Saint-John Perse

Saint-John Perse, photo © 1974 Lucien Clergue

photo © 1974 Lucien Clergue

De son vrai nom Alexis Leger, le poète Saint-John Perse naît en Guadeloupe, à Pointe-à-Pitre, le 31 mai 1887.

Par son ascendance maternelle, il est issu d’une riche famille de Blancs créoles implantée aux Antilles de très longue date, alors que son père est d’une famille de juristes installée en Guadeloupe depuis 1815. Après une enfance idyllique, passée dans un cadre protégé et une nature luxuriante, le jeune créole vit en 1899 l’événement qui marquera à jamais sa psyché de créateur : le départ de toute sa famille vers la France, tournant ressenti fondamentalement comme un exil. En métropole, les Leger s’installent à Pau, où Alexis, lycéen brillant, s’adapte progressivement à son nouveau cadre de vie. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1904, il débute à Bordeaux des études de Droit, tout en suivant également des cours de médecine, de Lettres, de philosophie; ces années d’apprentissage sont caractérisées pour cet étudiant éclectique par une intense vie intellectuelle.

Première publication dans la NRF en 1909, avec Images à Crusoé, variation poétique et évocation de la figure essentielle de l’exilé, autour du mythe littéraire fondé par Defoe. Éloges, premier recueil proprement dit est publié en 1911 sous le nom de Saintléger Léger, frappant les esprits par l’originalité du ton. Il réussit le concours d’entrée au Ministère des Affaires étrangères en 1914, et y commence une carrière administrative puis réellement diplomatique à partir de 1916, année où il est nommé secrétaire d’ambassade à la Légation de France à Pékin. Il restera en Chine jusqu’en 1921, occupant divers postes consulaires et menant surtout au cours de ce séjour un important cheminement intellectuel et philosophique au contact des spiritualités asiatiques. C’est en 1924 qu’est publiée sous le pseudonyme de Saint-John Perse l’une des moissons les plus substantielles de cette période et l’un des sommets de l’œuvre, Anabase, qui sera traduit plus tard par T.S. Eliot, Walter Benjamin, Rilke ou encore Ungaretti.

Entre 1925 et 1932, la carrière du diplomate s’affirme un peu plus, puisque Leger devient le bras droit d’Aristide Briand, forgeant avec lui une politique d’apaisement des relations internationales, par la signature de toute une série de pactes et d’alliances, dont le fameux pacte Briand-Kellog, en avril 1928. À partir de 1933, en tant que secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères, Leger influence la politique extérieure de la France, dans la continuité de la ligne de Briand, ce qui le place en porte-à-faux des atermoiements funestes qui conduisent le gouvernement français à ratifier les accords de Munich en 1938. C’est cette position difficile qui aboutit à sa mise en disponibilité en 1940, où il choisit de s’exiler aux États-Unis. Ni vichyssois, ni gaulliste, il refuse de rejoindre les instances dirigeantes de la France Libre, et après une difficile transition, devient conseiller littéraire à la Bibliothèque du Congrès à Washington, sous la protection du très influent Archibald MacLeisch. Il se consacre alors plus librement à son œuvre poétique et cette période américaine sera d’ailleurs prolifique: Exil (1941), Poème à l’Étrangère (1942), Pluies (1943), Neiges (1944), Vents (1946), puis Amers, son plus long recueil, qui ne sera publié en volume qu’en 1957. C’est à la faveur de l’entremise de certains admirateurs et mécènes américains qu’il décide finalement de rentrer en France en 1957, alors qu’une splendide villa lui est offerte dans le Var, sur la presqu’île de Giens. Il séjournera pendant plusieurs années alternativement en France et aux États-Unis, ayant épousé une américaine en 1958, Dorothy Milburn Russel.

Son œuvre connaît alors une audience internationale croissante, qui débouche sur l’attribution du Prix Nobel de Littérature en 1960. Le poète poursuit dans les années suivantes l’édification de cette poésie exigeante (Chronique en 1960, Oiseaux en 1962 – rédigé dans le compagnonnage artistique du peintre Georges Braque –, puis les poèmes marquants d’un recueil demeuré inachevé), vivant sa poésie sur toutes les latitudes du globe qu’il parcourt avec avidité, en navigateur infatigable. Pendant une dizaine d’années, Perse s’attèle par la suite à son «œuvre» ultime, qui est aussi la construction de sa propre légende: avec l’accord des Éditions Gallimard, il agence seul le volume de ses Œuvres complètes dans la prestigieuse collection de la Pléiade; l’ouvrage paraît en 1972 et ne cessera d’impressionner les lecteurs par son mystère et son autorité. Saint-John Perse s’éteint le 20 septembre 1975 à l’âge de quatre-vingt huit ans à Giens, où il est enterré.

– Loïc Céry


Oeuvres principales:

Poésie:

  • Éloges, suivi de La Gloire des Rois, Anabase, Exil. Paris: Gallimard, 1967.
  • Vents, suivi de Chronique. Paris: Gallimard, 1968.
  • Amers, suivi de Oiseaux. Paris: Gallimard, 1970.
  • Œuvres complètes. Paris: Gallimard (Pléiade), 1972.

Discours:

  • « Poésie ». Discours de réception du Prix Nobel de Littérature (Stockholm, 10 décembre 1960). Œuvres complètes. Paris: Gallimard, 1972: 443-447.
  • « Pour Dante ». Discours pour l’inauguration du septième centenaire de Dante (Florence, 20 avril 1965). Œuvres complètes. Paris: Gallimard, 1972: 449-459.

Enregistrements sonores:

Pour en écouter des extraits, lus par l’auteur, voir le site Saint-John Perse, le poète aux masques.

  • Extrait du discours de réception du Grand Prix national des Lettres, 1959.
  • Début du Discours de Stockholm, de réception du Prix Nobel de Littérature, 1960.
  • Début du Discours de Florence, pour le septième centenaire de Dante, 1965.

Prix et distinctions littéraires:

  • 1959     Le Grand Prix national des Lettres (France).
  • 1959     Membre honoraire de la Modern Language Association.
  • 1959     Docteur Honoris Causa de l’Université de Yale.
  • 1960     Prix Nobel de Littérature.
  • 1960     Membre honoraire de The American Academy of Arts and Letters.
  • 1960     Membre du National Institute of Arts and Letters (USA).
  • 1960     Membre de l’Académie bavaroise.

Sur Saint-John Perse:

Ouvrages collectifs:

  • Camelin, Colette et Joëlle Gardes Tamine, Joëlle. La « rhétorique profonde » de Saint-John Perse. Paris: Honoré Champion, 2002.
  • Europe (numéro spécial, Saint-John Perse) 799-800 (novembre-décembre 1995).
  • Hommage à Saint-John Perse. La Nouvelle Revue Française (février 1976).
  • Honneur à Saint-John Perse, hommages et témoignages littéraires suivis d’une documentation sur Alexis Léger. Paris: Gallimard, 1965.
  • Modernité de Saint-John Perse? Actes du colloque de Besançon des 14, 15 et 16 mai 1998. Textes réunis et présentés par Catherine Mayaux. Besançon: Presses universitaires franc-comtoises (coll. « Annales littéraires de l’Université de Franche-Comté » 716) Série Centre Jacques-Petit 96 (2001).
  • Postérités de Saint-John Perse. Actes du colloque de Nice des 4, 5 et 6 mai 2000. Textes réunis et présentés par Eveline Caduc. Nice: Publications de la Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines de Nice, ILF-CNRS- « Bases, Corpus et Langage », Association des Amis de la Fondation Saint-John Perse, 2002.
  • Saint-John Perse. Antillanité et universalité. Actes du colloque de Pointe-à-Pitre de mai-juin 1987. Paris: Editions caribéennes, 1988.
  • Saint-John Perse, Antillais universel. Actes du colloque de Pointe-à-Pitre de mai-juin 1987. Paris: Minard, 1991.
  • Saint-John Perse sans masque. Lecture philologique de l’œuvre. Textes de Colette Camelin, Joëlle Gardes Tamine, Catherine Mayaux et Renée Ventresque (sous la direction de Joëlle Gardes Tamine). Poitiers: La Licorne, UFR Langues Littératures Poitiers – Maison des Sciences de l’Homme et de la Société, 2002.

Monographies et études:

  • Bosquet, Alain. Saint-John Perse. Présentation, choix de textes, bibliographie, dessins, portraits, fac-similés. Paris: Seghers, 1953, 1959.
  • Caduc, Eveline. Saint-John Perse. Connaissance et création. Paris: José Corti, 1977.
  • Caillois, Roger. Poétique de St.-John Perse. Paris: Gallimard, 1954. Paris: Gallimard, 1972.
  • Camelin, Colette. Éclat des contraires. La poétique de Saint-John Perse. Paris: CNRS Éditions, 1998.
  • d’Eudeville, Jean. Saint-John Perse ou la poésie pour mieux vivre. Paris, L’Asiathèque, 1984.
  • Féquant, Guy. Saint-John Perse. Lyon: La Manufacture, 1986.
  • Gallagher, Mary. La créolité de Saint-John Perse. Paris: Gallimard, Cahiers Saint-John Perse 14 (1998).
  • Gardes Tamine, Joëlle. Saint-John Perse ou la stratégie de la seiche. Aix-en-Provence: Publications de l’Université de Marseille, 1996.
  • Guerre, Pierre. Portrait de Saint-John Perse. Textes établis, réunis et présentés par Roger Little. Marseille: Sud, 1989.
  • Knodel, Arthur. Saint-John Perse: a Study of his Poetry. Edinburgh: Edinburgh University Press, 1966.
  • Levillain, Henriette. Le rituel poétique de Saint-John Perse. Paris: Gallimard, 1977.
  • Little, Roger. Saint-John Perse. London: The Athlone Press, 1973.
  • Little, Roger. Études sur Saint-John Perse. Paris: Klincksieck, 1984.
  • Loichot, Valérie. Orphan Narratives: The Postplantation Literatures of Faulkner, Glissant, Morrison, and Saint-John Perse. Charlottesville: University of Virginia Press, 2007.
  • Loranquin, Albert. Saint-John Perse. Paris: Gallimard, 1963.
  • Mayaux, Catherine. Les lettres d’Asie. Les récrits d’un poète. Paris: Gallimard, Cahiers Saint-John Perse 12 (1994).
  • Ostrovsky, Erika. Under the Sign of Ambiguity: Saint-John Perse/Alexis Leger. New York: NYU Press, 1984.
  • Parent, Monique. Saint-John Perse et quelques devanciers: études sur le poème en prose. Paris: Klincksieck, 1960.
  • Paulhan, Jean. Énigmes de Perse. Mazamet (France): Babel, 1992.
  • Rigolot, Carol. Forged Genealogies: Saint-John Perse’s Conversations with Culture. Chapel Hill: North Carolina Studies in the Romance Languages and Literatures, 2001.
  • Rigolot, Carol. Saint-John Perse et ses amis américains. Courrier d’exil. Paris: Gallimard, Cahiers Saint-John Perse 15 (2001).
  • Sacotte, Mireille. Saint-John Perse. Paris: Belfond, 1991. Paris: L’Harmattan, 1997.
  • Sacotte, Mireille. Parcours de Saint-John Perse. Paris/Genève: Champion-Slatkine, 1987.
  • Ventresque, Renée. Les Antilles de Saint-John Perse. Itinéraire intellectuel d’un poète. Paris: L’Harmattan, 1993.
  • Ventresque, Renée. Le songe antillais de Saint-John Perse. Paris: L’Harmattan, 1995.
  • Winspur, Steven. Saint-John Perse and the Imaginary Reader. Genève: Droz, 1988.

Traductions:

In English:

  • Saint-John Perse. Collected Poems. Trad. W.H. Auden, Hugh Chisholm, Denis Devlin, T.S. Eliot, Robert Fitzgerald, Wallace Fowlie, Richard Howard, Louise Varèse, édition bilingue. Princeton: Princeton University Press, 1971.
  • Anabasis. Trad. et préface de T.S. Eliot, édition bilingue. Londres: Faber and Faber, 1930, 1959. New York: Harcourt, 1938, 1949, 1970.
  • Anabasis. Trad. Roger Little. Arlington: Arlington Quarterly, 1970.
  • Seamarks. Trad. Wallace Fowlie, édition bilingue. New York: Pantheon, 1958, 1961.

En español:

  • Anábasis: un poema de St. J. Perse. Trad. Octavio G. Barreda. México: Letras de México, 1941.
  • Elogios y otros poemas. Trad. Jorge Zalamea. México: B. Costa-Amic, 1946.
  • Antología poética. Trad. Jorge Zalamea. Buenos Aires: Compañia General Fabril Editora, 1960; Buenos Aires/Mexico/Bogotá/Rio de Janeiro: Plaza y Janés, 1968.
  • Pájaros y otros poemas. Trad. Manuel Álvarez Ortega. Madrid: Visor, 1976, 1996.
  • Anábasis y otros poemas. Trad. Jorge Zalamea. Buenos Aires: Hyspamérica, 1983. Barcelona: Orbis, D.L. 1983.
  • Poemas (Anabasis, Exilio, CrónicaCanto para un equinocio). Trad. Enrique Moreno Castillo. Barcelona: Lumen, 1988
  • Anábasis. (édition bilingue) Trad. José Antonio Gabriel y Galán. Madrid: Visor, 1983, 2002.
  • Vientos. Trad. (con prólogo, cronología y glosario) Lorenza Fernández del Valle y Juan Carvajal. México: UAM, 1991.
  • Obra poética completa. (3 vols.) Ed. José Luis Rivas. México: UAM, 1991.

Auf Deutsch:

  • Dichtungen. Trad. Friedhelm Kemp. Darmstadt/Berlin/Neuwied: Lichterhand, 1957.
  • See-Marken. (Amers) Trad. Friedhelm Kemp. Berlin/Neuwied am Rhein/Darmstadt: Luchterhand, 1959.
  • Exil. Trad. Leonharda Gescher et Friedhelm Kemp. Frankfurt am Main: Insel-Verl, 1961.
  • Anabasis. Trad. Friedhelm Kemp. München: Piper, 1961; Berlin: Verlag Volk und Welt, 1981; München/Zurich: Piper, 1989.
  • Saint-John Perse: choix d’œuvres poétiques. Trad. Friedhelm Kemp, édition bilingue. München: Deutsche Taschenbuch Verlag, 1963.
  • Preislieder. Trad. Friedhelm Kemp. München: Deutscher Taschenbuch Verlag, 1964, 1987.
  • Winde. Trad. Friedhelm Kemp. Frankfurt am Main: Suhrkamp, 1964, 1987.

In italiano:

  • Saint-John Perse: Choix d’œuvres (Storia des Regente, Canzone Del Presuntivo, Ninna Nanna). Trad. Romeo Lucchese. Roma: Tempo Presente, 1960.
  • Opere poetiche di Saint-John Perse. (2 vols.) 1. ElogiLa gloria dei re, Esilio. Trad. Romeo Lucchese; Anabasi. Trad. Giuseppe Ungaretti. Milano: Lerici, 1960. 2. Venti, CronacaUccelli. Trad. Romeo Lucchese. Milano: Lerici, 1965.
  • Le opere. (Elogi, La gloria dei re, AnabasiEsilio, Venti, Cronaca, Uccelli, Segnali di mare). Trad. Romeo Lucchese et Giuseppe Ungaretti. Torino: UTET, 1972, 1979.

Liens:

  • Saint-John Perse, le poète aux masques, site consacré au poète et à son œuvre : biographie détaillée, présentation de l’œuvre, aperçu de son appréhension critique, éléments pratiques tels que bibliographie, extraits de textes, actualités éditoriale et universitaire, sélections audio des discours de l’auteur, La nouvelle anabase (revue d’études persiennes) et une sélection de liens Internet (site réalisé par Loïc Céry).
  • La Fondation Saint-John Perse, bibliographie, biographie, photos: bibliothèque Saint-John Perse, centre de recherches (Aix-en-Provence).
  • icon_audio Saint-John Perse sur le site de la Fondation Nobel avec son speech de 1960 à Stockholm et un extrait sonore.

Comptes-rendus des ouvrages sur Saint-John Perse:


Retour:

Le dossier Saint-John Perse a été préparé pour Île en île par Loïc Céry, webmestre du site sjperse.org, d’où ont été tirées cette présentation sommaire et les informations bibliographiques.

http://ile-en-ile.org/perse/

mis en ligne : 3 avril 2003 ; mis à jour : 27 novembre 2015