Salim Hatubou

Salim Hatubou, photo © Soeuf Elbadawi Moroni, 1998

photo © Soeuf Elbadawi
Moroni, 1998

Salim Hatubou est né le 20 juin 1972 à Hahaya, en Grande-Comore. À dix ans, il s’installe dans les quartiers Nord de Marseille, où il devient rapidement nostalgique de son enfance comorienne, de ses contes et légendes. Adolescent, il écrit des nouvelles et des articles, publiés dans diverses revues ou magazines. Les Contes de ma grand-mère, son premier ouvrage, paraissent en 1994. Depuis, contes, poèmes, livres jeunesse ou encore romans engagés se succèdent.

Salim Hatubou axe son œuvre sur l’identité et la mémoire. Il se rend régulièrement dans son pays natal pour effectuer des recherches. À cet effet, il obtient par deux fois la Mission Stendhal (1998 et 2005), une bourse du Ministère des Affaires Étrangères Français. Il oriente ses travaux principalement sur le choléra de 1975, qui a emporté sa mère, et sur les reines et sultans comoriens.

Conteur, après avoir longtemps écouté et retranscrit les contes de sa grand-mère maternelle, il collecte directement les histoires auprès des anciens. En 2000, le Centre National du Livre lui octroie une bourse d’écriture et le journal Marseille L’Hebdo le fait figurer parmi « les cent qui feront le Marseille de demain », récompensant ainsi son travail d’écrivain, de conteur et d’acteur culturel (il anime des ateliers d’écriture).

Ces trois disciplines l’amènent dans les bibliothèques, les écoles et à travers le monde, principalement à La Réunion, Mayotte, Anjouan et Grande-Comore, pour des festivals de contes (Festival Coquelicontes du Limousin, Festival de Vassivière, Festival de La Réunion…), des salons du Livre (de Paris, de Montreuil, de La Réunion) et d’autres manifestations culturelles (Lire en Fête, Café Littéraire de La Réunion).

Engagé dans l’humanitaire, Salim Hatubou s’emploie actuellement à créer aux Comores La maison de Riama, un centre culturel et éducatif destiné aux enfants vivant en milieu rural.

La littérature écrite comorienne d’expression française est naissante. Le premier roman, La république des Imberbes de Mohamed Toihiri, ne remonte qu’à 1984. Salim Hatubou est l’un des pionniers de cette littérature et celui qui publie le plus régulièrement. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont les styles sont aussi variés que les thèmes. Parfois drôles (Marâtre, Un conteur dans ma cité), parfois graves (Métro Bougainville), leurs dénominateurs communs restent l’identité et la mémoire.

Ayant une culture franco-comorienne, l’œuvre de Salim Hatubou traite aussi bien de la société française que de la société comorienne. Auteur engagé, il porte un regard avisé sur ses deux pays et dénonce leurs travers, non sans s’attirer le foudre de certains détracteurs. Dans Le sang de l’obéissance, par exemple, l’auteur s’oppose aux mariages arrangés aux Comores ; dans Hamouro, il soulève l’épineux problème de la balkanisation de son archipel et témoigne des relations catastrophiques entre Mayotte – restée sous giron français – et les autres îles des Comores ayant accédé à l’indépendance.

Nombre de ses livres sont étudiés dans les écoles françaises et comoriennes (Chifchif et la reine des diables, Trois contes vagabonds, Marâtre, Métro Bougainville). Il attache une grande importance à la transmission de la culture et de la tradition, ce à quoi contribuent également ses multiples recueils de contes, faisant ainsi perdurer et revivre une littérature orale en perdition.

Actuellement, il met en place le premier Festival International du Conte et de l’Oralité dans son pays natal, prévu pour 2007. Il collabore également pour différents journaux, tels Respect et Kashkazi.

L’écriture est le mode d’expression qu’il a choisi pour faire entendre la voix d’un archipel trop méconnu et pour revendiquer ses origines, avec, comme devise, « Sache d’où tu viens, tu sauras toujours où tu vas ».

– Laurence Mennecart

Salim Hatubou meurt soudainement à Marseille le 31 mars 2015 à l’âge de 43 ans. Voir les hommages au conteur et écrivain signalés dans les liens ci-dessous.


Oeuvres principales:

Romans:

  • Le sang de l’obéissance. Paris: L’Harmattan, 1996.
  • L’odeur du béton. Paris: L’Harmattan, 1998.
  • Un conteur dans ma cité. Marseille: Encres du Sud, 2000.
  • Marâtre. Moroni: KomEdit, 2003.
  • Hamouro. Paris: L’Harmattan, 2005.
  • Les démons de l’aube. Paris: L’Harmattan, 2006.

Romans pour la jeunesse:

  • Les matins de P’tite Lô aux Comores. Paris: L’Harmattan, 2005.
  • Hassanati, de Mayotte à Marseille. Paris: L’Harmattan, 2005.
  • Naïa et le tam-tam sacré. Moroni: KomEdit, 2005.

Albums pour enfants:

  • Wis, où est passé mon anh-anhan. Illustrations d’Aboubacar Mouridi. Marseille: Encres du Sud, 2001.
  • Pichou et Michou, promenons-nous dans les bois / A Walk in the Woods. Illustrations d’Aboubacar Mouridi; traduction de Laurence Mennecart. Marseille: Encres du Sud, 2001.

Contes:

  • Contes de ma grand-mère. Paris: L’Harmattan, 1994.
  • Sur le chemin de Milépvani, je m’en allais…. Paris: L’Harmattan, 2001.
  • Chifchif et la reine des diables / Shifshif ne m’fawume wahe madim’ku (conte bilingue français-comorien). Illustrations de Fata Hadji, couleurs d’Aboubacar MouridiParis: L’Harmattan, 2004.
  • Aux origines du monde: Contes et légendes des Comores, genèse d’un pays bantu.Contes réunis par Salim Hatubou, illustrations d’Aboubacar Mouridi. Paris: Flies France, 2004. En version audio (2 CD): Marseille: Encres du Sud, 2004.
  • Sagesses et malices de Madi, l’idiot voyageur. Illustrations de Mokeït Van Linden. Paris: Albin Michel, 2004.
  • Trois contes vagabonds.Illustrations de Dominique Maes.
  • Paris: Flies France, 2005.
  • Zolo N’djizi. Paris: Flies France, à paraître.

Poésie:

  • Métro Bougainville… des Comoriens. Texte de Salim Hatubou; photographies de Jean-Pierre Vallorani. Marseille: Via Valleriano, 2000.
  • Nuits d’automne. Marseille: Encres du Sud, 2001.
  • De cette terre… Quête d’une identité comorienne. Texte de Salim Hatubou; photographies de Saïd Abasse Ahmed. Marseille: Encres du Sud, 2004.
  • Comores Zanzibar. Préfaces de Ken Loach et d’Alain Mabanckou; photographies de Jean-Pierre Vallorani. Paris: Françoise Truffaut, 2007.

Essai romancé:

  • À feu doux. Paris: Françoise Truffaut, 2004.

Texte paru dans un ouvrage collectif:

  • « L’avion de maman a crashé ». Riveneuve Continents 10 (hiver 2009-2010): 162-170.

Prix et distinctions littéraires:

  • 1996 et 2000     Bourse d’écriture du Centre National du Livre (France).
  • 1998 et 2005     Mission Stendhal du Ministère des Affaires Étrangères Français.
  • 2007     Prix Gros Sel Diamant (Bruxelles), pour Comores Zanzibar.

sur Salim Hatubou:

  • Cassam, Shânaz. « Hamouro de Salim Hatubou ou « les Comores sous le soleil des indépendances » ». Travaux et Documents (Saint-Denis) 34 (novembre 2008).
  • Saïndoune Ben Ali. « Salim Hatubou : mémoire en allée, mémoire piégée. « L’oralité est un musée vivant » ». Ya Mkobe (revue comorienne) 11 (janvier 2005).
  • Soeuf Elbadawi. « Salim Hatubou ou le temps des mots », compte-rendu de Hamouro. Kashkazi 49 (20 juillet 2006): 10-11.

Liens:

sur Île en île:

ailleurs sur le web:

hommages, Salim Hatubou (1972-2015):


Retour:

Dossier Salim Hatubou préparé par Laurence Mennecart et Soeuf Elbadawi

http://ile-en-ile.org/hatubou/

mis en ligne : 19 août 2006 ; mis à jour : 25 novembre 2015