J.-P. Richard Narcisse

J.-P. Richard Narcisse, photo © Iriane Narcisse Exeter (New Hampshire), 2008

photo © Iriane Narcisse
Exeter (New Hampshire), 2008

Né à Port-au-Prince le 19 juin 1961 de familles paternelle et maternelle d’origine saint-marcoise et capoise, mais établies de longue date à la capitale, Jean-Pierre Richard Narcisse ne garde en mémoire que de rares séjours familiaux dans ses villes ancestrales (Saint-Marc et Le Cap). Il ne part de lui-même, et à la découverte d’Haïti, qu’à la fin de l’adolescence et ses périples le retrouvent entre autres à visiter les hauts-lieux du vaudou et à se familiariser particulièrement aux lakou de l’Artibonite (Souvenans, Soukri et Badjo), où il devient, en tant qu’initié, membre à part entière de Lakou Soukri. Fervent du théâtre grec et de leur inspiration paganiste, il recherche dans le vodou, et dans la foulée de Franck Fouché, une manière et un cadre propres à fournir un mode d’expression théâtrale haïtienne. Ces expériences se traduisent par la présence de chœurs, de danses et chants populaires dans ses pièces aussi bien que par l’usage d’une métrique et d’une rhétorique fortement influencées par les chants rituels et folkloriques.

La littérature  est « un combat. Un combat contre moi-même, avec moi-même. Un combat contre le social, contre les contingences… oui, une lutte sans merci. Mais contre moi surtout ». Ainsi opine J-P Richard Narcisse sur ce qui ne se révèle pourtant pas moins le centre primordial de ses intérêts, le pivot essentiel autour duquel il organise une vie réglée, presque monacale. Ce combat s’exprime dans la dualité qui caractérise sa production littéraire.

Une dualité linguistique, d’abord. Très jeune, J-P Richard Narcisse fait dans la poésie créole, et sous Duvalier II, des débuts tumultueux et marqués, tantôt romantiques, tantôt engagés (Dèy ak Lespwa, 1978 ; De pale, 1979, en collaboration avec Lyonel Trouillot). Sa production littéraire compte aussi plus tard des textes conçus pour le théâtre. ADAS d’abord où on le retrouve, aux côtés de Syto Cavé, dramaturge et diseur pour La fillette couverte de paille, en 1984, et dramaturge encore avec Hervé Denis au Théâtre National, pour Lotbò Granrivyè, en 1989. Mais quand il s’écarte résolument de la scène culturelle haïtienne, dans les années 1990, ce qu’il y laisse comme trace indélébile et innovatrice, c’est l’aventure de Recho Etajè (1983), expérience inédite d’écriture automatique en créole, présenté par Georges Castera comme « le premier recueil de poésie en créole volontairement surréaliste » (Conjonction 193, Surréalisme et Révolte en Haiti, 213).

Narcisse nous donne ensuite à découvrir une dualité de caractère. Son roman non-fictionnel Dans l’ombre d’une exécution – (2010), roman de la lecture, par opposition à roman d’action – est une œuvre de réparation et de réhabilitation de la mémoire du poète Massillon Coicou ainsi que de ses neuf compagnons sommairement fusillés la nuit du 15 mars 1908. À travers la reprise d’une enquête vigoureuse d’époque menée par L’Impartial de Pierre Frédérique, de janvier à mars 1909, il constitue, en somme, une lecture éclairante et conjointe de journaux avec son alter ego, Georges.

Dans La Fresaie (paru en 2011 quoique terminé dix ans plus tôt), le personnage s’interroge et se retrouve accusateur et défenseur dans un drame personnel raconté à trois voix non pas s’alternant mais simultanées et s’entrecoupant.

Autant de paris incessants et surprenants de forme qui illustrent une incapacité à se conformer à la linéarité traditionnelle de la narration. Forcé donc se retrouve-t-il d’inventer une forme propre à chaque œuvre.

À l’inquiétude légitime chez plus d’uns de l’abandon pur et simple d’un vernaculaire d’inspiration si heureuse chez lui, Narcisse confie avec la plus grande sérénité que « le sujet impose sa langue. Ces œuvres m’ont été comme dictées et leurs exigences de même. Je reviendrai au créole, soyez-en sûr !… C’est une grande part de moi avant tout »

– Paul Fadoul

N.B. L’auteur publie d’abord sous le nom de Pierre-Richard Narcisse et par la suite, J-P Richard Narcisse.


Oeuvres principales:

Récits:

  • Dans l’ombre d’une exécution: toute l’enquête sur l’affaire Coicou. New York: Haitian Book Centre, 2010, 528 p.
  • La Fresaie. New York: Haitian Book Centre, 2011, 157 p.
  • Autour de la disparition de Jacques Stephen Alexis. Montréal: CIDIHCA, 2016, 172 p.

Poésie en créole:

  • Dèy ak lespwa. Port-au-Prince: Choucoune, 1979, 30 p.
  • De pale (avec Lyonel Trouillot). Port-au-Prince: Fardin, 1979, 56 p.; Port-au-Prince: Atelier Jeudi Soir, 2017.
  • Recho Etajè. Port-au-Prince: Impressions magiques, 1983, 44 p.
  • Depa Klèreniz. Port-au-Prince: C3 Éditions, 2017.

Théâtre:

  • La Fillette couverte de paille (en collaboration avec Syto Cavé et Lyonel Trouillot), 1984. Inédit.
  • Lotbò Granrivyè. Mise en scène : Hervé Denis. Présentée au Théâtre National, Port-au-Prince, Haïti, 1989. Inédit.
  • Vwazin, kouman ou ye ? (à paraître).

Liens:

sur Île en île:

  • La Fresaie, extrait du récit de J.-P. Richard Narcisse.

ailleurs sur le web:


Retour:

Dossier J.-P. Richard Narcisse préparé par Paul Fadoul

http://ile-en-ile.org/narcisse/

mis en ligne : 1 novembre 2011 ; mis à jour : 9 juin 2017