Willems Édouard, Plaies intérimaires

(extraits)

Infini ruisseau dans mes sueurs
Ne me demande pas ce que fait cette rue dans ma chambre
J’écris tes yeux

* * *

Braver un soleil tortionnaire
dévaler des précipices féroces
dormir sous des ponts impassibles
congédier ma raison élastique
enfin
cet épanchement de nudité qui bruit dans les criques

Ah j’ai vu ses yeux où viennent s’y reconsteller toutes les étoiles
son parfum rafraîchit les saisons indigentes de ma terre esseulée
et son prénom tel un refrain aux pieds poudrés séduit ma ville indolente

En ce temps où l’homme abroge l’humain
je répandrai son visage sur chaque rumeur
qui déambule dans ma cité
j’écrirai son nom sur chaque grain de poussière
sous chaque fenêtre sur chaque sentier
sous tous les bois sur chaque rivage
j’invoquerai son nom parmi mon peuple où chôme la folie

Ô beauté qui démesure les passions faméliques
j’ai galéré dans toutes les langues
pour sculpter un ochant à la gloire de toi
rien
la langue pour te louer reste à inventer

* * *

Vivre de folie fanée
Aux inclinations douces
Un lent silence à l’assaut des vaccines dans les sapins
Simidor ô
Quel est ce rythme
tel blues obscur qui ne brode plus de doigts sur la face du tambour
pleure pas Simidor
te conterai un jour ma légende de lambi désuet
pleure pas Simidor
t’écrirai un cœur de mélodies d’eaux droguées
comme au lever du souffle un kata ébloui

Ô Simidor
Il bruit
la lumière irradie l’anémie des fruits
le pays ne se souvient pas qu’il fut
la cité vestige patiemment

au délitement du fer
d’étincelants silences inhumés dans ce cri que nous fûmes
Simidor ô
ne dis pas non mon visage de face éteinte
la mélopée sur mes lèvres peuplée a l’âge de tes plaies

* * *

Il est une terre aux beautés éteintes

Une éternelle homélie de pluie pour l’anuitement des astres

Tous les soleils pendus aux lampadaires

Tu te rappelles
ce visage vétuste un septembre furibond
Tu te rappelles
Tes pas en rafales sur le macadam
Je te regardais t’en aller
Ton cœur                                       ma jeunesse
Tes bras                                          mon courage
Ta voix                                            mon cri
Et tout un bondissement de furie en liesse

Je revois encore la cavalière des cannes à sucre paradant sur ton passage

Dans ce pays proféré
Un décembre quotidien commémore le carnage d’un cœur conteur

* * *

Le cœur à fracas t’aimai-je
Mais tu t’en allais
Si dépaysée dans tes rêves
Mon cœur dans le sillon de tes pas
Tu t’en allais
Les étoiles une à une ensevelie sous mes draps solitaires
Tu t’en allais
Mes bas orphelins de nos 12 jeunesses s’abreuvent encore de fresques d’absence

Tu t’en allais
Tu t’en allais
Mon humeur calcinée dans mon cœur qui dérive
Et la vie en averse de folie
Tu t’en allais
Mais quel papillon noir estampille la vie d’un édit de présages

* * *

Des pas en sérénade sur le sable déclament
la véhémence d’un parfum dans le commerce du sel au bord de ma peau
et le prénom de vous auréole ma voix du plus beau refrain

Fou d’être fou
Me voici dans cette clarière
où nous étions à contempler l’archipel des voiles dans la baie
soudain
l’or du soleil en pâture sur la mer

Et
je rumine l’image de mes joies en ruine dans tes bras

* * *

Lente fragrance en sieste dans la somptuosité du corps
Elle est passée
Pois gratté masturbant mon émoi
Sa voix tanguait à l’éveil des fenêtres chanterelles
Et le soleil tapissait le sentier de ses baisers blessant
Elle est passée
La pluie ivre d’un enjoué fou pavoisait
Mon sang carillonnait
Et tous mes pores embaumés de songes féconds
Elle est passée
Sa beauté a bipé mon cœur

* * *

Une cascade tamtame des hommages
Boucan célèbre un corps diamanté d’infinies gouttelettes joaillières

Tout le printemps du monde contredanse
sous la joliesse des feuillages
et les parois des falaises fastes d’aise
les berges en enfance dérivent sur
ces eaux abordant tes merveilles d’un autre monde
voici qu’un kata de clapotis psalmodie
mes joies moites
mon sang froissé
mes gestes pubères
et mon silence vociférant

En cet après-midi de soleil nègre
mon cœur arrête de zapper
il y a échouage
deux cœurs s’archipellent dans un paradis d’occasion


Ces sélections de poésie de Willems Édouard ont été publiées pour la première fois dans son recueil Plaies intérimaires aux éditions Mémoire d’encrier (Montréal, 2004), pages (en ordre de lecture) 62, 69, 52, 51, 21, 20, 14 et 13.

© 2004 Willems Édouard © 2016 Willems Édouard et Île en île pour l’enregistrement audio.
Enregistré à Port-au-Prince le 27 juin 2006. Mise en ligne sur YouTube le 8 juillet 2016.


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mis en ligne : 8 juillet 2016 ; mis à jour : 8 juillet 2016