Axel Gauvin

Axel Gauvin, photo © Michaël Ferrier Tokyo, 2005

photo © Michaël Ferrier
Tokyo, 2005

Axel Gauvin est né le 3 août 1944 au Bois-de-Nèfles, sur la commune de Saint-Denis de la Réunion. Après des études secondaires à Saint-Denis, Axel Gauvin entreprend une formation universitaire scientifique ; il est admis à l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud en 1967 puis revient à La Réunion en 1968, après avoir obtenu une licence de Sciences Naturelles. De retour à Saint-Cloud, il obtient l’Agrégation de Sciences Naturelles en 1972 et poursuit une carrière d’enseignant.

Sa mère, enseignante et directrice d’école, est issue d’une famille réunionnaise où les Belles Lettres françaises, l’Art du bien dire ont toujours été à l’honneur – son grand-père maternel était lui-même instituteur, directeur d’école et a assuré un temps la charge d’inspecteur primaire – tandis que son père, planteur, est bien enraciné dans le terroir multiculturel réunionnais. Dans la famille d’Axel Gauvin, ces deux cultures se conjuguent harmonieusement et s’enrichissent mutuellement. Le métissage d’Axel Gauvin est également façonné par ses origines indiennes, malgaches et africaines. Il serait très probablement un descendant d’affranchis.

Axel Gauvin, d’abord militant politique, se consacre ensuite à un engagement plus culturel. Différentes personnes comme son frère, George Gauvin et Boris Gamaleya jouent un rôle fondamental dans sa décision de s’engager dans le militantisme culturel. Dès lors, il publie quelques poèmes dans un journal du Front de la jeunesse pour l’autonomie de La Réunion, intitulé Jeune Réunion puis dans Le Nouveau Progressiste, ainsi que dans les revues militantes et multigraphiées Bardzour et Fangok où paraissent, à côté d’articles théoriques, les poèmes, chansons, nouvelles d’autres écrivains créolisants. Les objectifs de la revue Fangok sont clairement exposés dans un éditorial aux allures de manifeste, publié dans le premier numéro. Il s’agit alors pour les auteurs réunionnais de « retrouver [leur] histoire et de mieux la faire connaître » en œuvrant, d’une part, pour le développement « de la littérature réunionnaise, qu’elle soit d’expression créole ou française » et, d’autre part, pour la défense et la promotion du réunionnais, « trop longtemps combattu, méprisé ».

Axel Gauvin concourt à la mise au point de « Lékritir 77 », l’ébauche d’une codification graphique du créole réunionnais. Il contribue également, avec « Chemin Portail », à une expérience d’alphabétisation d’adultes en créole, ce qui le conduit à la rédaction de son manifeste Du créole opprimé au créole libéré en 1977 ; dans cet essai, il défend la spécificité du créole en tant que langue à part entière, exalte sa valeur culturelle, et plaide pour un bilinguisme de raison, qui conférerait au créole une juste place dans la société réunionnaise.

La démarche d’Axel Gauvin s’inscrit autant dans le champ littéraire que dans le champ sociolinguistique et cette problématique liée à la langue accompagne tout son parcours littéraire. Il écrit aussi bien en créole réunionnais – des poèmes, deux pièces de théâtre (l’une bilangue et l’autre bilingue), des contes pour enfants – qu’en français – des romans dont il traduit certains en créole, comme Quartier trois lettres qui trouve son équivalent en créole Kartyé trwa lèt : roman kreol réyoné –. À l’inverse, il lui arrive aussi d’écrire son manuscrit en créole avant de travailler sur la version française, comme cela a été le cas pour Faims d’enfance et L’Aimé . Écrire dans sa langue est une entreprise fondamentale qui se dote d’une valeur militante pour Axel Gauvin, car écrire en créole, c’est défendre la culture qui lui est liée. Aussi lance-t-il un appel à « libérer la langue pour ouvrir les cœurs », selon le titre de l’un de ses ouvrages  Détak la lang, po démay lo kèr.

Dans les œuvres francophones d’Axel Gauvin, la langue française est émaillée de créole. Le lexique, la grammaire et la prosodie créoles ne cessent de surgir au sein du français permettant ainsi au lecteur non créolophone de saisir les bruissements de la langue créole réunionnaise. Ses romans se font porte-paroles du peuple réunionnais ; ses personnages sont, le plus souvent, des habitants des « Hauts » de La Réunion. Le romancier plonge le lecteur dans le monde créole : les activités, les goûts, les coutumes et les mœurs réunionnais apparaissent dans toute leur diversité. Dans ces « zistoirs » créoles, les humanités se confrontent entre elles et à la vie, sur fond social, historique et culturel, ancré dans la réalité réunionnaise. Les romans d’Axel Gauvin sont portés par les idées humanistes qu’il défend et tendent à saisir les universaux de la nature humaine…

Certains de ses poèmes en créole réunionnais sont mis en musique par Ziskakan, le groupe musical réunionnais.

En 2001, il crée l’association Tangol qui regroupe des artistes, des enseignants et des chercheurs et dont l’objet est « d’œuvrer, par tous les moyens adéquats, à la poursuite de l’aménagement et de l’équipement de la langue réunionnaise ». Axel Gauvin est, depuis 2006, le Président de l‘Office de la Langue créole de La Réunion qui s’articule autour de trois axes majeurs de travail qui sont, d’une part, l’observation de la langue créole et des langues de La Réunion en général (français, shimaoré, comorien…) d’autre part, la préparation à l’aménagement du créole et enfin la valorisation du créole.

Que ce soit à travers son engagement associatif ou son travail de création littéraire, Axel Gauvin se présente comme un fervent défenseur de la langue et de la culture réunionnaises.

– Peggy Raffy


Oeuvre en langue française:

Romans:

  • Quartier Trois-Lettres, roman réunionnais. Dessins de Labor Robert. Paris: L’Harmattan, 1980.
  • Faims d’enfance. Paris: Seuil, 1987.
  • L’Aimé. Paris: Seuil, 1990.
  • Cravate et fils. Paris: Seuil, 1996.
  • Train fou. Paris: Seuil, 2000.

Essais:

  • Du créole opprimé au créole libéré (Pou vanz pou la lang kréol. Essai pour la défense de la langue réunionnaise).  En français. Paris: L’Harmattan, 1977.
  • Petit traité de traduction créole réunionnais-français. Saint-Denis: Université de la Réunion, 2003.
  • L’écriture du créole réunionnais : les indispensables compromis. Saint-Denis: Édition UDIR, 2004.
  • Oui au créole, oui au français, en collaboration avec Yvette Duchemann, Fabrice Georger et Laurence Daleau. Saint-Paul: Tikouti Éditions, 2006.

Théâtre:

  • La borne bardzour / Les Limites de l’aube. Saint-Denis-de-la-Réunion: ADER (Association des écrivains réunionnais), 1988.

Oeuvre en langue créole:

nouvelles / courts récits:

  • Pou êne grape létshi / Zistoir pou nir rish èk vin santime / Zistoir Tizan, Grandiabe, sitrouy èk poisson (Troi zistoir Ti-Zan-Grandiabe. Trois contes créoles transcrits de la tradition orale). Saint-Denis: Les Chemins de la Liberté, 1978;  deuxième édition: Pou in grape lètshi: zistoir kréol pou marmaï èk gramoune.  Ramassé par Axel Gauvin; dessiné par William Zitte. Suivi de Zistoir pou nir rish èk vin santime dessiné par Agathe Eristov. Saint-Denis: Ville de Saint-Denis et l’Université de la Réunion, 1990.

romans:

  • Kartié-trwa-lèt, roman kreol réyoné (version créole de Quartier Trois-Lettres). Saint-Leu: Presses de Développement, 1984.
  • Bayalina (Version kréol de Faims d’enfance). Saint-Denis: Grand Océan, 1995.

théâtre:

  • Po lodèr flèr bibas, teat 2 ak 7 tablo (pièce de théâtre essentiellement en créole). Saint-Leu: Presses du Développement, 1984; Saint-Denis: ADER, 1994.

poésie:

  • Létshi mir (Pti-pti romanss en kréol; poèmes en créole). Saint-Denis: Réunion Edition Impression, 1970.
  • Romanss po détak la lang, démaye lo kër (Romanss en kréol tradui en fransé. Poèmes en créole traduits en français). Saint-Leu: Presses de Développement, 1983; réédition: Saint-Denis: Éditions du Tramail, 1991.
  • Le Gran Kantik : édition bilingue / tradïksion en kréol rényoné, en collaboration avec Robert Gauvin. Saint-Denis: Édition UDIR, 2005. (Le Cantique des Cantiques : texte français extrait de la Bible de Jérusalem, 1998.)
  • Lamour kivi : Fonnkër-téat : po lir, po dir, po shanté, po zoué, po mime dessï. Marseille: Éditions K’A, 2002.

divers:

  • Listoir Larénion an dessin a suiv (texte, en collaboration avec R. Théodora, M. Prudhomme, d’une histoire de La Réunion en bande dessinée). Dessins de kaniki. Témoignages Chrétien de la Réunion (Saint-Denis), septembre 1977-septembre 1978.
  • La min korbo (pièce radiophonique à partir de « La borne bardzour »). En co-réalisation. Le Port de la Pointe des Galets: Ardéco, décembre 1986.
  • Réalisation du double numéro 107-108 (deuxième trimestre 1987) de la Revue Action Poétique sur les poètes de l’Ile de la Réunion (fon n’ kézèr Larénion).
  • Chansons madécasses, Douz shanté Madégaskar d’Evariste de Parny ; tradïksion en kréol rényoné, en collaboration avec Robert Gauvin. Saint-Denis: Édition UDIR, 2005.
  • Abder, illustrations/graphisme de Fabrice Urbatro. Saint-Denis: Académie de la Réunion, 2006.
  • La pomme de terre de mon grand-père / Pomedetér mon granpér, dessins de Florans Féliks ; numéro réalisé par Axel Gauvin. Saint-Paul: Tikouti Éditions, 2005.

enregistrements sonores:

  • Romanss pou détak la lang. Marseille: Editions K’A (poèt larénion n°4), 2001.
  • Kartié troi lètte. Marseille: Editions K’A (poèt larénion), 2006.

Sur l’oeuvre d’Axel Gauvin:

  • Brahimi, Denise. « L’Aimé » d’Axel Gauvin. Notre Librairie 104 (janvier-mars 1991): 139-140.
  • Joubert, Jean-Louis. « Cravate et fils » d’Axel Gauvin. Notre Librairie 128 (octobre-décembre 1996): 47.
  • Magnier, Bernard. « La Langue métissé d’Axel Gauvin » (entretien). Notre Librairie 104 (janvier-mars 1991): 99-107.
  • Mathieu-Job, Martine. Axel Gauvin, « Faims d’enfance », étude critique. Paris: Honoré Champion, 2014.
  • Raffy,Peggy.L’Univers d’Axel Gauvin, écriture, paysage, société. Paris: L’Harmattan, 2005.
  • Sultan, Patrick. « Une société à vif ». La Quinzaine Littéraire 783 (16-30 avril 2000): 11.
  • Wauthier, Claude. « Faims d’enfance » d’Axel Gauvin. Notre Librairie 104 (janvier-mars 1991): 138-139.

Liens:

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Dossier Axel Gauvin préparé par Patrick Sultan et Peggy Raffy

http://ile-en-ile.org/gauvin/

mis en ligne : 8 mai 2001 ; mis à jour : 9 janvier 2016