Émilie Franz, trois poèmes

Fuite

juillet 2007

Ils ne sont plus là
Ceux qui criaient
Aux portes de Nabur.
Ils poursuivent l’illusion
Comme l’abeille le nectar
Et le doute sans secours
À la quête du beau.

Ils sont partis
Ceux qui criaient
Pour écouter l’horloge du temps
Échelonner la vie
Sur la fange des vendus
Pour effuser la vérité
Au-delà des parallèles.

Ceux-là ont arrêté de crier
Nabur se déshabille
Et dénude ses seins,
L’univers s’étiole
L’homme s’immobilise
Le souffle court,
Il est temps de mourir.

J’accuse

juillet 2007

Viens. Partons,
Courons aux bords de l’infini,
Des frontières de la terre,
Il pend des illusions
Et la bave des colères creuses.
Le ciel s’est effacé derrière l’horizon
Le soir tombe et délivre la fleur
Des prédateurs tremblants
Qui visitent son sein.

Viens, courons après le passé,
Les bourdons grondent
Et déclarent la guerre,
Un pistil étonné
Humide de rosée
Se penche dans l’espace
Et rétrécit aux dimensions
Du néant.
J’accuse le créateur
D’avoir conçu la seconde
Et le temps de la jeunesse.

 

Rictus

(extrait)

Un enfant comme un autre

Berce-moi, est-ce ta voix qui chante,
J’imagine ce qu’est la chaleur maternelle.
Chante, un visage paraît, sans doute le tien
Que je n’ai pas connu !

Berce-moi, ma gorge se serre pour libérer ma vie,
J’imagine ta main qui soulage ma détresse,
Chante, j’ai besoin d’une mère :
Ange tendre ou folle mégère !

Berce-moi, toi qui fus pour que je sois
Code de tendresse, énigme divine
Chante, laisse moi rêver
Que je suis un enfant comme un autre.

Berce-moi, mon âme s’envole de ma vie
Les rayons du soleil se changent en ailes d’anges.
Chante, mon souffle sursaute et s’égare !
La vie s’empare de ce qu’elle n’a pas donné !

Berce-moi, mère inconnue, je viens à toi !
La mort dans un instant va réduire nos distances.
Chante, ma vie va se joindre à la tienne
Dans l’espace-néant.

Berce-moi, l’univers des hommes fuit,
Le blanc devient le noir et le rouge le jaune,
Chante, si les fleurs sèment l’amour,
L’ enfant naît aussi un enfant comme un autre…


Ces trois poèmes d’Émile Franz – « Fuite », « J’accuse » et l’extrait de « Rictus » – ont été publiés pour la première fois dans les Cahiers de la RAL,M (Revue d’Art et de Littérature, Musique), 2009, pages 78-81. Ils sont reproduits sur Île en île avec la permission de l’auteure.

© 2003 Émilie Franz


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mis en ligne : 28 octobre 2015 ; mis à jour : 16 novembre 2015