David Jaomanoro

David Jaomanoro , photo © Thomas C. Spear Salon du Livre de Paris, 21 mars 2006

photo © Thomas C. Spear
Salon du Livre de Paris, 21 mars 2006

David Jaomanoro naît le 30 décembre 1953 à Anivorano-Nord, dans l’extrême nord de Madagascar, où il passe son enfance et fait ses premières études. Pendant dix ans (de 1972 à 1982), il est instituteur dans le nord du Madagascar. Après des études de lettres françaises à l’École normale supérieure d’Antananarivo et un DEA de littérature à l’université de Limoges, il devient professeur de français à Antsiranana en 1988.

Issu du petit peuple et gardant des liens viscéraux avec lui, il décrit avec passion et une extrême sensibilité le bouleversement de la pensée et l’effondrement des valeurs fondamentales d’une société en mutation. Ses personnages issus du quotidien, abandonnés par leur famille ou par la société, sont des laissés pour compte confrontés aux rudesses du monde, qui tentent, souvent avec humour, de braver le destin et d’en dénoncer l’ignominie.

Dans ses Chroniques de Madagascar, Dominique Ranaivoson présente l’auteur ainsi : « L’écriture de David Jaomanoro attaque les mœurs corrompues des tenants des pouvoirs divers, fustige les superstitions, démasque des hypocrites, dénonce la naïveté issue de l’ignorance. Donnant la parole aux paysans, aux jeunes filles, aux devins, aux femmes, il tente de rendre compte de la langue de chacun afin de faire entendre les éclats de ces voix diverses. Il joue sur les registres du comique et du tragique pour mettre en lumière la violence des situations dans lesquelles sont enfermés ses personnages ».

Après ses premiers poèmes salués par la critique à Madagascar, il publie des nouvelles dans divers recueils collectifs et s’intéresse au théâtre, tout en enseignant le français et en animant des ateliers. En 2006 ses nouvelles sont rassemblées pour la première fois, publiées dans le recueil Pirogue sur le vide. Selon Pierre Maury,

« David Jaomanoro n’est pas un auteur confortable. Il fouille des blessures anciennes, ravive les douleurs. Il s’en prend aux traditions et aux rapports de force qu’on ne voit plus à force de les vivre au quotidien. La lumière qu’il jette sur le monde est crue, brutale. […]

Il vous jette souvent la violence à la figure, et il est peu de moments paisibles. Il remplit parfaitement, en cela, son rôle d’écrivain : être un éveilleur plutôt qu’un endormeur ».

Au moment de la publication de ce premier recueil de nouvelles, Pirogue sur le vide, l’écrivain Raharimanana présente David Jaomanoro ainsi : « Ses nouvelles portent le sceau de la poésie et de la violence. Poésie de la langue française revisitée par des images et des procédés issus de la langue malgache et comorienne, violence de la réalité des îles où la misère côtoie la richesse la plus indécente. L’auteur réinterroge la question de la tradition et de la « sagesse des ancêtres » et met souvent en scène des personnages de femmes en rupture avec la tradition et la société. Dans des îles chamboulées (Madagascar, Comores, Mayotte), minées par la corruption et les conflits, où le modèle occidental a été appliqué de force pendant la colonisation et les premières années d’indépendance, il montre combien les valeurs de la tradition ont du mal à survivre et peuvent être à l’origine de tragiques malentendus. Ses nouvelles tentent aussi de comprendre les dérives totalitaires des pays en voie de développement ainsi que la quête de démocratie caractérisant cette population. David Jaomanoro a écrit pour le théâtre : Le dernier caïman et Quatre am’s, j’aime ça où il explore la lente érosion de la tradition et les violences urbaines ».

Élu « Homme de l’année 1997 » à Madagascar dans la discipline Arts et Culture, David Jaomanoro défend depuis toujours la francophonie et s’inscrit sans hésitation dans cette grande famille culturelle francophone. En 2006, il figure parmi les 40 auteurs à l’honneur au Salon du Livre de Paris, invités pour le Festival Francophone en France.

David Jaomanoro vit depuis 1998 à Mayotte, où il est responsable du secteur littérature jeunesse et de l’animation au Centre de Documentation Pédagogique. Il y meurt le 14 décembre 2014, nous léguant son oeuvre importante de nouvelliste et dramaturge.


Oeuvres principales:

  • David Jaomanoro; Oeuvres complètes. Édition établie et présentée par Dominique Ranaivoson. Paris: Sépia, 2017, 396 p.
    Présentation biographique, analyses critiques, un entretien et l’oeuvre de Jaomanoro (dont inédite) : poésie, cinq pièces de théâtre et dix-neuf nouvelles.

Recueil de nouvelles:

  • Pirogue sur le vide, et autres nouvelles. Postface de Dominique Ranaivoson. Paris: Éditions de l’Aube, 2006.

Nouvelles:

  • « Le petit os ». Nouvelles francophones.{publication collective de l’association Le printemps du Valenciennois). Paris: RFI, 1992: 33-37.
  • « Docteur Parvenu ». Les Carnets de l’exotisme (Poitiers: Torii) 7-8 (1991).
  • « Funérailles d’un cochon ». Funérailles d’un cochon et treize autres nouvelles (Collectif). Saint-Maur: Sépia (Les inédits… de RFI-ACCT), 1994: 11-22.
  • « Jamaïque ». Nouvelles (Collectif, sous la direction de David Jaomanoro). Antananarivo: Centre Culturel Albert Camus, 1995: 9-16.
  • « Jaombilo ». La Revue noire 26 (1997); Nouvelles francophones. Paris: Acoria, 2000: 11-26.
  • « Pierrot ». Chroniques de Madagascar, sélectionnées et présentées par Dominique Ranaivoson. Saint-Maur-des-Fossés (France): Sépia, 2005: 51-74.

Récit:

  • Le mangeur de cactus. Paris: L’Harmattan, 2013.

Poésie:

  • Quatram’s j’aime ça, 1987.

Théâtre:

  • Le dernier caïman (1988), mise en scène par la compagnie Johary au Centre Culturel Albert Camus à Antananarivo, 1989.
  • Nous autres, paysans. 1989.
  • La Retraite (1990), suivi d’un entretien de l’auteur avec Gilles Costaz. Carnières-Morlanwelz (Belgique): Lansman, 1990 et 2000. Mise en lecture scénique à Limoges et présentée par l’atelier-théâtre de l’ASCUT dans une dizaine de villes de Madagascar (1991); Mise en scène par Pierre Debauche, Paris, 1992.
  • J’ai marché dessus, ou L’homme aux pieds pourris. 1990.
  • Labeka koezy, ou le mariage de la princesse Iangoria. 1991.
  • Funérailles d’un cochon, nouvelle de David Jaomanoro, mise en scène par Marotiana Randrianirina, Guy Lenoir et l’Atelier-théâtre de l’ASCUT à Antnanarivo, 1994.
  • Tanguena (1997), adapté à la scène au Centre Culturel Albert Camus par la Compagnie Johary, tournée à Mayotte (1998).

Essai:

  • Publics d’alphabétisation à Mayotte. Efficacité et limites de la socialisation secondaire, étude de quelques cas d’individus en échec. Sarrebruck (Allemagne): Éditions universitaires européennes, 2011.

Discographie:

  • « Viavy », texte de David Jaomanoro mis en musique par Rajery sur l’album Volontany. Indigo France, 2004.

Prix et distinctions littéraires:

  • 1987     Lauréat du concours de poésie du Cinquantenaire de la mort de Jean-Joseph Rabearivelo, pour Quatr’am’s j’aime ça.
  • 1988     Bourse du Centre National du Livre.
  • 1990     Bourse Beaumarchais.
  • 1993     Grand Prix RFI-ACCT de la nouvelle, pour « Funérailles d’un cochon ».
  • 1997     Médaille d’or, Jeux de la Francophonie à Antananarivo, pour « Jaombilo ».
  • 2002     Résidence d’écriture à Bamako (Mali), bourse de l’association Écritures Vagabondes.
  • 2007     Mention spéciale de l’ADELF au Grand Prix des Océans Indien et Pacifique, pour Pirogue sur le vide.
  • 2008     Résidence d’écriture à Tuléar, Madagascar, projet de la Direction des Affaires Culturelles, Préfecture de Mayotte et l’association APPEL.

Sur l’œuvre de David Jaomanoro:

  • Bourgeacq, Jacques. « La Littérature malgache contemporaine, cette inconnue ». The French Review 72.3 (February 1999): 543-556.
  • Dabla, Séwanou. « La Retraite de David Jaomanoro » (compte-rendu). Notre Librairie hors-série (septembre 1993): 94.
  • Elbadawi, Soeuf. « David Jaomanoro et les mythes s’enlisent », compte-rendu de Pirogue sur le vide, et autres nouvelles. Kashkazi 49 (20 juillet 2006): 10.
  • Pierre, Caroline Solange. Problématique d’approche des nouvelles francophones: David Jaomanoro. Sarrebruck (Allemagne): Éditions universitaires européennes, 2015.
  • Ranaivoson, Dominique. « David Jaomanoro, un écrivain malgache francophone original ». Notre Librairie (avril-juin 2003): 92-96.
  • Ranaivozanany, Sahondra. « La Retraite de David Jaomanoro » (compte-rendu). Notre Librairie 110 (juillet-septembre 1992): 121.
  • Ramarosoa, Liliane. « L’Art de conjuguer le passé au présent ou le discours de la tradition dans les nouvelles malgaches d’expression française contemporaines ». Notre Librairie 135 (septembre-décembre 1998): 134-140.
  • Rasoamanana, Linda. « Les représentations épineuses de la pauvreté à Madagascar: notes sur la première nouvelle du Mangeur de cactus de David Jaomanoro ». Représentations artistiques et sociales de la pauvreté. M. de Carlo, G. Poole, E. Sibilio, M. Valentini, eds. Cassino (Italie): Edizioni Università di Cassino, 2017.

Traductions:

in English:

  • Deux nouvelles – « Funeral of a Pig » / « Funérailles d’un cochon » (traduit par Jacques Dubois) et « Little Bone » / « Le petit os » (traduit par Gertrude Champe) – et six poèmes (traduits par Marjolijn de Jager), en français avec la traduction en anglais. Voices from Madagascar: an Anthology of Contemporary Francophone Literature / Voix de Madagascar: anthologie de littérature francophone contemporaine. Jacques Bourgeacq et Liliane Ramarosoa, éds. Athens: Ohio University Center for International Studies, 2002: 16-45; 212-223.

Liens sur David Jaomanoro

sur Île en île:

  • icon_audio La Retraite, extrait de la pièce lu par l’auteur.
  • icon_audio « Tamou », extrait de la nouvelle lu par l’auteur.

ailleurs sur le web:

  • David Jaomanoro, présentation de l’auteur sur le site de la Ruche Sony Labou Tansi (résidence d’auteurs dramaturges à Bamako, 2002).
  • David Jaomanoro, présentation sur le site d’Africultures, avec comptes rendus.
  • Ranaivoson, Dominique.

Retour:

Dossier David Jaomanoro préparé par Thomas C. Spear

http://ile-en-ile.org/jaomanoro/

mis en ligne : 6 mai 2008 ; mis à jour : 22 septembre 2017