Virginie Sampeur

Virginie Sampeur

Il y a de nombreux exemples où la photo de Cléante Valcin représente par erreur Virginie Sampeur dont aucun portrait vérifiable n’est connu. Cette photo-composition de Virginie Sampeur © 2021 Jn. Ulrick Désert

Fille de Géroline Jérôme et Surpris Sampeur, Marie Angélique Virginie Sampeur naît à Port-au-Prince le 28 mars 1839. Elle fait ses études sous la direction de Monsieur Trichet, un instituteur français vivant en Haïti. Polyglotte et cultivée, cette institutrice de formation écrit dès 17 ans ses premiers vers. À 23 ans, soit en 1862, elle épouse le célèbre poète Oswald Durand avec qui, selon Alice Garoute, « elle croyait réaliser l’amour dans la poésie et la poésie dans l’amour ». Cependant, les infidelités nombreuses de Durand auront raison d’un tel idéal romantique. Elle divorce de lui après neuf ans de mariage et épouse en secondes noces Louis Tacite Lamothe. De cette union naît à Port-au-Prince, en 1882, Ludovic Lamothe, compositeur et pianiste haïtien formé par le Conservatoire de Paris, surnommé le Chopin noir par les gens de son époque. Son grand-père Joseph Lamothe était musicien ; c’est en fait sa mère qui lui donne ses premières leçons de piano.

Institutrice, Virginie Sampeur Lamothe dirige à Port-au-Prince le Pensionnat National des Demoiselles pendant huit ans, de 1901 à 1909, tout en publiant ses poèmes dans diverses revues de l’époque et dans les Morceaux Choisis de M. Barutel, un « littérateur français » (Émile Marcelin), un ouvrage consacré exclusivement aux femmes. Pourtant, peu de temps auparavant, entre ses deux mariages, elle aurait brûlé nombre de ses manuscrits avant de s’établir en France en 1876. Il nous reste ainsi très peu de traces de son oeuvre et peu de témoignages. Georges Sylvain, un plus jeune contemporain, la compare à la poète grecque Sappho et à la reine poète Anacaona.

Son poème le plus connu, « L’abandonnée », lu traditionnellement comme l’expression véhémente de l’amour bafoué, subvertit quelque peu l’esthétique romantique, pour faire de l’invective l’occasion d’une véritable affirmation de soi. Elle est également l’auteure d’Angèle Dufour, un roman « semi-autobiographique » inédit (Louis Morpeau) et des « fantaisies » publiées çà et là, dont « Le songe d’Estelle », « Francine » et « Vierge veuve » (Léila Lhérisson) et « Fleur révélatrice » (Émile Marcelin).

Ayant marqué les débuts de la littérature haïtienne, Virginie Sampeur peut être considérée comme la première poète et la première femme de lettres haïtienne. Il est remarquable que la voix des femmes s’inscrive dans la poésie haïtienne à travers un texte réclamant avec puissance et talent une forme d’émancipation et de dignité.

Virginie Sampeur meurt à Port-au-Prince le 8 juin 1919.

– Stéphane Martelly et Dieulermesson Petit Frère


Oeuvres principales:

Roman:

  • Angèle Dufour (œuvre inédite).

Poésie:

  • Poèmes de Virginie Sampeur, publiés dans diverses revues : « L’abandonnée », « Au Temps », « Femme jalouse » et « Puisque le ciel t’envoie ».
  • Le poème « L’abandonnée » est reproduit dans de nombreuses anthologies.

Nouvelles:

  • Parmi les nouvelles, ou « fantaisies en prose » de Virginie Sampeur : « Le songe d’Estelle », « Francine », « Vierge veuve » et « Fleur révélatrice ».

Sur l’oeuvre de Virginie Sampeur:

  • Charles, Christophe P. Poésie féminine haïtienne, de Virginie Sampeur à nos jours. Port-au-Prince: Choucoune, 1980.
  • Charles, Christophe Philippe. La vie désenchantée de Virginie Sampeur. Une biographie littéraire. Port-au-Prince: Presses Nationales d’Haïti, 2012.
  • Garoute, Alice. « Virginie Sampeur ». Femmes haïtiennes. [1953] Port-au-Prince: Fardin, 2004: 106-110.
  • Kauss, Saint-John. « La poésie féminine haïtienne ». Potomitan (mai 2016).
  • Largey, Michael. « Lamothe, Lucien ». International Dictionary of Black Composers, ed. Samuel A. Floyd, Jr. Chicago: Fitzroy Dearborn, 1999, volume 2: 710-713.
  • Lhérisson, Lélia Justin. Manuel de littérature haïtienne. Port-au-Prince: 1955: 144-145.
  • Marcelin, Émile. Médaillons littéraires. Poètes et prosateurs haïtiens. Port-au-Prince: Imprimerie de l’Abeille, 1906: 28-35.
  • Martelly, Stéphane. « Virginie Sampeur ». Dictionnaire des femmes créatrices, sous la direction de Béatrice Didier, Mireille Calle-Gruber et Antoinette Fouque (section Caraïbe, dirigée par Aline Bergé). Paris: Éditions des femmes, 2013.
  • Métellus, Jean. « La poésie féminine haïtienne ». Haïti, une nation pathétique. [1987] Paris: Maisonneuve et Larose, 2003: 212-227.
  • Morpeau, Louis. « Virginie Sampeur », présentation, avec les poèmes « Puisque le ciel t’envoie », « L’abandonnée » et « Au Temps ». Anthologie d’un siècle de poésie haïtienne, 1817-1925. Paris: Bossard, 1925: 88-91.

Liens:

sur Île en île:

  • Danza nº 3 de Ludovic Lamothe, analyse et commentaires par Claude Carré du morceau de Lamothe, le fils de Virginie Sampeur. Boutures 1.3 (septembre 2000): 48-53.

ailleurs sur le web:

  • icon_audio  Ferolous, Guy. « Virginie Sampeur, la première poétesse haïtienne », émission « Fabrique littéraire » consacrée à Virginie Sampeur (audio, 15:28 minutes) et le poème « L’Abandonnée » lu par Tara (2:18 minutes), avec des photos non pas de Virginie Sampeur, mais de Cléante Valcin (8 décembre 2019).
  • Trois poèmes de Virginie Sampeur. Poétesses d’expression française (du Moyen-Age au XXème siècle).

Retour:

Dossier Virginie Sampeur préparé par Dieulermesson Petit Frère

http://ile-en-ile.org/sampeur/

mis en ligne : 12 janvier 2021 ; mis à jour : 12 janvier 2021