Justin Panta, poésie – Boutures 1.3

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Poésies
vol. 1, nº 3, page 25

L’enveloppe

– Je ne sais pas, a-t-elle dit.

– La jeunesse a toujours quelque chose à gagner. À cet âge, je l’ai depuis longtemps dépassé, si tu es très pauvre, tu sors dans la rue et tu vas trouver quelque part exactement cette chose cette chose qui te manque ; si tu cherches attentivement autour de toi dans la chambre, tu trouves là ce que tu désires, peut-être tu n’as même pas besoin de te déplacer, peut-être que dehors il fait froid ou il pleut.

– Il m’a raconté une fois, je ne sais pas pourquoi il doit toujours inventer des incidents qui ne lui sont jamais arrivés, il me racontait comment il avait écrit, des années auparavant, quelques lignes seulement à une jeune dont il était très amoureux à l’époque, il a mis cette feuille dans une enveloppe, il n’a pas signé, il n’a rien écrit sur l’enveloppe non plus, elle connaissait très bien son écriture à lui. Le billet est arrivé à son destinataire, elle l’a lu et puis elle l’a jeté. Mais l’enveloppe, elle l’a gardée, elle était intacte et à cette époque on ne trouvait guère dans toute la ville des enveloppes à lettres. Et cette enveloppe a même été utilisée, il a continué son mensonge, la mère de cette jeune fille, en robe de gala, l’a placée appuyée sur le verre de tzuika, devant un des invités si distingués qui sont venus aux noces de cette jeune fille.

Si on pouvait vivre au hasard

Si on pouvait vivre au hasard, sans l’accord de la destinée
en ces jours avec beaucoup de vent, et non seulement maintenant
– je te mentirai et tu vas me croire, la fenêtre craque,
je sens le courant d’air et ce qui est trompeur dans ma réponse va t’échapper,
n’importe quoi je t’aurais dit, c’était la même chose, je le
regrette pour moi toutes les fois que j’entends dire qu’une femme
belle est sur le point de rencontrer un homme, chaque fois que
je passe devant une église, et sur le trottoir d’en face une femme
superbe passe et les mots eux-mêmes n’arrivent pas à se joindre
il y a des moments, après avoir sauté de l’avion, ils te disent,
ces moments pendant lesquels le parachute ne s’ouvre pas,
le courant d’air fait claquer une porte et tu vas introduire dans ma proposition un mot,
que tu te figures avoir entendu, en réalité cette porte a claqué
C’est comme si je te parlais avec toutes ces choses dans la maison dans ce temps venteux
et maintenant je dois te parler,
bientôt mon costume va vieillir,
et va s’user aux coudes et aux genoux – comment pourrais-je alors devant toi ?
Mon apparition aujourd’hui ne surprendra personne, comme si vous étiez les hommes du temps ancien,
ils ne connaissent pas d’autres faits qui ne soient déjà accomplis autrefois, avant,
par des dieux ou des héros.

bout

Iustin Panta
Poète, dramaturge et journaliste, né à Bucarest le 6 novembre 1964. Licencié de la Faculté d’Électronique, Bucarest, 1989. Il a publié de nombreux recueils, dont Les choses simples ou l’équilibre instable, 1992. Il est Également auteur d’une pièce de théâtre La rue Euclid, 1998.

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mis en ligne : 9 janvier 2002 ; mis à jour : 25 octobre 2015