est malade.Et dans le sec de la savane
Par la sécrétion ardente du solstice
La rutilance rutilée
Du tropique flamboyant surgit
Tel au temps violé des violences
Un cri bien égorgé.
29
Nous refuseras-tu les secours?On voudrait fuir l’exactitude de la souffrance
Sortir oh que ce soit
Par la porte définitive du muet
Ou telle autre que tu sais
Comme une aisance de feuilles
Mais qu’en plein midi
Il n’est pas bon de nommer
Sortir enfin sortir!
30
LE VOYAGE INUTILE
Une eau sans âme de toute éternité
Rejetant l’armoire du ciel triste
Pour apprivoiser l’exaltation
Notre barque démontra le vertige à la proueDes algues vigoureuses naviguaient
Dans la verte accalmie
D’un soir trop attendu
– En as-tu le souvenir?Les voiles du monde dérivaient
Clapoti clapota
Les voiles
les ailes
le songe
Creusant les buttes aux flancs d’ardoise.
31
En vain caressions-nous le ventre du silence
La nasse et l’espoir
O pêcheuse d’horoscopes
Bougeaient d’une hâte infertile.Vint une vague toute nue
Qui sonda le délire
Mais tu pris la conque
Et comme pour défier les ruses du large
Tu lui arrachas le coeur.C’est alors qu’un récif dissident à fleur d’eau
Imagina d’improviser
Des relents de grands fonds
Et bientôt le vent attaquant de biais
Confessait la colère du sourd-muet
– Toute une colique refoulée!
32
YANVALOU

à Nicolas Guillén

Extase giratoire et plongeante
Sur les cornes du Zambèse
(Qui a fait ça
qui a fait ça?)
Une barque antilope
Pour la remontée
Du temps tumultueux.Navigateur d’eau douce
Sans algue étalée
Sinon ta maîtrise
Ô libéré blanchi désossé
(Qui a fait ça
qui a fait ça?)
À quoi bon le dire
Si pendant la traversée
Une coquille à la boutonnière
Maître Agoué se promenait
Sur le pont du négrier?

33
 
L’eau amène le vent pousse
Et l’ancêtre baobab
S’il savait ne savait pas
(Qui a fait ça
qui a fait ça?)Prise aux lianes de l’aménité
Par la complaisance du cou
Une girafe d’autrefois
Qui broutait ses méninges.
34
À DORMIR DEBOUT
Le glorieux marteau des papes enrubannés
Crucifiant la mère des pôles
Les chiens caniculaires
Mis au pied du mur
Vomirent un chant coupable.À les entendre si les cristaux
De vaseline en rosaces
Enrichirent la musicienne de verre
Le cuissage de la folie
Electrifiait l’audace insolite
35
Mais suivant les rapports de police
La ruse des eaux vives
Séduisait la routine de profil
Des dieux sans scrupule
Virilisèrent le mensonge
Et le jeu des pantalons
Abusa le croissant insensé.Il n’en reste pas moins
Qu’une flamme hirondelle
Dans l’ombre absolue
Sans parler d’huîtres
Traçait des ronds des zéros
Nouait le huit
Cependant qu’avec un petit v
Pour des jupes cocasses
La vertu grandissait éclatante.
36
ENTREVOIR L’INSAISISSABLE

à Maya Deren

Comme une tige secrète
Doucement je crois
Mais d’une seule poussée
Tu sortis de l’humus
Et c’est à peine
Si la terre en a gémi.Renouvelée de l’absence
Solitaire insolite – ah sans répit –
Tout en soi épanouie
Hors un buisson d’hibiscus
Ainsi tu nous apparus
Et ce qui baignait ton visage
Larme ou rosée
On ne le savait pas.

37
 
J’en suis encore tout ému.Mais de la communication des hommes
Jamais tu ne seras
Car sinon des racines
Panique
Végétale
Innocente
De qui serais-tu née?
38
NOCTURNE SANS PRÉTENTION

à Carlos Enriquez

La nonchalance ténébreuse
Du siècle ou de l’encre
(C’est tout un)
Fuite ancrée dans la crique
Elle nous démontra
Toutes les complaisances du phare.Mais qui parlait du sel
Vantait l’échine et l’herbe
Qui annonçait
L’obséquiosité des courbures
L’invasion urticante des acalèphes?

Au gré du Lamentin
Et pour des joies grinçantes
Par un songe de poulies
Le prophète illusoire
Bien assis parmi les feux tournants.
C’est qu’à l’insu de tous

39
 
– Nous le sûmes plus tard
De l’aveu d’une carène –
Il assemblait
De telle sorte telle manière
L’infection des os friables.En conséquence nous dit-on
Et sans rémission
(Mais il faut reconnaître qu’il ventait)
Une poule s’affirma torrentielle
Et vendit son cul parlant.Quoi qu’il en soit
Car c’est un fait indéniable
De notre temps et je le certifie
Souple comme la mer
Une bouche
Ne tuera pas la tour
Le délire
Ni le désespoir.
40
RENCONTRE DE L’INDICIBLE
Aux jours que l’on quêtait
Sans espérance
Aux jours que l’on mendiait
(Avec ce sourire vous vous rappelez)Une femme nous prit par la main
Qui était encore vous
Mais déjà une autre
Qui allait doucement
Allègrement
Allait en chantonnant
Allait comme on danse.La route n’était pas longue
Un ravin était au bout
Et quand elle se retourna…
Hélas peut-on vous dire
– Alors qu’il fait nuit
Qu’on nous l’a défendu –
Ce que déjà vous savez?
41
Car nous avons fait le voyage
Avec vos yeux de pleine lune
Avec vos yeux de belle-mère
– Et le jour qu’on était bien mis
N’était pas le jour
Qu’on vous rencontrait.
42
PÈLERIN DE LA SOLITUDE
à Dawn Powell
Las ayant tout pris du mesquin
L’offrande amère
Sans pleur ni déchirement
Un jour il s’en ira
Dans la paix des racines
Au plus secret du repliement.Mais si loin qu’il se retire
Toujours il chérira
(Dites-vous a-t-on jamais fait
Plus galant éloge
De la terre où sans vivre
Nous aurons vécu)
Acclamant par mille feuilles
L’élan purifié du silence
Ces branches de haute lice
Déployées dans la liberté.
43
POÈME

à Eva Ponticello

Assis, bas, dans la politesse,
– car on est en-dehors, n’est-ce pas,
ami des simples, parmi les bêtes…
et prenant les doigts, comme ça, avec douceur,
nous t’enseignerons les excusesCe n’est pas que des nègres soient mauvais.
On ne saurait vous dire ça. On a du respect.
«Mais je garde mon chapeau: n’y voyez pas
méfiance».
Renifleur de pièges, informé de la vertu,
– telles feuilles, telles racines…
on oint son corps d’attention. Et ce n’est point lâcheté
Non. C’est prendre garde.

44
 
En parlant peu…
(une langue est sans os, sans liens,
elle n’a pas de dimanche,
et salive, pour te noyer,
oui, – quand même, tu es son maître)
Sentencieux aussi:
On a force sur les hommes.Même sur Dieu…
«Couchez-vous par terre», dit-il à ses enfants.
«J’y suis déjà», répond la couleuvre.)
Et comment ne pas savoir?
La nuit était longue. On souffrait.

Washington, novembre 1948

45
 

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mis en ligne : 14 avril 2001 ; mis à jour : 25 octobre 2015