Serge Patient, Le Nègre du gouverneur

(extraits)

Le devoir [de D’Chimbo]! Lady Stanley ne se souvenait pas de lui avoir enseigné le sens du devoir. Aurait-il appris, par hasard, un à un, les mots du dictionnaire? Elle l’aurait volontiers battu! « Voilà ma récompense, se disait-elle. Car enfin, ne lui ai-je pas tout appris? Tout donné? Ah! Comme il s’est empressé de donner son accord. Un monstre, il n’est rien qu’un monstre d’ingratitude. » (Le Nègre du gouverneur 63)

 

Quand [D’Chimbo] sortit du palais du gouverneur, quatre heures sonnaient à l’horloge du fronton. Virginie devait se trouver, comme à l’accoutumée, sur la plage. Il se décida à l’aller rejoindre pour lui faire ses adieux. […]  Il avait sur elle la supériorité de connaître avec certitude ce dont elle était loin de se douter : il serait capitaine et elle serait sa femme. Elle était fiancée sans le savoir encore?

Elle était sur les remparts, face à la mer, le regard perdu dans une rêverie.

– Ainsi le beau ténébreux a daigné sortir de son ermitage? dit-elle, sur le ton du badinage, mais elle comprit aussitôt que D’Chimbo se méprenait sur le mot « ténébreux ». Elle n’y avait pourtant mis aucune malice. Etait-il donc si difficile d’oublier la couleur de sa peau? (Le Négre du gouverneur 114)


Tu peux tout juste faire
le malin le negro-spiritual
mais ne va pas franchir la ligne
tu es nègre en ton âme et conscience
nègre de la tête aux pieds
nègre à perpétuité
nègre et black ou bien negro
nègre de naissance
et du latin niger
et niger est le nom du grand fleuve noir
où l’ancêtre mira sa nudité naïve…

(Le Mal du pays, 185)


Les extraits de l’oeuvre de Serge Patient sont cités du volume: Le Nègre du gouverneur, chronique coloniale, suivi de Guyane pour tout dire et Le Mal du pays, poésie, Cayenne: Ibis Rouge, 2001.

© 2001 Serge Patient et Ibis Rouge


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mis en ligne : 3 septembre 2003 ; mis à jour : 15 novembre 2015