Michèle Lacrosil

Michèle Lacrosil. photo © Denise Colomb Paris, 1960

photo © Denise Colomb
Paris, 1960

Née le 21 février 1911 à Basse-Terre (Guadeloupe), Michèle Lacrosil est la romancière guadeloupéenne de référence des années 1960. Après avoir enseigné en Guadeloupe, elle s’est installée à Paris au début des années 50 poursuivant sa carrière dans l’enseignement. Mariée au scientifique de renom Henri Galliard, elle sera du cercle amical de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir. Avant de proposer aux lecteurs les trois romans qui ont fait sa renommée, elle a prêté sa plume à l’aventure de La Revue guadeloupéenne.

Ses romans plongent dans une Guadeloupe torturée par les problèmes raciaux : Sapotille, personnage éponyme du premier roman s’enfuit de l’île pour échapper à la dictature de la couleur qui contraint même les relations amoureuses ; Cajou dans le deuxième ouvrage est une « expérience des limites » de la laideur et de la couleur ; quant au dernier roman, il nous fait voir une Guadeloupe de 1952 à travers le conflit socio-économique au sein d’une sucrerie où blancs-France, blancs-pays, nègres, mulâtres sont « mêlés » par la surdétermination racialiste. L’œuvre de Michèle Lacrosil n’apporte pas de réponse : ces personnages sont essentiellement des questions que tissent des « situations » complexes. Elle explore, pour reprendre une expression de Milan Kundera, « le champ des possibles ».

Le mouvement social qui a bloqué l’île pendant 44 jours (janvier-mars 2009) et qui a eu un écho international prouve que ces questions taraudent encore le vécu de cette colonie départementalisée. Aussi, une relecture des ouvrages de Michèle Lacrosil peut-elle contribuer de façon éclairante à la compréhension du réel sociohistorique présent.

Auteure de trois romans (Sapotille et le serin d’argile, Cajou et Demain Jab-Herma), Michèle Lacrosil est décédée à Paris le 18 décembre 2012, à l’âge de 101 ans.

– Wonal (Ronald Selbonne)


Oeuvres principales:

Romans:

  • Sapotille et le serin d’argile. Paris: Gallimard, 1960.
  • Cajou. Paris: Gallimard, 1961.
  • Demain Jab-Herma. Paris: Gallimard, 1967.

Contes:

  • « Servitudes de Noël ». Revue guadeloupéenne 4 (janvier-février 1946).
  • « Noël à Masselas ». Revue guadeloupéenne 14 (novembre-décembre 1947): 25-31. Reproduit dans Complete Narratives of Francophone Caribbean Tales. Rouben C. Cholakian, éd. Lewiston, NY: Mellon, 1996: 55-67.

Sur l’œuvre de Michèle Lacrosil:

  • Adjarian, M.M. « No Way Out: Colonial Neurosis and Cultural Bondage in Michele Lacrosil’s Cajou ». Michigan Feminist Studies 9 (1994-1995): 1-36.
  • Condé, Maryse. La parole des femmes: Essai sur des romancières des Antilles de langue française. Paris: l’Harmattan, 1979.
  • Corzani, Jack. La littérature des Antilles-Guyane françaises. Fort-de-France: Désormeaux, 1978, tome 5: 237-270.
  • Fulton, Dawn. « Cajou’s reason: Michele Lacrosil and post-war intellectual liberalism ». The Romanic Review 95.1-2 (January-March 2004): 171-181.
  • Gros, Isabelle. « Michèle Lacrosil: La Libération par l’écriture ou comment vomir le dégoût de soi ». Elles écrivent des Antilles. Eds. Susanne Rinne et Joëlle Vitiello. Paris: L’Harmattan, 1997: 123-32.
  • Kalisa, Chantal. « Colonial Violence and Trauma in the Works of Michèle Lacrosil and Ken Bugul ». International Journal of Francophone Studies 3.1 (2000).
  • Lairet, Dolores Person. « Cajou par Michèle Lacrosil: Reflects Dysmorphophobiques « au pays des merveilles » ». Women in Africa and the African Diaspora 3 (s.d.): 413-420.
  • Nicolas, Mireille. Mon anthologie de littérature antillaise; De ses origines à 1975. Paris: L’Harmattan, 2005, tome 4: 121-124.
  • Ojo-Ade, Femi. « Color, Class and Gender in Michèle Lacrosil’s Novels ». The Literary Griot 5.2 (1993): 25-50.
  • Ojo-Ade, Femi. « Of Color, Class and Sex: The Novels of Michèle Lacrosil ». Being Human; More Essays on Black Culture. Trenton, New Jersey: Africa World Press, 2004: 117-138.
  • Orlando, Valérie. « Self-Loathing, Self-Sacrifice: Michele Lacrosil’s Cajou and Myriam Warner-Vieyra’s Juletane ». Of Suffocated Hearts and Tortured Souls: Seeking Subjecthood through Madness in Francophone Women’s Writing of Africa and the Caribbean. Lexington, Maryland: Lexington Books, 2002: 73-95.
  • Paravisini-Gebert, Lizabeth. « Feminism, Race, and Difference in the Works of Mayotte Capécia, Michèle Lacrosil, and Jacqueline Manicom ». Callaloo 15.1 (Winter 1992): 66-74.
  • Smith, Robert P., Jr. « Michèle Lacrosil: Novelist with a Color Complex ». The French Review 47.4 (March 1974): 783-790.
  • Zimra, Clarisse. « Lacrosil, Michèle ». Dictionnaire littéraire des femmes de langue française, de Marie de France à Marie NDiaye. Christiane Makward et Madeleine Cottenet-Hage, dirs. Paris: Karthala, 1996: 342-344.

Liens:

ailleurs sur le web:


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Dossier Michèle Lacrosil préparé par Ronald Selbonne

http://ile-en-ile.org/lacrosil/

mis en ligne : 24 septembre 2009 ; mis à jour : 25 novembre 2015