Mimi Barthélémy, « La Reine des poissons »


Introduction par Christiane Makward

Ce conte est publié sous forme de livre avec des illustrations de Clémentine Barthélémy (Paris: Vif Argent, 1990) et sous forme d’audio-cassette (distribution Vif Argent, 1992) avec une illustration de Clémentine Barthélémy d’après un fer découpé de Lyautaud et avec la participation de Serge Tamas (guitare), Coralie Barthélémy (chant) et Carlos Schneider (saxophone).

«La Reine des poissons» est un conte traditionnel d’Haïti, adapté, conté et chanté par Mimi Barthélémy. On y trouve une version haïtienne de la geste de Ti-Jean, ici dédoublé en jumeaux Ti Yaya et Ti Yéyé, et d’autres motifs fondamentaux de la tradition caribéenne assortis de motifs du fond universel des contes (Andromède, Minotaure, Hydre de Lerne, etc.). Aux Antilles, la mort ou femme fatale s’appelle la Guiablesse: femme magique, magnifique, ensorceleuse et mortelle. Mais ici, fait plus rare, on trouve d’abord son double positif: la grande, belle et généreuse reine des poissons qui meurt d’amour pour que vive le pauvre pêcheur. C’est à la veille de s’engager à travailler dans les champs de canne que Dormilis a fait une pêche merveilleuse.

photo © Christiane Makward Mairie du XVIIIe arrrondissement, Paris, juillet 2001

photo © Christiane Makward
Mairie du XVIIIe arrrondissement, Paris, juillet 2001

L’extrait choisi est d’autant plus remarquable qu’on y trouve un motif assez rare: les diablotins sortant du ventre de la diablesse comme les petits cochons du ventre de Papa Cochon. Ce passage illustre des éléments caractéristiques du travail de Mimi: chant, emploi du créole haïtien (avec traduction incorporée), mélodies traditionnelles et danses modernes, et surtout l’impressionnant registre des intonations et bruitages vocaux d’une artiste à la diction magistralement raffinée. Enfin, dans cet extrait, le chant de séduction de la Diablesse est le même que celui de la reine des Poissons pour Dormilis (père de Ti Yaya)… Le chant, comme l’histoire, se répètent donc pour nous donner le plaisir d’écouter et de reconnaître…

Voici l’argument qui précède l’extrait choisi que Mme Barthélémy nous a gracieusement permis de mettre en ligne sur Île en île :

Un pêcheur malchanceux et malmarié est séduit par la «femme-thazar» ou reine des poissons qui l’aime: elle fait sa fortune par des pêches miraculeuses mais l’épouse malade exige pour être sauvée de manger un court-bouillon fait de «femme-thazar». Dormilis a donc trahi sa bienfaitrice et il la repêche expirante mais elle lui prédit la naissance de jumeaux dotés d’instruments magiques.

À peine nés les jumeaux partent à l’aventure et se séparent en jurant de voler au secours l’un de l’autre grâce au message de leur bouteille d’eau magique. Ti Yaya de son côté sauve du monstre à sept têtes (et mille ventres et cent gueules) qui garde le fleuve la belle Immacula, princesse qu’on allait sacrifier pour sauver à nouveau le pays de la soif. Dûment recompensé de son exploit, Ti Yaya épouse la princesse et lui chante sa fidélité mais non sans remarquer qu’il n’y a plus de jeunes gens dans le pays. On lui explique qu’ils ont tous été enchantés et perdus par une étoile bleue. Au lendemain de ses noces, le héros part donc dans la forêt, démuni à son insu de ses armes magiques…

dessin de couverture © 1990 Clémentine Barthélémy

dessin de couverture © 1990 Clémentine Barthélémy


Cet extrait audio est pris de l’enregistrement de La Reine des poissons, texte lu et chanté par l’auteur, accompagné d’un livre avec des dessins de Clémentine Barthélémy. Paris: Vif Argent, 1990. Dessin de couverture reproduit avec la permission de l’artiste ; extrait audio utilisé avec la permission de l’auteur.

© 1990 Mimi Barthélémy


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mis en ligne : 19 novembre 2002 ; mis à jour : 8 novembre 2015