Maurice Casséus

Maurice Casséus, photo: vers 1940 photo tirée de l'ouvrage Histoire de la littérature haïtienne illustrée par les textes de R. Berrou et P. Pompilus (tome 3, p. 523). Port-au-Prince: Éditions Caraïbes, 1977.

photo: vers 1940
photo tirée de l’ouvrage Histoire de la littérature haïtienne illustrée par les textes de R. Berrou et P. Pompilus (tome 3, p. 523). Port-au-Prince: Éditions Caraïbes, 1977.

Maurice A. Casséus est né en 1909 à Port-au-Prince (Haïti). Il a fait ses études à l’Institution Saint-Louis de Gonzague, au Petit Séminaire Collège Saint Martial et au Lycée Pétion, lycée dans lequel il a passé quelques années à enseigner. Casséus a habité pendant plusieurs années à New York avant de s’installer à Londres où il était chargé d’affaires pour l’ambassade haïtienne et où il est mort en 1963.

Poète et romancier, Casséus a publié trois ouvrages: un roman intitulé Viejo (1935), un recueil de poèmes, Entre les lignes (1933), et un roman paysan, Mambo (1949). Viejo est son œuvre la plus connue, souvent l’objet de références dans les ouvrages d’histoire littéraire haïtienne et les critiques de la littérature haïtienne.

Le célèbre ethnologue et politicien haïtien Jean Price-Mars a écrit l’introduction à Viejo, dans laquelle il a dit à propos du talent de Casséus: «le VIEJO qu’il présente à notre délectation est un long et troublant poème où se reflète comme en un miroir fidèle l’existence dramatique des parias qui grouillent dans les quartiers interlopes de Port-au-Prince» [1]. L’action du récit se déroule pendant l’occupation américaine (1915-1934), et ainsi Viejo fait partie de cette catégorie de fiction dite «roman de l’occupation» qui inclut Le Choc (1932) de Léon Laleau, Le Nègre masqué (1933) de Stéphen Alexis et Le Joug (1934) d’Annie Desroy (entre autres). Mais Viejo se distingue de ces derniers par son intérêt pour le milieu ouvrier, et pour cette raison François-Léon Hoffmann, pour reprendre Price-Mars, le classe en tant que roman prolétaire [2]. Le personnage principal est un «viejo» ou coupeur de canne à sucre récemment de retour de Cuba où il a passé plusieurs années à travailler dans des conditions rappelant l’esclavage d’une époque révolue. Viejo est donc autant un récit de l’occupation qu’un roman précurseur tels que Gouverneurs de la rosée (1944) de Jacques Roumain et Compère Général Soleil (1955) de Jacques-Stephen Alexis qui tous les deux représentent de la même façon le milieu des ouvriers haïtiens à la recherche de travail dans les plantations de canne à sucre des pays hispanophones voisins. Véritables creusets d’impérialisme américain aux Caraïbes, les plantations sont en même temps des endroits quasi-cosmopolites où l’identité de l’ouvrier haïtien se créolise à force de contacts avec une main-d’œuvre venant d’autres pays antillais.

En dépit de ce contexte régional, la plupart du récit de Viejo se déroule à Port-au-Prince où le personnage principal, un coupeur de canne qui s’appelle Mario, fait la connaissance de Claude Servin, jeune homme instruit et petit bourgeois dont les horizons sont limités à cause de sa peau noire trop foncée. Claude présente son nouvel ami à un groupe d’étudiants qui participent aux manifestations de l’école d’agriculture de Damiens. La fiction ici s’inspire d’un événement historique réel, ces manifestations de 1928 étant le moment qui a marqué le début de la fin de l’occupation. Mario se rallie à leur cause et la grève se répand à travers le pays. Mais tout finit mal pour les personnages de Viejo bien que, comme nous le savons bien, l’occupation finisse quelques années après la grève nationale organisée et déclenchée par les étudiants de Damiens: Claude moisit en prison, pendant que Mario devient ivrogne, descente rapide qui aboutit au meurtre de l’amant blanc américain de sa fiancée, Olive.

Dans Viejo, Casséus, en représentant les basses couches de la société haïtienne, s’appuie fortement sur les éléments africains d’Haïti, célébrés à l’époque grâce aux efforts du mouvement indigéniste et de leur «maître», le docteur Price-Mars, qui a dénoncé la tendance chez les Haïtiens à dénigrer leur culture nationale en faveur des modèles d’origine européenne. Cette célébration de la culture africaine se trouve également dans plusieurs poèmes de Casséus, surtout dans le «Tambour Racial», où il écrit, «c’est toi, pauvre nègre et ta déchéance millénaire,/ que tu traînes sur cette terre inconnue/À travers des siècles d’amertume» [3]. À propos de ce dernier, J. Michael Dash maintient qu’il nous renvoie à l’esthétique africaniste extrême du noirisme, mouvement cultural et politique mené par François Duvalier et Lorimer Denis et qui a fait suite à l’indigénisme au moment où les intellectuels qui y étaient associés se sont dispersés [4].

Quoi qu’il en soit, dans son œuvre peu fournie mais riche en significations historiques, Casséus réunit plusieurs questions et revendications culturelles et politiques de l’époque, ce qui fait de lui un écrivain méritant une attention critique plus importante.

– Valérie Kaussen

1. Jean Price-Mars. Introduction. Viejo par Maurice Casséus. Port-au-Prince: Éditions La Presse, 1935.
2. Voir Hoffmann, Léon-François. Le Roman haïtien: Idéologie et Structure. Sherbrooke, Canada: Naaman, 1982, p. 119.
3. « Tambour Racial », publié dans Les Griots en 1939, réimprimé dans Panorama de la Poésie Haïtienne, éd. Carlos St. Louis et Maurice A. Lubin (Port-au-Prince: Deschamps, 1950, pp. 402-3).
4. Voir J. Michael Dash. Literature and Ideology in Haiti, 1915-61. London: The Macmillan Press, 1981, p. 99.


Oeuvres principales:

Romans:

  • Viejo. Port-au-Prince: Éditions la Presse, 1935.
  • Mambo. Port-au-Prince: Département de l’Éducation Nationale, 1949.

Poésie:

  • Entre les lignes, proses. Port-au-Prince: Éditions La Presse, 1933.

Sur Maurice Casséus:

Bibliographie adaptée de celle de Léon-François Hoffmann. Bibliographie des études littéraires haïtiennes, 1804-1984. Vanves: EDICEF, 1992.

  • Anon. « Mambo, de Maurice Casséus, et la jeunesse d’aujourd’hui. » Haïti Journal (Port-au-Prince) 6 novembre 1949.
  • Benoît, Clément. « En marge de Viejo, de Maurice Casséus. » Le Nouvelliste (Port-au-Prince) 2 septembre 1935.
  • Bernard, Regnor C. « En marge de Mambo, de Maurice Casséus, » Voix de l’U.N.I.H. (Port-au-Prince) 30 décembre 1949.
  • Berthoumieux, Bertho. « En marge d’Entre les lignes, de Maurice Casséus. » Haïti-Journal (Port-au-Prince) 20 octobre 1932.
  • Brierre, Jean F. « Maurice Casséus. » Le Nouvelliste (Port-au-Prince) 23 septembre 1953.
  • Brouard, Carl. « Entre les lignes, de Maurice Casséus. » Le Peuple (Port-au-Prince) 30 juillet 1932.
  • Brouard, Carl. « Maurice Casséus. » L’Action nationale (Port-au-Prince) 6 juin 1934.
  • Brouard, Carl. « Viejo, de Maurice Casséus. » L’Action nationale (Port-au-Prince), 6-9 septembre 1935.
  • Brutus, Edner. « Entre les lignes de Viejo, de Maurice Casséus. » L’Action nationale (Port-au-Prince) 16 août 1935.
  • Chalmers, Max. « Autour de Viejo, de Maurice Casséus. » Le Matin (Port-au-Prince) 20 juillet 1935.
  • Denis, Lorimer. « En marge de Maurice Casséus. » L’Action nationale (Port-au-Prince) 1-3 septembre 1932.
  • Désinor, Clovis M. « Viejo, de Maurice Casséus. » Le Nouvelliste (Port-au-Prince) 19 septembre 1935.
  • Heurtelou, Daniel. « Nouvelle fantaisie en la… mineur. » La Relève (Port-au-Prince) 1.5 (1er novembre 1932): 18-24 (sur Entre les lignes).
  • Icart, Alfred. « Mambo, de Maurice Casséus. » La Relève (Port-au-Prince) 3 novembre 1949.
  • Jeannot, Yvan. « Viejo, roman de Maurice Casséus. » La Relève (Port-au-Prince) 4.3 (septembre 1935): 24-25.
  • Kaussen, Valerie.  » ‘Hereditary Antagonism’: Race and Nation in Maurce Casseus’s Viejo« . French Civilization and its Discontents: Nationalism, Colonialism, Race. Syler Stovall and Georges Van den Abbeele, eds. Lanham, Maryland: Lexington Books, 2003: 173-186.
  • Phareaux, Lallier C. « Mambo, de Maurice Casséus, et éducation civique. » Haïti-Journal (Port-au-Prince) 27 avril 1949.
  • Price-Mars, Jean. « Préface à Viejo, de Maurice Casséus. » La Presse (Port-au-Prince) 1935: vii-x.
  • Saadi, Jane Habib. « Maurice Casséus. » Le Nouvelliste (Port-au-Prince) 24 décembre 1935.
  • Savain, Roger E. « Une esquisse de Mambo, de Maurice Casséus. » Haïti-Journal (Port-au-Prince) 22 janvier 1949.

Liens:

sur Île en île:

  • Viejo, extrait du roman de Maurice Casséus.

Retour:

Dossier Maurice Casséus préparé par Valérie Kaussen

http://ile-en-ile.org/casseus/

mis en ligne : 14 mars 2003 ; mis à jour : 23 novembre 2015