Pierre Clitandre

Pierre Clitandre, photo © Kendy Vérilus Port-au-Prince, 4 août 2013

photo © Kendy Vérilus
Port-au-Prince, 4 août 2013

Journaliste, peintre et romancier, Pierre Clitandre naît le 20 mars 1954 à Port-au-Prince, Haïti. Il étudie la peinture à l’Académie de Beaux-Arts de 1974 à 1977 et poursuit ses études à la Faculté d’Ethnologie jusqu’en 1979. Journaliste culturel, il collabore dans les principaux journaux haïtiens : Le Nouvelliste, Le Matin et Le Petit Samedi Soir. Il est également chroniqueur pour Radio Haïti Inter, et pendant deux ans il collabore à Radio Plus pour des émissions de culture et archéologie, ethnologie et urbanisme.

Le premier juillet 1976, son ami journaliste au Petit Samedi Soir, Gasner Raymond, est assassiné. Clitandre continue pourtant à collaborer à l’hebdomadaire indépendant, dont il devient rédacteur en chef en 1979. Pour Le Petit Samedi Soir, il rédige des éditoriaux et une série de reportages sur les provinces haïtiennes. Suite aux mouvements de démocratisation, il est arrêté en novembre 1980 et passe cinq jours en prison avant de se faire expluser d’Haïti le 5 décembre 1980, avec des confrères journalistes : Marcus Garcia, Elsie Ethéart, Grégoire Eugène et Jean Dominique.

Pierre Clitandre se retrouve ainsi à New York. Sa famille le rejoint. De ce premier séjour à New York, il garde le souvenir positif des visites aux musées, malgré les affres de l’exil non choisi. En 1982, il apprend la disparition de son père ; fils unique, Clitandre n’aura jamais de traces de sa mort.

Entre 1984 et 1986, Pierre Clitandre et le docteur et critique littéraire Eddy Arnold Jean dirigent Haïti Demain Hebdo, journal antiduvaliériste très lu dans la diaspora newyorkaise. L’hebdomadaire contient des informations de première main sur la réalité répressive en Haïti tout en couvrant les actualités culturelles et incorporant des interviews avec les écrivains et artistes exilés. La publication est interrompue en 1986, remplacée par Haïti Demain Magazine, avec une présentation plus modernisée et au contenu plus analytique.

Peu après la chute des Duvalier, Pierre Clitandre rentre au pays, le 20 mars 1986. En 1999, il est appelé à diriger le journal d’État L’Union. Cette expérience de journalisme officiel ne durera que sept mois, jusqu’au coup d’état du 30 septembre 1991 qui renverse le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide. Clitandre vit en clandestinité pendant près d’une année. Il arrive à quitter le pays en 1992 et vivra de nouveau à New York avec sa famille, se consacrant principalement à l’écriture et à la peinture. Il rentre en Haïti en 1996.

Publié d’abord en Haïti en 1979, le premier roman de Pierre Clitandre, Cathédrale du mois d’août, est repris en 1982 à Paris (et traduit en anglais en 1987). Dans Cathédrale du mois d’août, l’auteur évoque l’errance des provinces vers la capitale, l’éclatement et les métamorphoses de la ville et de l’individu.

L’univers de son deuxième roman Vin de Soleil – plus féminin, fermé, intériorisé – est plus sobre, intérieur. Quant au roman La maison des surprises, il s’agit d’une archéologie personnelle de l’auteur. « C’est aussi l’effort de se lessiver à grandes eaux de toutes les impuretés qui le pèsent dans la réalité, dit-il. Dans cette maison, le temps est mobile au recto comme au verso. Le virtuel et le réel cheminent ensemble ».

L’un des projets ambitieux qui occupe l’auteur, La Révolution Esthétique réunira ses textes publiés sur les arts en Haiti – la peinture, la sculpture, la musique et la littérature – pour trouver une articulation théorique qui présente Haiti sous l’éclairage d’un réalisme merveilleux adapté aux nouvelles découvertes sur les symboles du vodou et leur signification « scientifique ». Par les temps qui courent, dit-il, « il faut retrouver notre identité culturelle. Une telle approche sur l’imaginaire peut être une lumière sur notre parcours historique mouvementé ».

Ayant repris possession de la maison familiale, Pierre Clitandre la transforme en bibliothèque de communauté. La Bibliothèque du Soleil s’ouvre le 29 juillet 2005. Pierre Clitandre crée ainsi un espace public avec des rayons de livres et une galerie d’art, pour donner une nouvelle vie culturelle au quartier populaire de Carrefour-Feuilles à Port-au-Prince, anciennement connu pour les nombreuses résidences d’écrivains et de peintres.


Oeuvres principales:

Romans:

  • Cathédrale du mois d’août. Port-au-Prince: Fardin, 1979; Paris: Syros, 1982.
  • Vin de soleil. Port-au-Prince: Éditions Mémoire, 2000.
  • La Maison des surprises. Port-au-Prince: Publitexte, 2004.
  • Simbi Androgène. Port-au-Prince: L’Imprimeur, 2016.

Essais:

  • Qui sont nos candidats? suivi de La Lettre aux hommes noirs de Pierre Clitandre (avec Marcus Garcia et Jean Robert Hérard). New York: Clitandre, 1986.

Articles sélectionnés:

  • « Gouverneurs de la rosée : extase et faille géologique ». Mon Roumain à moi. Port-au-Prince: Presses Nationales d’Haïti, 2007: 295-98.
  • « Biblique du premier geste ». Une journée haïtienne, textes réunis par Thomas C. Spear. Montréal: Mémoire d’encrier / Paris: Présence africaine, 2007: 207-212.
  • « Marie Chauvet, pionnière de notre modernité ». En amour avec Marie, collectif (dirigé par Emmelie Prophète). Port-au-Prince: L’Imprimeur, 2016: 36-41.
  • Pierre Clitandre publie depuis les années 1970 des centaines d’articles de critique culturelle pour Le Nouvelliste, Le Matin, Le Petit Samedi Soir et d’autres publications. Il compte les réunir dans un volume intitulé La Révolution Esthétique.

Prix et distinctions littéraires:

  • 2015     Bourse Barbancourt.

Sur l’oeuvre de Pierre Clitandre:

  • Fowler, Carolyn. « The Haitian Peasant/Proletarian Novel Revisited: The Case of Pierre Clitandre and Cathédrale du mois d’août ». Eds. Will Wright et Steven Kaplan. The Image of Class in Literature, Media, and Society. Pueblo, Colorado: Society for the Interdisciplinary Study of Social Imagery, University of Southern Colorado, 1998: 145-50.
  • Joseph, Nélio. « ‘Une bibliothèque est un lieu d’humanisation de la vie ou de démocratisation des idées’ : Interview with Pierre Clitandre ». Journal of Haitian Studies 17.1 (Spring 2011): 267-272.

Traductions:

in English:

  • Cathedral of the August Heat. Bridget Jones, trad. New York: Readers International, 1987.

Liens:

sur Île en île:

ailleurs sur le web:

  • Haiti Soleil, fondation créée en 2006 par la fille de l’auteur, Nadège T. Clitandre, et reliée à la Bibliothèque du Soleil, ouverte en 2005.
  • « Deuil et extase ! », note de lecture, Vin de Soleil. Boutures 1.3 (septembre 2000): 57.
  • « Pierre Clitandre et la bibliothèque du Soleil », entretien avec Dominique Batraville. Haïti Press Network (2 août 2006).
  • Vous trouverez des articles par et sur Pierre Clitandre en recherchant dans les archives du quotidien, Le Nouvelliste.

Retour:

Dossier Pierre Clitandre préparé par Thomas C. Spear

http://ile-en-ile.org/clitandre/

mis en ligne : 26 août 2006 ; mis à jour : 7 juin 2016