Daniel Lauret

Daniel Lauret, photo © Alice Lauret Le Guillaume (île de la Réunion), 24 février 2004

photo © Alice Lauret
Le Guillaume (île de la Réunion), 24 février 2004

Daniel Lauret naît le 19 décembre 1949 à Pîton Saint-Leu (Réunion). Il grandit à la Chaloupe Saint-Leu. Après des études secondaires au Lycée Leconte de Lisle (dans les locaux de l’ancien lycée colonial), il est reçu au concours d’entrée à l’École Normale d’instituteurs de Saint-Denis. Il fait partie de la première promotion d’étudiants à pouvoir s’inscrire en Lettres à la Réunion, au Centre Universitaire nouvellement créé (1968). Après une formation de professeur de collège en Lettres-Anglais, c’est à l’Université des Lettres et Sciences Humaines d’Aix-en-Provence qu’il poursuit son cursus : licence, maîtrise, CAPES de Lettres Modernes et doctorat en Études Créoles. Daniel Lauret enseigne quatre années au collège (à Saint-Benoit et Sainte-Clotilde). Après une année de formation à Paris (Auteuil), il retrouve l’École Normale de Saint-Denis – bientôt transformée en IUFM (l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres) – pour y enseigner jusqu’en 2004 la didactique du français et du créole. « J’écris en français, dit-il, mais le fonn ‘kèr est créole ».

L’auteur présente son roman Monsieur Oscar comme une sorte d’autofiction, ou « un témoignage, un regard d’enfance sur l’avènement d’une société forcée de se dégager des pesanteurs esclavagistes pour intégrer un autre système de valeurs, des principes égalitaires livrés dans le même colis postal que la départementalisation et les salaires de la fonction publique ». Le personnage de l’institutrice s’appelle Francette, chez qui Lauret évoque l’un des paradoxes d’une « société ambiguë » : le racisme ordinaire de cette institutrice qui ne peut faire confiance aux Noirs malgré son attachement aux valeurs chrétiennes et républicaines. « Quoi de plus créole qu’un Monsieur Oscar ? Quoi de plus créole que cette tension qui perdure entre le Blanc et le Noir, l’attachement à la terre, à la tradition et l’aspiration assimilationniste dont le modèle est incarné par l’institutrice Francette (la petite France) ? Quoi de plus créole que le racisme ordinaire qui inspire la méfiance du Chinois et qui s’engraisse de la peur du Noir ? »

Publié en 2006, Bob, le deuxième roman de Daniel Lauret, se présente comme un « freedo roman », une « docu-fiction », « une fenêtre ouverte sur la Réunion ». L’auteur utilise la structure narrative de Radio Freedom pour mettre en scène « une radio-réalité où la réalité dépasse la radio, puisque les personnages finissent par ‘entrer dans le poste’ ».

Freedom est une radio interactive qui se nourrit du direct des appels des auditeurs. Première radio de la Réunion avec

« un auditeur de l’île sur trois », comme en témoigne Ariane Chemin, Freedom est également « une machine à rumeurs ».* La grille hebdomadaire de cette radio devient le métier sur lequel Daniel Lauret tisse son récit. Ni essai « sur », ni plaidoyer « pour » ou « contre » Freedom, Bob n’est pas non plus une compilation de « morceaux choisis » enregistrés à la radio. Bob est un roman, l’histoire de la protagoniste Marie et de son retour au pays natal. Une fille perdue, sur les traces du père… dû, lui-aussi. « Allo… Bobby ? ». Freedom le lui rendra-t-elle ?

* Voir son article, « De Radio-Freedom à ‘Radio-Moustiques’ » (Le Monde 23 février 2006). Radio Freedom est disponible en direct <www.freedom.fr>.


Oeuvres principales:

Romans:

  • Monsieur Oscar. Matoury (Guyane): Ibis Rouge, 2004.
  • Bob. Sainte-Marie: Azalées Éditions, 2006.
  • Raideur. Sainte-Clotilde: Orphie, 2011.
  • Couillonnades. Sainte-Clotilde: Orphie, 2015.

Nouvelles:

  • La Maison. Nouvelle accompagnée d’un coffret de 28 aquarelles de François Hennequet, « Les cases-espaces ». Saint-Denis: ADER, 1981.
  • Des nouvelles de La Chaloupe. Sainte-Clotilde: Orphie, 2014.

Essais (créole, langue et éducation):

  • « Créole: l’officiel et la pratique ». Sobatkoz (Revue du GREC: Groupe de Recherche en Études Créoles, Saint-Denis), n° spécial (1984), dessins de François Orre, 114 pages.
  • « Former des maîtres pour la Réunion ». Travaux de l’Institut de Linguistique et d’Anthropologie, Université de la Réunion 4 (avril-mai 1984): 1-20.
  • Particularités lexicales du français réunionnais (sous la direction de M. Carayol). Propositions pédagogiques, Paris: Nathan, 1985, 389 pages.
  • « L’élève créolophone: images et représentations ». Sobatkoz 4 (1986), Revue du GREC (Groupe de Recherche en Études Créoles, Saint-Denis): 51-55.
  • « Créole et école: réalités et perspectives ». Île et Fables; Paroles de l’autre, Paroles du Même: linguistique, littérature, psychanalyse (tome 2). Paris: L’Harmattan, 1990: 111-123.
  • Le créole de la réussite. (préface de Dany Bébel-Gisler). Saint-Denis: Éditions du Tramail (Recherches Universitaires Réunionnaises), 1991, 308 pages. (Ce travail reprend la thèse « Créole et école: problèmes et perspectives » soutenue en février 1985 à Aix-en-Provence.)
    Le travail questionne la part du linguistique dans l’échec scolaire à la Réunion dans le but de proposer des pistes de remédiation pédagogique. 1° partie.) Analyse du statut des langues à l’école. « La guerre des langues » est resituée dans un contexte réunionnais plus global, un contexte « ambigu » et « paradoxal » ; 2°) Recensement des représentations les plus répandues à l’égard du créole. Une synthèse des travaux sur l’importance de la langue maternelle et les bénéfices d’une éducation bilingue vient montrer la fragilité des arguments contre une prise en compte de la langue de l’élève dans l’enseignement. 3°) Une analyse de pratiques pédagogiques observées montre les limites de l’enseignement du français tel qu’il est enseigné. Sur la base d’un « double droit » à la langue et à la culture (perspective interculturelle), la dernière partie esquisse le cadre d’une éducation bilingue simultanée (vs consécutive) où la reconnaissance et la valorisation du créole – en complémentarité (pédagogie comparative) avec une pédagogie (rénovée) du français, prenant notamment appui sur les principes et démarches de l’enseignement du français langue seconde – permettrait à l’enfant d’accéder à un « bilinguisme additif ».
  • « Le français tel qu’on l’enseigne ». Expressions (Revue de l’IUFM de la Réunion) 1 (1992): 153-160.
  • « Quelle France enseigner à l’école? » (étude des représentations et images de la France véhiculées à travers les manuels scolaires). Actes du colloque « Identité, culture et développement ».Comité de la Culture, de l’Éducation et de l’Environnement de la Guadeloupe. Paris: Éditions Caribéennes, 1992: 285-295.
  • « Apprentissage du français à la Réunion: Les interférences phonologiques créole / français: Quelle remédiation? » Expressions (Revue de l’IUFM de la Réunion) 3 (novembre 1993): 95-119.
  • « Langue(s) de la famille, langue(s) de l’école: passage ou rupture? » (avec Ginette Ramassamy et Rose-Marie Degearier). Compte-rendu d’une enquête sociolinguistique et épilinguistique dans le quartier de la Rivière des Galets. Les Cahiers de Cliniques Psychologiques 18 (Exil et modernité), Université de Haute Bretagne (1993): 49-57.
  • « Le créole à l’école: pourquoi? » Cahiers Pédagogiques: L’école dans les DOM-TOM 355 (juin 1997): 38-40.
  • « Traduire une langue régionale: enjeux théoriques et symboliques ». Expressions (Revue de l’IUFM de la Réunion) 12 (novembre 1998): 173-179.
  • « I fé pa lo pon avan la rivièr ». Akoz, Les cahiers du développement 9 (octobre 2000): 8-10.
  • L’épreuve de créole réunionnais au concours de recrutement des professeurs d’école, 1982-2001. (avec Monique Payet). Sujets et corrigés, CRDP, Académie de la Réunion, 2002, 71 p.

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Dossier Daniel Lauret préparé par Thomas C. Spear

http://ile-en-ile.org/lauret/

mis en ligne : 21 juin 2004 ; mis à jour : 5 juillet 2016