Imasango

Imasango, photo © Bruno Doucey Poindimié, 2011

photo © Bruno Doucey
Poindimié, 2011

Imasango naît le 15 février 1964 en Nouvelle-Calédonie, dans une famille dont l’arbre généalogique témoigne de la complexité historique et humaine de l’archipel. Côté paternel, sa grand-mère est enseignante, fille d’un négociant arrivé sur le territoire à la fin du XIXe siècle ; son grand-père est fils d’un comptable venu de la région Rhône-Alpes et d’une aristocrate anglaise.

Une toute autre histoire se raconte côté maternel. Sa grand-mère est la fille d’une orpheline kanak de l’insurrection conduite en 1878 par le Grand chef Ataï, et d’un Indien né à Canala, sur la côte Est de la Grande Terre calédonienne, lui-même descendant des Malabars de la Réunion, venus en Nouvelle-Calédonie pour y cultiver la canne à sucre.

Antagonismes

Si c’est avec son père que la petite fille, de longues après-midi durant, contracte le goût de la calligraphie et des belles lettres, c’est chez cette grand-mère vivant en brousse qu’elle s’immerge, lors des vacances scolaires, au profond d’une nature calédonienne où elle aime aujourd’hui encore à se ressourcer. Et c’est par fidélité à sa parole de conteuse qu’elle préfèrera longtemps dire ou incarner au fil d’expositions éphémères sa poésie, sans chercher forcément à la publier.

« Ma grand-mère maternelle est de ceux dont on a bafoué l’identité, note-t-elle, évoquant le passé colonial de la Nouvelle-Calédonie et l’écart culturel, social entre les deux branches familiales dont elle est issue. J’ai essayé de me construire avec ces antagonismes ; c’est la poésie qui m’a permis de concilier ces deux visions sans avoir le sentiment de trahir les uns, ou les autres. »

Dans cet esprit, elle explore particulièrement le champ de la poésie visuelle, au fil d’expositions singulières, qui jalonnent son parcours d’écriture.

Partir, revenir

De l’école primaire à la Vallée du tir, quartier populaire de Nouméa, Imasango garde le souvenir d’une cour où se côtoient Kanak, Wallisiens, Tahitiens, Antillais… et de son insoumission. En 1981, elle a tout juste 17 ans lorsque sonne l’heure de quitter sa terre natale pour mettre le cap sur la France où l’attend un parcours en khâgne, qu’elle effectue à Aix-en-Provence, avant de filer vers Toulouse. À l’université, elle choisit d’étudier l’espagnol par intérêt précise-t-elle « pour la musique de la langue, les civilisations précolombiennes, les auteurs latino… ». En 1984, elle part en Espagne où elle vit un an, découvre une vie culturelle intense et socialement innovante, fait une incursion du côté du théâtre. Elle revient en France pour passer le CAPES, concours qui, à sa demande, la conduira en Martinique où elle prend son premier poste en 1986. Elle effectue alors ses premiers voyages en Amérique du Sud, continent avec lequel elle entretient des liens profonds. Puis en 1988, c’est le retour en Nouvelle-Calédonie, où elle exerce toujours son métier d’enseignante. Aujourd’hui agrégée d’espagnol, elle choisit d’enseigner en collège par engagement pour le pays, car dit-elle : « Les adolescents en construction, comme les lecteurs de poésie, sont des personnes à qui offrir une main tendue… »

Elle participe également en tant que poète à un projet de prévention de l’illettrisme dans les établissements scolaires du primaire de Nouvelle-Calédonie, en sillonnant le pays.

Partages

Imasango est l’auteure de plusieurs recueils, où sa poésie entre volontiers en correspondance avec d’autres formes, telles que les photographies de Claude Beaudemoulin dans Comme un arbre dans la ville, ou les sculptures de Maryline Thydjepache dans Parole donnée. Elle est également présente dans plusieurs anthologies, notamment Outremer – Trois océans en poésie et Enfances, aux Éditions Bruno Doucey, où est également édité son recueil Pour tes mains sources. Elle signe également une nouvelle dans Partir sans passeport, aux Éditions Desnel et deux livres d’artistes illustrés par Robert Lobet aux Éditions de La Margeride : Le baiser des pas de nos silences, et Le poète est nomade.

Impliquée, voire à l’origine de projets ayant pour ligne de force le partage des cultures et la promotion d’une poésie à la portée de tous, elle est familière de brèves performances où, accompagnée de divers musiciens, elle donne à entendre sa poésie, une poésie qui pour elle continue fondamentalement d’être faite pour être dite.

« Par son lyrisme sensuel, écrit Bruno Doucey, poète et son éditeur, Imasango interroge la part métisse de nos identités, rappelant que la poésie s’exprime toujours à tu et à toi. Dans la mangrove des passions, voix mêlées et corps emmêlés disent, avec une mystérieuse évidence, que les mots servent à tresser la natte de notre humanité. »

Imasango est membre de l’Association des écrivains de la Nouvelle-Calédonie.


Oeuvres principales:

Poésie:

  • Comme un arbre dans la ville. Photographies de Claude Beaudemoulin. Nouméa: Éditions du Poisson-Clown, 2000.
  • En Chemin. Nouméa: Éditions La Main qui parle, 2002.
  • Pour tes mains sources. Paris: Éditions Bruno Doucey, 2011.

Discographie:

  • Parole donnée. CD poésie en musique. Photographie de sculptures de Maryline Thydjepache. Nouméa: La Main qui parle, 2011.

Textes parus dans des revues et dans des ouvrages collectifs:

  • « Regard chanté », « C’était le plus puissant des chasseurs », « Quand les plumes et les gestes…. », « Quand ils dansent… ». Rythmes Pacifiques. Nouméa: Éditions du Poisson-Clown, 2000.
  • « Terre pelée ». Pour Haïti. Fort-de-France: Desnel, 2010: 230-31.
  • « Haïti, dans mon cœur immense d’impuissance » et « Poser l’espoir sur les paumes des soleils ». Magnitude 7. Nouméa: L’Herbier de feu, 2010: 24-27.
  • « Fleur de lotus ». Il y a toujours une guêpe pour piquer un visage en pleurs / Solidarité Japon. Nouméa: Association des écrivains de la Nouvelle-Calédonie, 2011: 33-35.
  • « La main que l’on donne ». Vivre ensemble au travail. Nouméa: Institut du travail de Nouvelle-Calédonie, 2011: 11-17.
  • « Les arbres ignorent les lois de la propriété », « Comment saurais-je dire… », « Le sculpteur » Outremer – Trois océans en poésie. Paris: Bruno Doucey, 2011: 214-16.
  • « À bras ouverts ». Enfances. Paris: Bruno Doucey, 2012: 93-94.
  • « 22 000 kilomètres au-delà des mers ». Partir sans passeport. Fort-de-France: Desnel, 2012: 98-137.

Expositions / Poésie visuelle:

  • Exposition au Centre du Tourisme de la Province Nord en collaboration avec la sculptrice Maryline Thydjepache, novembre 2004.
  • Exposition « Les mots des murs » au Centre d’Art de Nouméa en collaboration avec le photographe Xavier Berton, mars 2005.
  • Exposition à la Galerie Cuevas del Rodeo – Alicante en collaboration avec l’artiste plasticienne Hélène Janet, janvier 2007.
  • Exposition Poésie visuelle pour le Printemps des Poètes au Centre d’Art de Nouméa, février 2007.
  • Exposition Poésie visuelle à la bibliothèque Bernheim de Nouméa (60 oeuvres sur le thème de l’Humanité). avril et juillet 2007.
  • Exposition au Salon du Petit format à la Galerie d’Art Lec Lectic de Nouméa, décembre 2007.
  • Exposition Poésie visuelle au SILO de Hienghène, octobre 2007.
  • Le Printemps des Poètes au Centre d’Art de Nouméa, février 2008.
  • Exposition Poésie visuelle en Espagne (Galerie d’art Le Pont des Arts de Valence), janvier 2009.
  • Un autre regard — Portraits de SDF de l’Association l’Accueil, avec des photographies de Fabien Boulnois, octobre 2010.

Liens:

ailleurs sur le web:

  • Imasango, présentation de l’auteure, avec plusieurs poèmes, sur le site de l’Association des écrivains de la Nouvelle-Calédonie.
  • « L’Éros enraciné », Notes de lecture de Pour tes mains sources par Julien Delmaire Africultures (12 février 2013).
  • Pour tes mains sources, présentation de l’auteure et du recueil sur le site des Éditions Bruno Doucey.

Retour:

http://ile-en-ile.org/imasango/

mis en ligne : 7 septembre 2012 ; mis à jour : 25 novembre 2015