Alfred Parépou

couverture de l'édition 1980 d'Atipa, par Alfred Parépou

couverture de l’édition 1980 d’Atipa

Pierre Félix Athénodor Météran (ou Méteyrand) est né en 1841. Écrivain de la Marine dès 1859, il termine sa carrière en 1875 comme Commissaire de Marine. De 1880 à 1883, Météran se lance dans l’orpaillage puis la politique en tant que membre du Conseil Général. Il représentera la circonscription « Oyapoc-Kaw-Approuague » de 1886 à 1887. Républicain acharné dont la carrière aboutira au poste de Conseiller Général, il avait des raisons politiques pour taire la paternité d’Atipa, texte subversif pour l’époque.

Atipa mérite à lui seul une focale particulière dans la littérature guyanaise et dans la littérature créolophone du monde. Premier roman créole signé d’Alfred Parépou quand il est publié pour la première fois en 1885, la réelle identité de son auteur a longtemps fait débat. Si la présentation critique de Lambert Félix Prudent, dans la réédition d’Atipa sous l’égide de l’UNESCO, suggère celle d’Alfred de Saint-Quentin (auteur d’une Introduction à l’histoire de Cayenne, suivie d’un recueil de contes, fables et chansons, publiée en 1872), la proposition de Michel Lohier, Auxence Contout et Marguerite Fauquenoy l’attribuant à Félix Athénodor Météran, semble aujourd’hui avérée.

Atipa, titre et personnage d’une chronique pittoresque et acidulée de la société guyanaise, apparaît dans le paysage littéraire de la fin du XIXe siècle, à l’époque où la Guyane passe du statut post-esclavagiste à celui de colonie pénitentiaire, d’économie de plantation à celle d’orpaillage. Écrit en créole, sans le moindre recours à la langue française, le récit présente Atipa, orpailleur de métier, philosophe à ses heures, censeur caustique à d’autres, goguenard toujours, en constante discussion. Devant un anmè sur la place du marché ou un plat de poucici ké oun chougiè zaricots chez un compère, au bureau d’un candidat politique ou au Sable noir pour danser, tout est matière à chanter la beauté du pays, à valoriser la culture guyanaise sous toutes ses facettes, à décrier l’indolence du peuple guyanais face au broyeur de l’assimilation et à défendre sans réserve le patois guyanais comme vecteur d’une identité forte.

On ne dira jamais assez l’importance de ce texte dans l’histoire littéraire du monde en ce qu’il apparaît comme un « défi » à l’etablishment : d’abord le parti-pris résolu de la langue créole et l’amorce d’une réflexion sur le fond comme sur la graphie ; l’adresse clairement affichée au public guyanais peu alphabétisé en 1885 et, lorsqu’il l’est, parfaitement assimilé aux codes français ; enfin le destin même de ce livre qui traverse dans l’indifférence la plus totale la critique populaire et spécialisée, en Guyane comme ailleurs. Il ne sera « re-découvert » qu’en 1949 à la faveur de la publication par Auguste Horth de son Patois guyanais. À la suite d’une première version française réalisée en 1972 par Michel Lohier, puis celle de Marguerite Fauquenoy en 1987, Atipa fait aujourd’hui l’objet d’une nouvelle traduction par Francine Château Condé-Salazar sous le titre de Un roman guyanais (1885), Atipa de Parépou, konté-raconté à Marie.

– Monique Dorcy

Extrait

ò mo ka tendé yé ka di, péyi la pa gain manjé, yé ka fè mo ponn. A pa péyi la ki pa gain manjé a piti moso, nou piti moso landan ; a zafè ki pa k’ alé drèt. Jodla, nou tout la placè, a ki moun yé wlé ki planté mannyok ? A ki moun yé wlé ki sasé manjé ? « Nou pa pouvé kouri, épi graté nou pié meinm tan »


Oeuvres principales:

Éditions d’Atipa:

  • Atipa : roman guyanais. Paris: Auguste Ghio, 1885.
  • Atipa, premier roman en créole. Reproduction en facsimile de l’édition de 1885 avec bibliographie, présentation par Lambert Félix Prudent; traduction de Michel Lohier. Paris: Éditions caribéennes. 1980. 124p
  • Atipa: roman guyanais. Édition bilingue, traduit et annoté par Marguerite Fauquenoy et Simon Fraser. Paris: L’Harmattan, 1987.
  • Atipa ; Un roman guyanais (1885), Atipa de Parépou, konté-raconté à Marie. Trad. Francine Château Condé Salazar. Paris: M. Caulliez (auto-édition), 2010.

Sur Atipa:

ouvrage collectif:

  • Fauquenoy, Marguerite, sous la direction de. Atipa revisité ou les itinéraires de Parépou. Fort-de-France: Presses Universitaires Créoles / Paris: L’Harmattan (Textes, études et documents 7-8), 1989. Avec des essais par: Vincent Huyghes-Belrose, Serge Patient, Bernard Cherubini, Marie-José Jolivet, Michèle Baj Strobel, Albert Valdman, Guy Carden, Aaron Bull, Raphaël Confiant, Pierre Pinalie, Bernard Saint-Jacques, Grazia Merler, Marie-Christine Hazaël-Massieux, Jean-Pierre Jardel, Jean Bernabé, Pierre Charles-Dominique, Marguerite Fauquenoy, Hugo Schuchardt, Ladislas Kardos.

d’autres études:

  • Chamoiseau, Patrick et Raphaël Confiant. Lettres créoles: tracées antillaises et continentales de la littérature (1635-1975). Paris: Hatier, 1991.
  • Confiant, Raphaël, Jean Bernabé et Patrick Chamoiseau. Éloge de la créolité. Paris: Gallimard, 1989.
  • Fauquenoy, Marguerite. Analyse structurale du créole guyanais. Paris: Klincksieck, 1972.
  • Ndagano, Biringanine et Monique Blérald. Initiation à la littérature guyanaise. Cayenne: CDDP de la Guyane. 1996.
  • Schuchardt, Hugo. Compte-rendu d’Atipa d’Alfred Parépou et de Two Years par Lafcadio Hearn. Literaturblatt für germanische und romanische Philologie 15 (1894): 309-12.

Liens sur Atipa et Alfred Parépou

ailleurs sur le web:


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Dossier Alfred Parépou préparé par Monique Dorcy

http://ile-en-ile.org/parepou/

mis en ligne : 23 juillet 2012 ; mis à jour : 26 novembre 2015