Georges Anglade

Georges Anglade, photo © Thomas C. Spear Montréal, 14 avril 2009

photo © Thomas C. Spear
Montréal, 14 avril 2009

Georges Anglade est né le 18 juillet 1944 à Port-au-Prince (Haïti). Il a fait ses études à Port-au Prince, d’abord à l’École normale (1962) puis à la Faculté de droit de Port-au-Prince où il obtient en 1965 la licence en droit et un diplôme de Sciences sociales.

En 1965 il part à Strasbourg. Il étudie au Centre de géographie appliquée de Strasbourg de 1965 à 1969 où il obtient son doctorat de troisième cycle. Il obtiendra parallèlement en 1967, une licence ès lettres de l’Université de Strasbourg. Il sera professeur à l’Institut de démographe de Strasbourg de 1968 à 1969. C’est en septembre 1969 qu’il s’installe au Canada, à Montréal, il fera partie de ceux qui ont fondé l’Université de Québec à Montréal (UQÀM) où il sera professeur en géographie sociale jusqu’en 2002.

Georges Anglade aime à se définir selon la formule de Roger Dorsinville comme: «Un homme en trois morceaux». En 1999, il obtenait une mention d’honneur au Prix José Martì, décerné par l’UNESCO, qui vise à distinguer celle ou celui qui: «en conformité avec les idéaux et l’esprit du grand penseur politique cubain, a contribué, dans une région quelconque du monde, à l’unité et à l’intégration des pays d’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi qu’à la préservation de leurs identités, traditions et valeurs historiques». En effet, en lui se distingue: le géographe, le politique et l’écrivain. «Cette distinction, dit Georges Anglade, recoupe une vie, 30 ans, où j’ai tenté de faire quelque chose en tant que scientifique, politicien et écrivain. Que l’UQÀM ait permis que tout cela s’épanouisse, ça c’est extraordinaire! Je ne revendique aucune originalité particulière car le pari des trois morceaux en est un que beaucoup d’homo uqamius ont tenu. Ce que je peux dire, c’est que j’y ai mis toute ma passion!».

Comme chercheur, Georges Anglade a fait d’Haïti le premier de ses sujets. Mais ses nombreux voyages l’ont aussi rendu familier d’autres espaces comme Cuba, la République dominicaine, le Vénézuela, la Martinique ou les Bahamas. Sa méthode: approfondissement d’un cas jusqu’à atteindre sa part d’universel, puis généralisation des méthodes et théories. La question du développement et la problématique démocratique se retrouvent ainsi au cœur de sa réflexion de géographe. Il a ainsi dirigé des travaux d’envergure, se situant au confluent de la géographie, de l’économie, de la démographie et de la cartographie. Il fut expert international en politique d’aménagement auprès des Nations Unies en 1988, 1989, 1991 à 1993.

Comme homme politique, Georges Anglade, anti-duvaliériste convaincu (prisonnier politique en 1974, sous la dictature duvaliériste, deux fois exilé (1974, 1991) et ayant frôlé la mort à plusieurs reprises), s’engagera physiquement dans l’arène, d’abord en 1986 en animant depuis Montréal le MAS (Mouvement haïtien de solidarité) qui s’appuie sur la diaspora haïtienne puis en étant le rédacteur du retentissant manifeste La chance qui passe en décembre 1990, porté par les mouvements démocratiques qui prendront le pouvoir en 1994. Il occupera des positions politiques officielles en étant conseiller spécial auprès du président Aristide et membre du Cabinet privé de l’accord de Governors Island (3 juillet 1993) au retour en Haïti (15 octobre 1994). Il sera Ministre des Travaux Publics (janvier à novembre 1995), conseiller spécial auprès du président Préval et membre du cabinet (février-août 1996).

Comme homme de lettres, Georges Anglade est à la fois théoricien et praticien de la Lodyans, genre dont le modèle remonte à Justin Lhérisson et que Jacques-Stephen Alexis désignent comme le genre littéraire propre à Haïti.

«La lodyans doit être classée parmi les créations collectives haïtiennes les plus significatives que sont le Vodou, le créole, la commercialisation par madansara, le compagnonnage des jardins paysans, la peinture, le marronnage, la gaguère des combats de coqs, le carnaval etc. Et cette lodyans est le mode littéraire le plus généralisé, le plus populaire, le plus ancien aussi dans l’expression du romanesque de ce peuple profond tel qu’il s’exprime en son pays profond.» (Avant-propos, Blancs de mémoire)

Georges Anglade et sa femme Mireille sont morts brutalement, avec d’autres membres de leur famille, enfouis sous les décombres de leur maison, lors du tremblement de terre qui a dévasté Port-au-Prince le 12 janvier 2010. Georges Anglade vivait entre Haïti et Montréal après avoir pris sa retraite de Professeur de l’UQÀM.

Après sa mort, nous avons mis en ligne la vidéo de l’entretien avec Georges Anglade, tournée à Montréal en avril 2009, et une série d’hommages à l’auteur.

– Françoise Naudillon


Oeuvres principales:

Lodyans:

  • Les Blancs de Mémoire. Montréal: Boréal, 1999.
  • Leurs jupons dépassent. Montréal: CIDIHCA (Bibliothèque haïtienne), 2000.
  • Ce pays qui m’habite. Outremont: Lanctôt, 2002.
  • Et si Haiti declarait la guerre aux USA ? Montréal: Éditions Écosociété, 2004.
  • Rire haïtien / Haitian Laughter, recueil bilingue de 90 lodyans de Georges Anglade. Trad.Anne Pease McConnell.Coconut Creek (Floride): Educa Vision, 2006.

Essais:

  • L’espace haïtien. Montréal: Presses de l’Université du Québec, 1974.
  • Mon pays d’Haïti. Montréal: Presses de l’Université du Québec, 1977.
  • Espace et liberté en Haïti. Montréal: Centre de recherches Caraïbes, Université de Montréal, 1982, 144p.
  • Atlas critique d’Haïti. Montréal: Centre de recherches Caraïbes, Université de Montréal, 1982, 80 pages, 18 cartes.
  • Cartes sur table, en trois volumes. Port-au-Prince: Deschamps, 1990.
  • Le dernier codicille de Jacques Stephen Alexis. Montréal: Plume & encre, 2007.
  • Chronique d’une espérance; L’Hebdo de Georges Anglade (2007-2008). Port-au-Prince: L’Imprimeur II, 2008.

Traductions:

in English:

  • Haitian Laughter (see reference above).
  • « Three Letters You Will Never Read ». Trans. Anne Pease McConnell. Haiti Noir 2: The Classics. Ed. Edwidge Danticat. New York: Akashic, 2014: 151-159.

Sur Georges Anglade:

  • « Les paris risqués de Georges Anglade, Entrevue » avec « L’année des chiens, lodyans » (par Georges Anglade). Le Nouvelliste (8-10 juin 2001): 1, 8, 31-32.
  • Lévy, Joseph J. Entretiens avec Georges Anglade; l’espace d’une génération. Montréal: Liber, 2004.
  • Peterson, Michel. « Georges Anglade, Blancs de mémoire » (compte-rendu). Nuit Blanche 79 (été 2000).
  • Peterson, Michel. « Et si Haiti declarait la guerre aux USA? » (compte-rendu). Nuit Blanche 96 (automne 2004).

Liens:

textes de Georges Anglade en ligne sur Île en île:

ailleurs sur le web:

  • L’hebdo de Georges Anglade, chronique parue dans Le Nouvelliste (2007-2008).
  • « Du conte et de l’audience » par Max Dominique. Boutures 2.1 (septembre 2001-février 2002): 37-40.
  • Georges Anglade, présentation sur le site « l’Ile » (littérature québécoise).
  • icon_audio Georges Anglade, textes en entier de Georges Anglade (par exemple: Atlas critique d’Haïti, Cartes sur table, Ce pays qui m’habite, Chronique d’une espérance, Éloge de la pauvreté, Leurs jupons dépassent), des articles et entretiens audio (Classiques des sciences sociales, UQÀC).

Retour:

Dossier Georges Anglade préparé par Françoise Naudillon

http://ile-en-ile.org/anglade/

mis en ligne : 24 août 2002 ; mis à jour : 14 février 2016