Nassur Attoumani

Nassur Attoumani, photo © Thomas C. Spear Salon du Livre de Paris, 19 mars 2006

photo © Thomas C. Spear
Salon du Livre de Paris, 19 mars 2006

Nassur Attoumani est né le 5 mars 1954 à Moroni (Grande-Comore) de parents natifs de Mayotte. Sa première scolarité est à Moroni et puis à Mayotte, jusqu’en 3e au Collège de Dzaoudzi. Au moment où les Comores prennent leur indépendance en 1975, les autorités politiques de Mayotte décident d’envoyer les lycéens mahorais à La Réunion. Tout naturellement, Nassur Attoumani se retrouve au Tampon à La Réunion, où il termine un baccalauréat littéraire au lycée Roland Garros. En 1977, il part en France pour poursuivre des études d’anglais à Orléans. Pendant qu’il termine son mémoire de maîtrise, il vit un an en Écosse où il est assistant de français à la Perth High School.

Avec sa maîtrise soutenue en 1983, Nassur Attoumani retourne à Mayotte où il est professeur d’anglais et de français au collège.

En 2002, il devient Directeur de la Maison des jeunes et des cultures de Sada où il organise des échanges entre les services culturels de Moroni et sa région. À partir de 2005, il enseigne de nouveau l’anglais à Mayotte.

Musicien, Nassur Attoumani est guitariste et chanteur dans le groupe Mondo Cobossa à Orléans-La Source (1979-1981), et leader du groupe SPZ de Boueni à Mayotte (1983-1992). Revenant d’un concert en 1985, ses amis musiciens et lui sont gravement blessés dans un accident de voiture. C’était un vendredi soir ; les médecins responsables, recevant des invités ce soir-là, ont tardé à administrer les premiers soins. L’un des musiciens est mort. Cet événement inspire à Nassur Attoumani un sketch qu’il écrit pour dénoncer les travers de sa société. Humoriste et passionné de théâtre, Nassur Attoumani se produit ainsi sur la scène locale depuis 1985, dans des sketches de sa composition, engagés, accompagnés d’une musique de son inspiration. En 1989, il fonde la troupe de théâtre M’kakamba (Arc-en-ciel).

Jouée pour la première fois en 1989, La fille du polygame met en scène un sujet controversé, la polygamie et les mariages gris. Publié en 1992, La fille du polygame est la première pièce de théâtre écrite aux Comores, et la première publication de Nassur Attoumani. Dans sa pièce Entre les mailles du diable, un enseignant innocent est accusé d’avoir violé une élève.

Dans Mon mari est plus qu’un fou: c’est un homme et Tonton! rends-moi ma virginité…, Attoumani dénonce les violences conjugales et l’inceste, donnant respectivement la parole à une épouse martyrisée et à une adolescente traumatisée. Les sujets controversés et leur traitement par l’auteur assurent aux satires d’Attoumani un grand succès populaire.

Nerf de bœuf et Requiem pour un Nègre abordent la question de l’esclavage à Mayotte, qui fait l’objet d’un traitement singulier par la subversion du marronnage dans le roman et par la tonalité plus polémique que pathétique des complaintes dans le recueil poétique. Dans sa préface au roman Nerf de boeuf, Henri Brouard souligne le fait qu’Attoumani s’exprime « dans une surabondance de qualificatifs, déroutant la logique dans un fouillis de détails scabreux, refusant à son héros une dimension sympathique et … emprisonnant son personnage dans les lianes de la jungle. Une jungle-refuge que l’auteur semble préférer encore aux servitudes imposées par les maîtres de toutes les époques ».

Retraité de l’enseignement depuis 2016, Nassur Attoumani vit à Passamainty et continue d’animer le concours régional Francojeunes lancé par son ami feu David Jaomanoro.

– Linda Rasoamanana et Thomas C. Spear


Oeuvres principales:

Romans:

  • Le calvaire des baobabs. Paris: L’Harmattan, 2000.
  • Nerf de bœuf. Préface de Henri Brouard. Paris: L’Harmattan, 2000.
  • Mon mari est plus qu’un fou: c’est un homme. Paris: Naïve, 2006.
  • Tonton! Rends-moi ma virginité. Saint-Denis (La Réunion): Orphie, 2015.

Théâtre:

  • La fille du polygame. Préface de Claude Allibert. Paris: L’Harmattan, 1992.
  • Le turban et la capote. Saint-Denis (La Réunion): Grand Océan, 1997; Paris: L’Harmattan, 2009.
  • Interview d’un macchabée. Préface de Ali Saïd Attoumani. Paris: L’Harmattan, 2000.
  • Entre les mailles du diable. Paris: L’Harmattan, 2006.
  • Autopsie d’un macchabée. Paris: L’Harmattan, 2009.

Essais:

  • Mayotte: identité bafouée. Paris: L’Harmattan, 2003.
  • « Un siècle de balbutiements d’une scolarisation chaotique à Mayotte ». Les Littératures francophones de l’archipel des Comores. Buata Malela, Linda Rasoamanana, Rémi Tchokothe, éds. Paris: Classiques Garnier, 2017: 241-251.

Contes:

  • Contes traditionnels de Mayotte: Nos ancêtres… les menteurs. Paris: L’Harmattan, 2003.

Nouvelles:

  • Les aventures d’un adolescent mahorais. Paris: L’Harmattan, 2006.
  • Les anachroniques de Mayotte. Bertoua (Cameroun): Éditions Ndzé, 2012.

Poésie:

  • Requiem pour un nègre. Préface de Linda Rasoamanana. Libreville (Gabon): Ngo Éditions, 2016.

Bande dessinée:

  • Le turban et la capote. Avec des dessins de Luc Razakarivony. Mamoudzou (Mayotte): Imprimah, 2000; Paris: L’Harmattan, 2013.

Livre d’images:

  • Mayotte, l’île hippocampe. Le Tampon (Réunion): Éditions Jacaranda, 1993.

Discographie:

  • Ika Yilala, par Nassur Attoumani. Choungui Éditions, 2005.

Films:

  • Le turban et la capote, avec la troupe M’kakamba, mise en scène de Frédéric Mary. DVD, 2011.
  • Il était une fois Mayotte… Des chatouilleuses à l’indépendance, film de Alain Tenenbaum, 3h46, 2008.

Prix et distinctions littéraires:

  • 1999     Mention spécial du Grand Prix Littéraire de l’Océan Indien, pour Interview d’un macchabée.
  • 2004     Grand Prix Littéraire de l’Océan Indien (ex æquo), pour Mon mari est plus qu’un fou: c’est un homme (alors inédit).
  • 2014     Chevalier de l’Ordre national du Mérite (France), pour 31 ans de services de l’écrivain et enseignant.

Sur l’oeuvre de Nassur Attoumani:

  • Assibatu, Soidiki. « La parole féminine dans Mon mari est plus qu’un fou, c’est un homme de Nassur Attoumani ». Project-îles 7 (septembre 2017): 17-19.
  • Candaes, Hugues. « Nos ancêtres… les menteurs: interculturalité et bricolage générique ». Project-îles 7 (septembre 2017): 21-22.
  • Djailani, Nassuf. « Le rire comme forme de marronnage ». Project-îles 7 (septembre 2017): 10.
  • Parfait, Cynthia. « Le Calvaire des baobabs: un roman du ‘Tout-Monde’ ». Les Littératures francophones de l’archipel des Comores. Buata Malela, Linda Rasoamanana, Rémi Tchokothe, éds. Paris: Classiques Garnier, 2017: 151-163.
  • Rasoamanana, Linda. « Quand l’ironie innerve l’horreur : Nerf de bœuf de Nassur Attoumani ». Les Écritures de l’horreur dans la littérature africaine. Cyprien Bodo, Bassidiki Kamagate et Moussa Coulibaly, éds. Paris: L’Harmattan, 2016: 51-74.
  • Soeuf Elbadawi. « Nassur Attoumani : l’esprit du lagon laisse pantois », compte-rendu de Mon mari est plus qu’un fou: c’est un homme. Kashkazi 49 (20 juillet 2006): 11.
  • Souhaïli, Faïd. « Le Turban et la Capote, des questionnements toujours d’actualité ». Project-îles 7 (septembre 2017): 23.
  • Toihiri, Mohamed. « Nassur Attoumani, le violeur de tabous ». Notre Librairie 158 (avril-juin 2005).

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Dossier Nassur Attoumani préparé par Thomas C. Spear

http://ile-en-ile.org/attoumani/

mis en ligne : 16 mai 2006 ; mis à jour : 23 septembre 2017