Michèle Rakotoson

Michèle Rakotoson, photo © Thomas C. Spear Paris, 22 janvier 2006

photo © Thomas C. Spear
Paris, 22 janvier 2006

Journaliste et écrivain (romancière et dramaturge), Michèle Rakotoson naît le 14 juin 1948 à Antananarivo (Madagascar). Issue d’une famille d’intellectuels protestants, elle effectue ses études primaires et secondaires à Antananarivo, terminant son baccalauréat au lycée Jules Ferry, avant de faire sa licence de lettres malgaches à Madagascar, puis un DEA en sociologie à Paris.

Après avoir été professeur de lettres à Madagascar et metteur en scène, elle quitte Madagascar en 1983 pour des raisons politiques. À Paris, elle travaille comme journaliste à la radio (Radio France Internationale et France Culture) et à la télévision (RFO-AITV). En 1990, elle devient responsable des manifestations littéraires à RFI, s’occupant notamment du concours des inédits de RFI-ACCT, du Prix RFI-Témoin du Monde et d’autres activités littéraires et culturelles. En 2008, elle quitte RFI pour s’occuper à plein-temps du projet Opération Bokiko, un projet de relance de l’édition et du livre à Madagascar.

Elle est auteure de plusieurs pièces de théâtre qui sont jouées sur scène en Afrique, en Europe et en Amérique. Sambany, par exemple, raconte l’itinéraire d’une femme stérile et de sa révolte ; pièce écrite en versions différentes (en français et en malgache), Sambany est devenu un classique du théâtre malgache et du théâtre de femmes. La cinquième pièce de l’auteure, Le fripon de l’Océan indien, évoque les thèmes du sida, de l’amitié et de l’approche de la mort.

Dans une oeuvre centrée essentiellement sur la recherche de la culture et de l’identité malgaches, Michèle Rakotoson revisite les traditions et les coutumes. Dans un premier roman d’une écriture limpide et hypnotique, Le Bain des reliques, elle reprend la tradition des Famadihanades et du fitampoha, les secondes funérailles où les Malgaches font le retournement des os des défunts. Dans Hennoÿ, c’est la place des morts dans les souvenirs et la place de l’esclavage qui sont au centre de l’oeuvre. Son quatrième roman, Lalana (ce qui veut dire à la fois « la rue » et « la loi »), est le plus dense et le plus mythique. D’une écriture majestrale, la romancière trace le parcours vers la mer de ses deux protagonistes, de jeunes artistes d’Antananarivo dont l’un, malade du sida, n’a jamais vu la mer. Tout au long de leur voyage, l’auteure évoque la capitale et le paysage du pays, accompagnant ses héros de fantômes ancestraux, non sans une certaine révolte dans l’évocation des injustices racistes et sociales du pays, et la dégradation de son environnement naturel.

Avec la publication de Juillet au pays; chroniques d’un retour à Madagascar en 2007, Michèle Rakotoson passe au récit autobiographique dans un retour aux sources et sur la place que peut occuper ou réoccuper les gens qui ont quitté leur pays et qui vont peut-être y retourner. « En vacances chez elle », l’auteure retrouve les lieux de son enfance, posant la grande question de la place et de la légitimité du regard de la diaspora.

La part prépondérante et essentielle de la littérature sur toute sa vie s’explique, dit-elle, par le rôle de la littérature dans sa famille : son père était journaliste et sa mère bibliothécaire. Enfant, elle passe beaucoup de temps chez ses grands-parents paternels : son grand-père était médecin et sa grand-mère écrivait des pièces de théâtre. Son oeuvre parle presque exclusivement de Madagascar, traquant en partie cette part de son enfance, comme une quête d’une mémoire perdue ou déniée.

Activiste, elle s’engage activement dans les combats politiques à Madagascar, notamment pendant les événements de 2002, par exemple, où elle organise la campagne de presse internationale pour protéger les Malgaches en grève contre le régime de Didier Ratsiraka. Elle est marraine d’associations malgaches telles NGM (Nouvelle génération malgache), Hetsika Diaspora et Respir. En 2002, elle a dirigé l’équipe de communication du CIDDM (comité démocratie à Madagascar). Michèle Rakotoson est également sur le conseil de nombreuses manifestations malgaches en France.

Militante infatigable, Michèle Rakotoson initie en 2004 le projet Bokiko, une fédération d’associations de la diaspora et de Madagascar qui reprennent en main un certain nombre de projets d’édition solidaire (ayant déjà publié plusieurs ouvrages en malgache, en français et bilingues), aident à organiser des stages pour les éditeurs et créent des journées littéraires. Depuis 2007, elle est présidente de l’Opération Bokiko. Depuis son retour à Madagascar en juillet 2008, elle travaille beaucoup à la découverte et l’accompagnement de jeunes écrivains, avec des ateliers d’écriture, des rencontres littéraires et le lancement d’un concours national de nouvelles.


Oeuvres principales:

Romans:

  • Le Bain des reliques (roman malgache). Paris: Karthala, 1988.
  • Elle, au printemps. Saint-Maur: Sépia, 1996.
  • Henoÿ – Fragments en écorce. Avin/Hannut (Belgique): Éditions Luce Wilquin, 1998.
  • Lalana. Paris: Arléa, 2002.

Récits:

  • Juillet au pays; chroniques d’un retour à Madagascar. Bordeaux: Elytis, 2007.
  • Antananarivo; Tana la belle. Bordeaux: Elytis, 2011.
  • Madame à la campagne. Le Tampon (Réunion): Dodo vole, 2015.

Nouvelles:

  • Dadabé. (collection de trois nouvelles)  Paris: Karthala, 1984.
  • « Dolorosa ». Revue Noire 19 (décembre 1995).
  • « Elle lui a dit un jour… ».  Amina 325 (mai 1997): 93ff.
  • « Bozy, andevo-vavy ». Les Chaînes de l’esclavage. Paris: Florent-Massot, 1998: 319-323.

Littérature pour la jeunesse:

  • Tovonay, l’enfant du Sud. Saint-Maur-des-Fossés: Sépia, 2010, 2013.

Théâtre:

  • Sambany; arahin’ Ny tantaran’i Kotokely; sy Raha very aho ry Lery. (trois pièces en malgache) Antananarivo: Société malgache d’édition, 1980.
    • Sambany, joué à Antananarivo par la troupe Tsiory (1982) et l’ATMF (1990) en français et en malgache; à Bangui (Centrafrique) par la Troupe nationale (1992); et en Turquie (2002).
    • Raha ho very aho ry lery, joué par la troupe Tsiory (1981).
    • L’histoire de Koto, adaptation en magache jouée à Madagascar par la troupe Tsiory (1983).
  • Honahona, adaptation malgache par Michèle Rakotoson de la pièce de Wole Soyinka (The Swamp Dwellers), 1982.
  • Elle dansa sur la crête des vagues, mise en lecture à l’Imprévu Café, Paris (1991), inédit.
  • La maison morteUn jour ma mémoire. Paris: L’Harmattan (Théâtre Sud 3) 1991.
    • Un jour ma mémoire, joué au Centre Dramatique de Rennes par la troupe de Pierre Debauche (1989); et par la troupe Terra Incognita (à Épernay) dans une mise en scène de Stéphane Fievet, au Centre Dramatique Régional le Salmanazar (1994).
    • La maison morte, joué au Bénin (1991) et au Gabon (1992).
  • Le fripon de l’Océan indien, joué par le Théâtre du Versant dans une mise en scène de Gaël Rabas et Adama Traoré (2005).

Mises en scène:

  • Honahona. Adaptation en malgache des Gens des marais de Wole Soyinka, 1982.

Essais et articles parus dans des ouvrages collectifs:

  • « Dix ans de chanson à Madagascar ». Chansons d’Afrique et des Antilles, sous la direction de Jacqueline Arnaud. Paris: L’Harmattan, 1988.
  • « Instaurer une véritable politique culturelle ». Madagascar: refondation et développement : quels enjeux pour les années 2000, sous la direction de Patrick Rajoelina. Paris: L’Harmattan, 1998.
  • « Un combat du quotidien ». Africultures 59 (2e trimestre 2004): 71-75.
  • « Lettre à Saroy ». Riveneuve Continents 1 (novembre 2004): 199-206.

Enregistrement sonore:

  • Littératures caribéennes et océano-indiennes à travers le roman réaliste, terres d’Afrique et terre des îles. Enregistrements sonores des tables rondes du Salon de la Plume Noire (13 octobre 1996, Paris). Mohamed Toihiri, Michèle Rakotoson et Marie-Thérèse Humbert. Christophe Wondji et Odile Cazenave, interviewers. Paris : Bibliothèque nationale de France, 1999. 5 disques compacts, Enregistrement 19961013.

Prix et distinctions littéraires:

  • 1988     Bourse du Centre National des Lettres (France).
  • 1989     Bourse de l’Institut International du Théâtre (France).
  • 1990     Résidence d’écriture, l’Université de Providence (Rhode Island, USA).
  • 2002     Bourse Stendhal, tournées aux États-Unis, en Allemagne et en France.
  • 2012     Grande médaille de la Francophonie, par l’Académie française, pour l’ensemble de son oeuvre.

sur l’œuvre de Michèle Rakotoson:

  • Bourgeacq, Jacques. « Le Bain des reliques de Michèle Rakotoson, ou les morts-vivants à Madagascar ». Ethnography in French literature, Buford Norman, ed. Amsterdam /Atlanta: Rodopi, 1996.
  • Célérier, Patricia-Pia. « Effets de retour: entretien avec Michèle Rakotoson ». Cultures Sud 172 (janvier-mars 2009): 57-62
  • Chazan-Gillig, Suzanne. « Regards sur l’autre: de l’anthopologue au romancier; À propos du Bain des reliques à Madagascar ». L’Océan indien dans les littératures francophones. Sous la direction de Kumari R. Issur et Vinesh Y. Hookoomsing. Paris: Karthala, 2004: 213-21.
  • Fonkoua, Romuald. « Michèle Rakotoson: Histoire, mémoire et écriture ». Interculturel Francophonies 1 (juin-juillet 2001): 133-143.
  • Gray, Stephen. « Michèle Rakotoson Speaks With Stephen Gray ». Research in African Literatures 32.4 (2001): 155-159.
  • Hugon, Monique. « Entre deux langues; Entretien avec Michèle Rakotoson ». Notre Librairie 110 (juillet-septembre 1992): 76-78.
  • Lettres noires; Afrique, Caraïbes, océan Indien, présentées par Jean-Paul Parmelli. Évry: Assoc. pour le dévt. de la lecture publique en Essonne, 1990: 119-120.
  • Makward, Christiane P. « Entretien avec Michèle Rakotoson ». Women in French Studies 7 (1999): 174-192.
  • Makward, Christiane P. « Michèle Rakotoson: Pour un théâtre « poélitique » ». Théâtre/Public 158; Afrique noire: écritures contemporaines (mars-avril 2001): 47-50.
  • Marson, Magali Nirina.« Michèle Rakotoson et Jean-Luc Raharimanana : Dire l’île natale par le ressassement ». Revue de Littérature Comparée 318 (2.2006): 153-171.
  • Perraudin, Pascale. « Entretien avec Michèle Rakotoson ». The French Review 78.4 (March 2005): 754-764.
  • Rabenarivo, Fara Lee. The City in Island Literature (Madagascar and Martinique): Toward a Poetics of Urban Space. Thèse de doctorat, University of Iowa, 2008.
  • Ranaivoson, Dominique. « La chanson traditionnelle comme gage de stabilité dans les romans malgaches de Michèle Rakotoson ». Colloque « Chansons en mémoire – Mémoires en chansons », Paris IV-Sorbonne et le CNRS, Poiré sur Vie, Vendée, 19-22 novembre 2003 (à paraître).
  • Ranaivoson, Dominique. « Madagascar : le peuple qui ne pleure pas mais qui chante. La chanson dans l’œuvre de Michèle Rakotoson ». Notre Librairie 154 (juin 2004): 42-47.
  • Ratovonony-Ratsirahonana, Michèle R. « Les figures du rêve dans Le Bain des reliques de Michèle Rakotoson ». L’Océan indien dans les littératures francophones. Sous la direction de Kumari R. Issur et Vinesh Y. Hookoomsing. Paris: Karthala, 2004: 223-235.
  • Terovonen, Taina. « Aimer, c’est accepter l’autre tel qu’il est », entretien avec Michèle Rakotoson. Africultures 63 (avril-juin 2005): 19-23.

Traductions:

In English:

  • « The Ballad of a Shipwreck ». (« La complainte d’un naufrage », extrait de Dadabé). Sara Steinert Borella, trad. From Africa; New Francophone Stories. Adèle King, ed. Lincoln: U. of Nebraska Press, 2004: 85-92.

Auf Deutsch:

  • Dadabé. Nys Barbara Egger und Heinz Hug, trads. Göttingen: Lamuv-Verlag, 1998.
  • Die verbotene Frau. (Le bain des reliques). Nys Barbara Eggert, trad. Göttingen: Lamuv-Verlag, 2000.

Liens:

sur Île en île et à CUNY:

ailleurs sur le web:


Retour:

Dossier Michèle Rakotoson préparé par Thomas C. Spear

http://ile-en-ile.org/rakotoson/

mis en ligne : 12 novembre 2000 ; mis à jour : 31 janvier 2016