Monchoachi

Monchoachi, photo D.R. archives Monchoachi Paris, 1978

photo D.R. archives Monchoachi
Paris, 1978

Monchoachi naît en 1946 au Saint-Esprit, vit aujourd’hui à la montagne Vauclin (Martinique).

Des consonnes énigmatiques pour nommer ce poète, dont le livre de chevet pourrait bien être Éloge de l’ombre de Tanizaki… Donc pas question de chercher à lever le voile. Plusieurs voies peuvent néanmoins être empruntées pour qui en veut savoir plus que ce que donne l’œuvre, à profusion. Un rebelle qui résista à l’asservissement des Blancs serait l’éponyme de Monchoachi (?), une rue de la ville de Rivière Pilote, en Martinique, porte le nom de ce marron. Monchoachi peut aussi avoir quelque lien avec « semer » puisqu’en langue caraïbe, il signifie « maïs ». Enfin, Monchoachi pourrait aussi bien désigner « celui qui se réfugia dans la montagne » à la manière d’un célèbre mythe indien.

S’agissant de l’œuvre, exigence et résistance à toutes formes d’asservissement aboutissent à une langue poétique d’une rare éloquence qui exige du lecteur d’être en situation d’accueillir et de recueillir des paroles qui disent bien plus que les mots ne sont accoutumés à dire. Dans un monde vide de sens mais encombré d’objets et d’images veules, l’œuvre de Monchoachi, conformément à ce qu’on attend d’une vraie parole poétique, devient une source jaillissante où s’abreuver, et aussi une lumière obscurcissant le monde réel pour révéler l’ailleurs, présent ici même.

La poésie de Monchoachi, qu’elle soit en langue créole, ou en langue française, se nourrit fortement du rapport au monde qu’instaure la parole créole. Dans le monde moderne (une tyrannie qui porte le doux nom de Liberté) où le Pacte du progrès a été scellé par une succession d’asservissements : asservissement du corps à l’esprit, de la pensée à la raison, de l’art à la technique et cetera, Monchoachi trouve dans la langue créole notamment par la forte prééminence accordée au corps, une vitalité, une richesse qui instaurent la langue comme lieu de résistance.

Monchoachi est le fondateur du projet Lakouzémi (la revue et les journées-rencontres).

– Mireille Jean-Gilles


Oeuvres principales:

Poésie en langue créole:

  • Disidans. Paris: Djok, 1976.
  • Kompè Lawouzé. Paris: Grifantè, 1978.
  • Bèl Bèl Zobel. Paris: Grifantè, 1979.

Poésie bilingue (créole / français):

  • Mantèg. Paris: Gallimard (Cahier de poésie), 1980.
  • Nostrom. Paris: Éditions Caribéennes, 1982.

Poésie en langue française:

  • Nuit gagée, suivi de Quelle langue parle le poète? Paris: L’Harmattan, 1992.
  • La Case où se tient la lune.  Bordeaux: William Blake & Co. Edit, 2002.
  • L’Espère-geste. Sens (France): Obsidiane, 2002.
  • Paris – Caraïbe: le voyage des sens. Photographies de David Damoison. Poésies de Monchoachi. Paris: Séguier-Atlantica, 2002.
  • Lémistè. Bussy-le-Repos (France): Obsidiane, 2012.
  • Partition noire et bleue (Lémistè 2). Bussy-le-Repos: Obsidiane, 2016.

Poésie parue dans des ouvrages collectifs:

  • « La danse au lieu vide ». Nul n’est une île: Solidarité Haïti. Sous la direction de Stanley Péan et Rodney Saint-Éloi. Montréal: Mémoire d’encrier, 2004: 149-153; reproduit dans Hurricane, cris d’insulaires (collectif). Fort-de-France: Desnel, 2005: 129-132.
  • « Lors, ont hissé la mort ». Pour Haïti (collectif). Fort-de-France: Desnel, 2010: 325-328.

Traductions en créole:

  • Jé-a bout (Fin de partie, par Samuel Beckett); tounen kréyòl: Monchoachi. Paris: New Legend, 2002.
  • La ka èspéré Godot (En attendant Godot, par Samuel Beckett); tounen kréyòl: Monchoachi. Paris: New Legend, 2002.

Essais:

  • Éloge de la servilité. Vauclin: Lakouzémi, Vol. 1, juillet 2007.
  • Le monde tel qu’il est, entretien à propos de Quand les murs tombent, l’identité nationale hors-la-loi ? de E. Glissant et P. Chamoiseau. Vauclin: Lakouzémi (hors série), mai 2008.
  • Retour à la parole sauvage. Vauclin: Lakouzémi, Vol. 2, novembre 2008.

Prix et distinctions littéraires:

  • 2003     Prix Max Jacob, pour L’Espère-geste.
  • 2003     Prix Carbet de la Caraïbe, pour L’Espère-geste.

Traductions:

in English:

  • « Let Yourself Be Told » (« Se laisser dire », extrait d‘Éloge de la servilité). Trans. and Introduction, Kavita Ashana Singh. Small Axe 45 (November 2014): 107-114.

Sur Monchoachi:

  • Ashana Singh, Kavita. « Translative and Opaque: Multilingual Caribbean Writing in Derek Walcott and Monchoachi ». Small Axe 45 (November 2014): 90-106.
  • Bancquart, Marie-Claire. « Monchoachi : L’Espère-Geste (Obsidiane) ». Europe (2003).
  • Bergeret, Yves. Poésie 94.
  • Boddaert, François. « Approcher Monchoachi ». Le Monde (2 mars 1999).
  • Dobzynski, Charles. « L’Espère-Geste ; Monchoachi : La poésie française reconquise ». Aujourd’hui Poème 38.
  • Dubost, Jean-Pascal. « Monchoachi ; Le corps, le lieu, l’écart ». Gare Maritime 2003 Revue de poésie contemporaine (2003).
  • Kéchichian, Patrick. « L’Espère-Geste de Monchoachi ». Le Monde (24 janvier 2003).
  • Kéchichian, Patrick. « Sur la francophonie ». Interview de Monchoachi. Le Monde (14 mars 2003).
  • Léotin, Georges-Henri. Monchoachi. Préface de Raphaël Confiant. Schœlcher/Paris: GEREC/L’Harmattan, 1994.
  • Norvat, Manuel. « Écrits timides sur Monchoachi ». Antilla (1995).
  • Roy, Claude. Cahier de poésie (Gallimard, 1980).
  • Velter, André. « Poésie sur parole », émission d’André Velter consacrée à Monchoachi. Radio France-Culture (23 novembre 2002).

Liens:

sur Île en île:

ailleurs sur le web:


Retour:

http://ile-en-ile.org/monchoachi/

mis en ligne : 23 mars 2005 ; mis à jour : 21 mars 2016