Carl Brouard

photo des archives du CIDIHCA, D.R. vers 1930

photo des archives du CIDIHCA, D.R.
vers 1930

Carl Brouard naît le 5 décembre 1902 à Port-au-Prince d’une famille bourgeoise. Son père, Rafaël Brouard, est un négociant de la Place ; sa mère, Cléomie Gaetjens, une bourgeoise puritaine. Le couple a eu quatre enfants. Brouard vit une enfance heureuse dans les frais ombrages de Bizoton. En octobre 1907, Carl Brouard est inscrit à l’école Erima Guignard. En 1912, il est accepté au Collège des Pères du Saint-Esprit en classe de huitième. Il est déjà un grand amateur du Moyen-Âge. L’année d’après, il quitte le Collège du Saint-Esprit pour étudier sous la supervision de Catts Pressoir, alors en deuxième année de médecine.

Carl Brouard a seize ans quand les marines débarquent en Haïti. Le jeune Brouard en est meurtri : « 28 juillet 1915. L’Américain foulait notre sol. Bien qu’alors en pantalons courts […] la mélancolie dilata nos yeux ». En 1919, Brouard achève son cycle d’études scolaires chez Catts Pressoir. C’est un jeune homme curieux qui se nourrit de la vision nationaliste de Jean Price-Mars, auteur de La vocation de l’élite.

À vingt ans, Brouard se brouille avec son père. Alcoolique, le jeune Brouard mène une vie de bohème, qui effraie les gens de sa classe sociale et il commence à s’intéresser au vaudou.

Les parents de Carl Brouard partent pour la France où le jeune Brouard séjourne brièvement, fasciné par la vie parisienne. En 1922, il revient au pays où il suit de près les débats de son temps et considère Price-Mars comme « le seul écrivain à avoir eu de l’influence sur sa génération ».

Amoureux d’Anna Lerebours, femme d’origine modeste, Brouard l’épouse en 1936. De cette union, naîtront deux filles, Cléomie et Olga.

En 1927, Brouard fait paraître son unique recueil Écrit sur du Ruban rose. La même année, à la parution de La Revue indigène, on le retrouvera membre du comité de rédaction à côté des écrivains Émile Roumer, Normil Sylvain, Jacques Roumain, Antonio Vieux, Philippe Thoby-Marcelin et Daniel Heurtelou. Brouard collabore à La Trouée, revue éphémère fondée en 1927 par Richard Salnave, Daniel Heurtelou, Max Hudicourt et Jacques Roumain.

En 1928, Brouard publie un article dans lequel il affirme : « Après tout, le vaudou est notre seule originalité » à la suite de la parution du monumental essai Ainsi parla l’oncle de Jean Price-Mars. Il s’initie au vaudou. En 1929, Brouard devient gérant-responsable du journal Le petit impartial. Comme ses précédents directeurs Georges Petit et Jacques Roumain, il sera emprisonné. La cause : une interférence de lignes dans le compte-rendu du procès de Roumain : « Louis Borno s’est hissé au rang de malfaiteurs » au lieu de « au pouvoir ».

Brouard prend une part active dans la vie culturelle haïtienne, en publiant des articles critiques sur Stéphen Alexis, Jacques Roumain, Jean Price-Mars entre autres.

En 1930, reprochant aux marxistes haïtiens leur vision sociale étroite, Brouard évite le cénacle de Jacques Roumain et intègre le groupe Les Griots, composé des trois D : Louis Diaquoi, Lorimer Denis et François Duvalier. Chef de file des Griots, Brouard travaille à valoriser le folklore haïtien et écrit cette célèbre formule : « Nous remîmes en honneur l’assotor et l’açon ».

Carl Brouard continue à écrire et à publier dans les journaux, mais son errance et sa vie de bohème ne lui permettent pas de poursuivre son œuvre.

En 1963, les amis de Carl Brouard, à l’initiative de l’historien Roger Gaillard, forment le « Comité Soixantième Anniversaire de Carl Brouard » qui publie une anthologie des œuvres de Brouard sous le titre de Pages retrouvées.

Affaibli et miné par l’alcool, Carl Brouard meurt à Port-au-Prince en novembre 1965, seul, en pleine rue. Il aura des funérailles officielles. Chantées le 29 novembre, les funérailles, dit un journal de l’époque, étaient officielles et populaires.

La renommée de Carmen Brouard (1909-2005), la sœur du poète, était fondée sur son talent musical de pianiste et de compositrice.

Parmi une intéressante contribution à la musique de chambre et aux formes concertantes, Carmen Brouard a aussi consacré un intérêt à de nombreux poètes en créant des cycles de mélodies, empruntant à Michel Garneau, Omar Khayyam, Gary Klang, Marie Laurencin, Émile Nelligan, Sri Aurobindo, Rabindranath Tagore et Walt Whitman.

Deux poèmes de son frère Carl Brouard – « Prière » et « Quand je serai mort » – se trouvent ainsi insérés dans son cycle Reflets d’âme.

En 2004, les Éditions Mémoire d’encrier à Montréal reprennnent les textes de Carl Brouard (poésie, prose) dans leur collection « Anthologie secrète » (lire la « Présentation » par Rodney Saint-Éloi).

La présentation biographique de Carl Brouard pour Île en île est adaptée, avec permission, de la « Chronologie » de l’Anthologie secrète de Carl Brouard (Mémoire d’encrier, 2004), pages 127-128.


Oeuvres principales:

Poésie:

  • Écrit sur du Ruban rose. Port-au-Prince: à compte d’auteur, 1927.
  • Pages retrouvées; œuvres en prose et en vers. Groupées par les soins du Comité soixantième anniversaire de Carl Brouard. Port-au-Prince: Éditions Panorama, 1963. En vers et en prose. Port-au-Prince: Presses Nationales d’Haïti, 2005.
  • Anthologie secrète. Montréal: Mémoire d’encrier, 2004.

Littérature pour la jeunesse:

  • Les aventures de Malice et de Bouqui. Illustrations de Robert Bigaud (Djoby). Port-au-Prince: Editions Christophe, 2000, 30p.

Sur l’oeuvre de Carl Brouard:

  • Berrou, F. Raphaël et Pradel Pompilius. Deux poètes indigénistes: Carl Brouard et Émile Roumer.Extraits tirés de l’Histoire de la littérature haïtienne (de Berrou et Pompilus), Tome 3. Port-au-Prince: Editions Caraïbes, 1974.
  • Gaillard, Roger. La destinée de Carl Brouard: essai accompagné de documents photographiques, d’un choix de textes et d’une suite chronologique. Deux illustrations, de Rose-Marie Desruisseaux et de Patrick Vilaire. Port-au-Prince: Deschamps, 1966.
  • Rochette, Bruno. « Famille, on vous hait ». Le Monde diplomatique (août 2002): 26.

Traductions:

In English:

  • « Nostalgia » and « Art in the Service of the People » (excerpt). Trans. J. Michael Dash. « The Poetic Renaissance: Five Poems Philippe Thoby-Marcelin, Carl Brouard, Leon Laleau, Emile Roumer ». (Trans. J. Michael Dash.) A Haiti Anthology: Libète. Charles Arthur and J. Michael Dash, eds. Princeton (New Jersey): Markus Wiener, 1999: 298, 301-302.

Liens:

sur Île en île:

  • « Présentation » de Carl Brouard, par Rodney Saint-Éloi (2004).
  • Six poèmes de Carl Brouard : « L’Heure », « Nostalgie », « Nous », « Vous », « Je vais vous dire » et « Ô Loulouse ».

ailleurs sur le web:


Retour:

Remerciments au musicologue Claude Dauphin pour les informations concernant Carmen Brouard.

http://ile-en-ile.org/brouard/

mis en ligne : 15 février 2005 ; mis à jour : 9 juin 2017