Marie-Thérèse Humbert

Marie-Thérèse Humbert, photo © Bernard Mariat Ardentes (France), juin 1989

photo © Bernard Mariat
Ardentes (France), juin 1989

Marie-Thérèse Humbert naît le 17 juillet 1940 à Quatre-Bornes (Île Maurice). Elle fait des études de lettres et littérature comparée à Cambridge University et à la Sorbonne avant de s’installer définitivement en France en 1968.

« Ce que j’ai si longtemps désiré m’a été accordé. J’ai connu une véritable amitié, et surtout, hier soir, juste au moment où le chant des muezzins est monté de la ville, exactement au même moment, toutes les cloches des églises se sont mises à sonner. Les muezzins et les cloches ont continué à prier ensemble, et j’ai aussitôt compris que c’était là le signal que j’attendais. J’ai même reçu davantage : les pétards d’un mariage chinois ont repris le son alors qu’il s’éteignait. Mon cœur a bondi de joie, il s’est élancé au-dessus de la ville, tout droit dans le ciel, où les derniers rayons de Surya flottaient encore. Je sais maintenant. Je connais la joie de l’Union, l’ananda pure. Il importe peu que je reste ici ou qu’ils me transportent ailleurs. »

Marie-Thérèse Humbert
La Montagne des Signaux (page 324)

Ses romans s’articulent autour de l’éternelle quête de l’identité qui passe par la figure du double, jumelle (À l’autre bout de moi) ou amie (Amy, Comme un vol d’ombres). Ils ont pour cadre Maurice (À l’autre bout de moi, La Montagne des Signaux, Amy) ou une île imaginaire (Le Volkameria et Une robe d’écume et de vent) mais aussi la Camargue (Un fils d’Orage), le Berry (Le chant du seringat la nuit) ou la région parisienne (Comme un vol d’ombres)…

L’univers romanesque de Marie-Thérèse Humbert comprend un agencement de relations familiales et sociales ambiguës, où planent mystères et non-dits. Le lecteur est tenu en haleine par l’atmosphère sourde et opprimante qui est ainsi créée. La narration n’est d’ailleurs pas sans comporter un parfum d’énigme policière. Il s’agit bien de « débrouiller l’écheveau » (Le Volkameria) de circonstances et de vies étroitement enchevêtrées, de motivations secrètes et de sentiments troubles ou obscurs.

Cependant il faut chercher du côté de l’île d’origine de l’écrivaine pour le véritable fil d’Ariane. Délibérément évacuée, l’Île Maurice revient hanter l’écriture sous des formes diverses, le personnage d’Isle l’amnésique (Le Volkameria) constituant un exemple tout à fait révélateur. Oublieuse d’elle-même, Isle nous met sur la piste de l’acte manqué de Marie-Thérèse Humbert qui avoue ne pas avoir réfléchi à la double consonance de ce nom.

À l’autre bout de moi mérite une mention spéciale en ce qu’il représente un jalon dans la littérature mauricienne moderne. L’écrivaine a osé, avec ce roman, décortiquer les relations complexes qui se tissent dans une société pluriethnique et pluriculturelle. En rupture avec le discours politiquement correct prévalant à l’époque, ce texte explore malaises, fascinations et négociations identitaires.

– Kumari Issur


Oeuvres principales:

Romans:

  • À l’autre bout de moi. Paris: Stock, 1979.
  • Le Volkameria. Paris: Stock, 1984.
  • Une robe d’écume et de vent. Paris: Stock, 1989.
  • Un fils d’orage. Paris: Stock, 1992.
  • La montagne des signaux. Paris: Stock, 1994.
  • Le chant du seringat la nuit. Paris: Stock, 1997.
  • Amy. Paris: Stock, 1998.
  • Comme un voile d’ombres. Paris: Stock, 2000.
  • Les désancrés. Paris: Gallimard, 2015.

Nouvelles et récits:

  • « En guise de préface ». Maurice, le tour de l’île en quatre-vingts lieux (édité par B. Pyamootoo & R. Poonoosamy). Port-Louis: Immedia, 1994.
  • « Parole de femme ». Au tour des femmes (édité par B. Pyamootoo et R. Roonoosamy). Port-Louis: Immedia, 1995.
  • « De la lumière, de l’amour et du silence. Le tout ainsi, en vrac. Clopin-clopant ». Raymonde Vincent, 1908-1985, hommages. Saint-Chartier: Cercle des amitiés Raymonde Vincent, 1995.
  • « Adeline ». Tombeau du cœur de François II. (collection de trois nouvelles: celle du titre, par Thierry Fourneau; « Adeline » de Marie-Thérèse Humbert; et « Un voyage » par Marie Ndiaye). Vendôme: CRL, 1997.
  • « La véritable histoire de notre mère Eve au Jardin d’Eden ». Elles, Histoires de femmes. Paris: Filipacchi, 1999.
  • « Les galants de Lydie ». Une enfance outremer (textes réunis par Leïla Sebbar). Paris: Seuil, 2001: 115-127.
  • « Fraternité ; hommage au poète Édouard Maunick ». Riveneuve Continents 10 (hiver 2009-2010): 97-98.
  • Maisons et Royaumes. (récits) Paris: Gallimard, 2017.

Essai:

  • Balzac, Saché, ou le nid de coucou (avec des photographies de Pierre Schwartz et de François Lagarde). Saint-Cyr-sur-Loire: Pirot, 1991.

Article:

  • « Situation de l’île Maurice au sein de la Francophonie ». L’Europe et les Francophonies (sous la direction d’Yves Bridel et al.). Bruxelles/New York: P.I.E.-Peter Lang, 2005.

Enregistrement sonore:

  • Littératures caribéennes et océano-indiennes à travers le roman réaliste, terres d’Afrique et terre des îles. Enregistrements sonores des tables rondes du Salon de la Plume Noire (13 octobre 1996, Paris). Mohamed Toihiri, Michèle Rakotoson et Marie-Thérèse Humbert. Paroles recueillis par Christophe Wondji et Odile Cazenave. Paris: Bibliothèque nationale de France, 1999. 5 disques compacts, Enregistrement 19961013.

Prix et distinctions littéraires:

  • 1980     Grand Prix des lectrices d’Elle, pour À l’autre bout de moi.
  • 1992     Prix Terre de France, pour Un fils d’Orage.

Sur l’oeuvre de Marie-Thérèse Humbert:

  • Asgarally, Issa. « L’œuvre de Marie-Thérèse Humbert ». Notre Librairie 114 (juillet-septembre 1993): 110-114.
  • Asgarally, Issa. « La Montagne des Signaux ». Italiques 4 (1994).
  • Cox, Stéphanie . « La jumelle ‘ambiguë’ : La crispation identitaire dans À l’autre bout de moi de Marie-Thérèse Humbert ». Études Francophones 17 (automne 2002): 73-87.
  • Issur, Kumari. « Multilinguisme, intertextualité et interculturalité dans la littérature mauricienne : les cas de Marie-Thérèse Humbert, Ananda Devi et JMG Le Clézio ». Écrire en langue étrangère (sous la direction de Robert Dion et al.). Québec: Nota Bene/IKO-VERLAG, 2002: 339-355.
  • Joubert, Jean-Louis. « À l’autre bout de moi de Marie-Thérèse Humbert et la littérature mauricienne ». Itinéraires et contacts de culture, vol. 2. Paris: L’Harmattan, 1982.
  • Lionnet, Françoise. « Privileged Difference and the Possibility of Emancipation: The Words to Say It and À l’autre bout de moi »; « Anamnesis and Utopia: Self-Portrait of the Web Maker in À l’autre bout de moi ». Autobiographical Voices; Race, Gender, Self-portraiture. Ithaca, NY: Cornell, 1989: 191-215; 216-44.
  • Lionnet, Françoise. « Métissage and Female Textuality in two Francophone writers ». Displacements: Women, Tradition, Literatures in French. Joan Dejean et Nancy Miller, éds. Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1991: 260-278.
  • Lionnet, Françoise. « Transcolonialismes : échos et dissonances de Jane Austen à Marie-Thérèse Humbert et d’Emily Brontë à Maryse Condé ». Écrire en langue étrangère (sous la direction de Robert Dion et al.). Québec: Nota Bene/IKO-VERLAG, 2002: 227-243.
  • Maugarny, Sophie, « L’espace, métaphore essentielle dans A l’autre bout de moi de Marie-Thérèse Humbert ». Itinéraires et contacts de culture, vol. 2. Paris: L’Harmattan, 1982.
  • Thampi, Nalini. « Marie-Thérèse Humbert et À l’autre bout de moi : de l’alterité vers l’identité ». L’Océan Indien dans les littératures francophones. Sous la direction de Kumari R. Issur et Vinesh Y. Hookoomsing. Paris: Karthala / Réduit: Presses Universitaires de Maurice, 2001: 385-393.

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mis en ligne : 18 novembre 2008 ; mis à jour : 3 avril 2017