Fernando Rendón, Note pour une déclaration – Boutures 2.1

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Medellin
vol. 2, nº 1, page 6

 

La tuerie nous a isolé et désagrégé.

La poésie, elle, est la force suprême de la communication et du rassemblement d’un pays.

La mort dévore les nations.

Mais il a suffit d’un poète pour immortaliser la Grèce antique.

Fernando Rendónm

Fernando Rendónm poète et directeur de la revue Prometeo

Puisque la démocratie formelle nous permet seulement de dire des sottises, nous avons décidé de lire des poèmes afin de rendre agissante notre liberté d’expression vu que les poèmes sont des sottises pour ceux qui ne croient pas dans leur pouvoir transformateur du mot.

La mort veut condamner notre pays à l’inertie. La poésie, c’est la redistribution de l’énergie.

Les médias retransmettent seulement la mort.

La vie chante dans les bouches de la lumière.

Certains érudits ont prétendu que la poésie était un vice solitaire.

Mais la poésie, c’est le cœur des foules, puisqu’il y a de l’intériorité dans le peuple.

Le pragmatisme a proclamé la poésie bien intangible. Notre peuple s’est accaparé du solide corps de la poésie mondiale.

Le sens creux de l’utilité de l’existence a conduit à penser qu’on pouvait vivre sans poésie et qu’en tous cas elle était inutile, ne produisant aucun résultat tangible à courts termes.

C’est que précisément, on ne peut mesurer la conscience de l’invisible, la mémoire de l’inénarrable, ce qui rend utile spirituellement l’exploitation pourtant réductrice du mystère. La poésie reflète l’exubérance et la générosité de la vie dans ses origines. C’est la pensée mesquine qui dirige le monde. C’est elle la responsable qui ruine la nature et les nations.

L’Occident détruit la vie. La poésie, a écrit Novalis, c’est la santé transcendantale.

Cours de poésie indigène

Cours de poésie indigène

La société ne peut se développer sans ou contre la culture. La culture est l’âme des peuples. La poésie est la vraie histoire de l’esprit humain.

La poésie est la pédagogie de la compréhension. Nous sommes à l’écoute des autres et nous nous reconnaissons en eux. Leur tragédie ou leur victoire sont nôtres. La poésie nous apprend à habiter le monde en vivant l’essentiel du moment partagé ensemble.

Elle est la synthèse de la pensée mythique et des traditions légendaires de l’homme. Lorsque nous oublions qui nous sommes et d’où nous venons, la poésie retrouve pour tous l’identité maitresse. Nous sommes aussi les autres.

Ainsi, nous nous reconnaissons dans l’infinie richesse de la pluralité du monde, dans les traditions poétiques à travers les siècles, dans les manifestations multiples de la vie.

La poésie conduira à l’unité des peuples, à la vision de la diversité agissante, à travers la perception des formes subtiles de la culture. Des poètes de soixante-dix pays sont ici présents avec nous. Ce n’est pas en vain que la majorité des poètes invités ont répondu au rendez-vous de Medellin malgré la menace des bombes.

Dans une ville, symbole de la mort durant de longues années, dont les propositions de tueries et de voitures piégées ont ému le monde, le Festival international de poésie de Medellin est un réseau de poètes et de projets poétiques à l’échelle internationale dans le but de défendre la vie du peuple et d’internationaliser beaucoup plus la voix profonde de la poésie, le dialogue au somment du destin de la terre afin de globaliser la lutte de l’imagination au profit de la liberté de l’homme.

(traduction française : Françoise Bellerice)

Fernando Rendón

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Fernando Rendón est né à Medellin en 1951. Il a fondé en 1987 la revue Imago. Egalement fondateur de la revue Promoteo, ainsi que du Festival international de poésie de Medellin. Il a publié, entre autres, Contrahistoria, 1986 ; Bajo otros soles, 1990 ; Cancion de los campos de Marte, 1993. Le poète F. Rendón est codirecteur de vidéos sur la poésie : La orilla opuestra, 1991 ; Como si despuntara el dia, 1993 ; et El otro fuego, 1995.

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http://ile-en-ile.org/fernando-rendon-note-pour-une-declaration/

mis en ligne : 29 mai 2009 ; mis à jour : 25 octobre 2015